Période estivale oblige, Décideurs Juridiques a, comme à son habitude, demandé à ses lecteurs quels ouvrages ils recommandaient pour les vacances.

Une tradition maintenant chez Décideurs Juridiques. Pour égayer vos vacances et préparer votre rentrée, la rédaction propose pour le troisième été consécutif une liste d’ouvrages composée des précieuses recommandations de ses lecteurs, des directeurs juridiques et des avocats. Que ce soit pour se la couler douce, lézarder au soleil ou parer la canicule au frais, Décideurs Juridiques vous invite à franchir le pas de votre librairie.

Le Souffle de la forêt   Simonetta Greggio
Un roman magnifique où la forêt et ceux qui la peuplent sont les personnages principaux. L’auteure retrace l’histoire vraie de Simona Kossak une aristocrate polonaise, biologiste du XXe siècle et première écofeministe. Elle passe trois décennies dans une cabane forestière sans eau courante ni électricité située dans la forêt primaire de Bialowieza à défendre les animaux contre la déforestation et la chasse. Des scènes fortes et touchantes dans une cabane forestière meublée de souvenirs de sa vie de château et de candélabres et habitée par Simona et les animaux sauvages recueillis (une laie, un lynx et un corbeau).  Elle était « fragile et libre comme on n’a pas le droit ».

Léna Sersiron, avocate associée, Baker McKenzie  

La revanche des juges, l'histoire d'une reconquête •  François Guéranger
Diplômé de l'IEP de Paris, ingénieur, docteur en droit, ancien membre de cabinets ministériels, François Guéranger a d'abord été magistrat, avant de devenir avocat. Cela lui donne une légitimité rare et une liberté de parole certaine pour mener une enquête à charge et à décharge sur le pouvoir judiciaire en France.
De l’Ancien Régime à la Cinquième République, il montre comment les magistrats - et singulièrement les juges -, après avoir sapé les fondements du pouvoir royal, puis en réaction, avoir été marginalisés par la Révolution, ont progressivement reconquis une position centrale, parfois supérieure à celle de l'exécutif ou du législatif, dans l’élaboration de la norme juridique. Contrairement à une formule éculée, les juges ne font pas qu'appliquer la loi, ils la fabriquent également et l'auteur le démontre clairement.
À travers une approche originale et très convaincante, empruntant aux outils du marketing (la norme juridique est un « marché » où responsables politiques et juges sont concurrents), François Guéranger décrit la reconquête des juges comme une véritable stratégie d’« appropriation du marché ».
Sommes-nous face à un « gouvernement des juges », vivons-nous dans une « démocratie des juges » ? Quelles sont leurs différences, leurs justifications idéologiques et leurs conséquences pour notre forme traditionnelle et essoufflée de démocratie représentative ? Mais surtout, le pouvoir judiciaire n'est-il pas un marteau sans maître et sa montée en puissance est-elle vraiment une garantie de l’Etat de droit ?

Philippe Mettoux, Conseiller d'Etat (ER), Directeur Associé, VAE SOLIS Communication

Impossible  •  Erri de Luca 
Une réflexion intime sur la violence de la justice et ses limites dans la quête de la vérité.  

David Senat, avocat général près la cour d’appel de Versailles 

La folie nous guette mon amour  • Caroline Bongrand 
Un livre de vacances, un roman d’été, un ailleurs immédiat sous le soleil, exactement. Pour moi, cette année, c’est un roman de Caroline Bongrand. 
J’aime cette autrice qui nous fait voyager, respirer, ressentir dans le temps, l’histoire, et les pays. Souvent de la « vieille Europe du XXe siècle, toujours si présente. La quête du bonheur est un chemin parmi ces pages qui se tournent et se cornent, ces phrases que je ne peux m’empêcher de souligner. J’ai besoin de ce contact avec le papier. Décidément, le talent ne se dématérialise pas.
 
Valérie-Odile Dervieux, magistrate

La maison vide • Laurent Mauvignier
Un livre dense et grave, mais c'est précisément une lecture d'été « d'immersion » — de celles où l'on se perd des heures durant, idéales pour échapper aux dossiers. Une réflexion sensible sur l’absence et la transmission. Un livre qui rappelle avec justesse que les lieux gardent la mémoire de ceux qui les ont habités. Près de 800 pages d'une lenteur envoûtante, Mauvignier ramène à la lumière quatre générations de femmes peu à peu effacées. À partir de quelques indices — un piano, une Légion d'honneur, un visage découpé aux ciseaux sur une vieille photographie —, il rouvre le dossier de quatre générations de silences familiaux. Une enquête bouleversante sur ce que les non-dits transmettent, et sur ce que la littérature, seule, parvient encore à faire dire aux absents.
Un véritable Balzac des temps modernes !

Cécile Kavalsès, Atos Group

Une recommandation partagée par Rémi Lorrain, avocat associé, Temime

Une fresque familiale impressionnante, dans laquelle les silences et les absences se transmettent autant que les souvenirs. Un roman sur la mémoire, la filiation et les secrets qui façonnent une famille.

Le Procès •  Franz Kafka 
« Quelqu’un avait dû calomnier Josef K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. » C’est par cette phrase que s’ouvre Le Procès, écrit par Franz Kafka. En quelques lignes, le lecteur est plongé dans un univers où la justice se dérobe à toute rationalité et où l’individu se trouve écrasé par une autorité aussi omniprésente qu’insaisissable. Kafka livre une réflexion saisissante sur l’arbitraire du pouvoir, l’absurdité des institutions et l’angoisse de l’homme confronté à une culpabilité dont il ignore jusqu’à l’origine.
 
Olivier Giannoni, secrétaire général et directeur juridique, UGAP

Loin  •  Alexis Michalik 
Un roman passionnant, porté par un souffle romanesque et une écriture qui vous embarque dès les premières pages. Un magnifique voyage dépaysant à travers le temps. 
Véronique Dahan, avocate associée, Joffe & Associés

 
La lumière du bonheur, le 4e tome de La traversée des temps   Éric Emmanuel Schmitt
La Lumière du bonheur est une aventure qui mêle fresque historique et philosophie, en suivant Noam l’immortel au cœur de l’Antiquité, dans une Athènes en plein essor où naissent la démocratie et les grandes idées qui façonnent encore notre monde. Aux côtés de figures emblématiques comme Socrate, Périclès ou Hippocrate, Noam découvre que la quête du bonheur passe autant par l’amour et la liberté que par l’acceptation des risques et des épreuves de la vie.
David Legrand, directeur juridique Groupe et directeur de l'éthique et de la conformité, SPIE Batignolles

Petit Pays •  Gaël Faye 
Une plongée dans le Burundi du début des années 90 à travers l’itinéraire d’un enfant qui voit peu à peu son paradis d’enfance se fissurer sous le poids de l’Histoire. Dans une langue musicale et lumineuse, Gaël Faye raconte avec poésie la fin de l’innocence et la douleur de l’exil. À lire et relire sans modération. 

Ronan Lajoux, avocat associé, Jeausserand Audouard

Cœur Noir  •  Silvia Avallone
C’est la douleur, la lumière et l’espérance que nous vivons en tant que pénalistes qui coulent à travers ces pages. Un livre qu’on ne lâche pas et des héros qui rentrent définitivement dans nos vies.
Mon vrai nom est Elisabeth  •  Adèle Yon
Il y a plus grave que prononcer un mandat de dépôt, enfermer quelqu’un dans une folie qui n’existe pas. Lire ce livre comme il a été écrit, pour que plus jamais les femmes n’aient à avoir peur.
 
Solange Doumic, avocate associée, Doumic Avocats 

Sanctuaires, résister à l'invasion de l'IA générative •  Abel Quentin 
A lire, et à réfléchir d’urgence car l’intelligence artificielle ne le fera pas pour vous. 
 
Romain Maulin, avocat associé, Maulin Avocats 

Le Crépuscule des hommes • Alfred de Montesquiou
Son auteur fait le pari audacieux de raconter Nuremberg par ses coulisses : au château Faber-Castell, où logent les 300 journalistes venus couvrir le procès de Göring et des 20 autres dignitaires nazis, se croisent les
grandes signatures américaines John Dos Passos, William Shirer et des plumes françaises trop souvent oubliées : Joseph Kessel ou Madeleine Jacob, l’une des rares femmes reporters judiciaires de l’époque. Au mitan du procès, quelque chose bascule : la lassitude cède à la fièvre de sentir l’Histoire s’écrire sous leurs yeux, entre le bar de l’hôtel et les récits glaçants des survivants à la barre du tribunal. 
L’auteur rappelle aussi un fait méconnu : les chefs d’accusation retenus à Nuremberg sont d’abord le « complot », les « crimes contre la paix » et les « crimes de guerre ». Le « crime contre l’humanité », sous lequel sera qualifiée l’extermination des Juifs d’Europe, est alors une notion naissante, conceptualisée par le juriste Hersch Lauterpacht, originaire d’Ukraine, comme son alter ego Raphaël Lemkin, inventeur plus tard du mot « génocide ».
C’est là l’apport majeur de Nuremberg : inventer, dans l’urgence, les catégories juridiques qui fondent ensuite le droit pénal international, du tribunal de Tokyo (1946) aux TPI pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, jusqu’à la Cour pénale internationale, créée en 1998. Nuremberg incarnait alors une ambition : celui d’une justice rendue collectivement, par-delà les nations victorieuses elles-mêmes. Un pari que le multilatéralisme d’aujourd’hui peine à tenir, certaines grandes puissances contestant la compétence de la CPI et sanctionnant même ses juges. Un défi pour une justice internationale que Nuremberg avait voulu universelle…
Un coup de cœur à mettre entre toutes les mains, juristes, journalistes, historiens... ou simples curieux d’histoire et de justice !
 
François Jambin, compliance officer droit pénal et devoir de vigilance, EDF

Or noir, la grande histoire du pétrole  • Matthieu Auzanneau 
Un petit bijou (de 800 pages) qui raconte tout sur la ressource qui a changé le monde, pour le meilleur et pour le pire. C’est un récit extraordinaire à un rythme effréné de découvertes, d’inventions, de deals, de personnages romanesques, de conflits, de bouleversements climatiques… et même d’enjeux juridiques !
Louis Ladaigue, avocat associé, Astella Avocats 

Et pour terminer... les recos de la rédac !

 La Correspondante   Virginia Evans
Sybil Van Antwerp a toujours écrit. Elle en a même fait son métier : greffière. À présent à la retraite, elle continue d'écrire. À son frère, sa meilleure amie, ses enfants, son voisin, les membres du club de jardinage. Tout le monde. Au fil des ans et de sa correspondance, on plonge dans la vie de cette Américaine au caractère bien affirmé et qui pourtant apprend encore à se remettre en question, à se découvrir et à faire la paix avec elle-même. Le temps d'un roman épistolaire qui se dévore, nous partageons dix ans de la vie de Sybil - attachante et parfois désespérante -, ses joies, ses blessures. En refermant ce livre, on se dit que peut-être, nous aussi, nous devrions nous remettre à écrire des lettres, des vraies.
Chloé Lassel, responsable éditoriale 

Le loup des steppes • Hermann Hesse
A travers Harry Haller, Le loup des steppes s’empare de la solitude et de la mélancolie lorsqu’elles flirtent avec la folie et le suicide, dans une atmosphère presque onirique. Ce célèbre roman, censuré sous le régime nazi, nous invite à suivre un personnage aux allures dostoïevskiennes : un intellectuel reclus, hanté par les reliquats de sa vie bourgeoise et un sentiment grandissant d’inadéquation. Tiraillé entre l’intellect, les conventions sociales et l’aspiration à une vie plus libre, Harry se sent condamné à être « moitié loup, moitié homme ». Mais sa quête éreintante d’unicité – du mystérieux « Traité sur le loup des steppes » à l’insaisissable Théâtre magique  est vouée à l’échec. Au contact d’Hermine puis de Pablo, Harry apprend peu à peu à s’affranchir de cette dualité et à rire de lui-même. Un roman intense et sombre, mais résolument lumineux dans son invitation à se réconcilier avec les « plaisirs modestes » de la vie et à accepter la complexité du soi. 

Yasmina Hedjam, responsable éditoriale 


La Rédaction