Le 23 janvier est paru aux éditions Sonatines le second livre de l’avocate Clarisse Serre. Elle revient cette fois-ci sur un des dossiers qui ont le plus marqué non seulement sa carrière, mais également sa vision du système judiciaire. Celui traitant du statut nébuleux de repenti.

Après son premier livre La Lionne du barreau (désormais en poche) où elle retraçait son parcours, Clarisse Serre relate dans son second ouvrage les affres judiciaires auxquelles son client très particulier et elle ont dû faire face dans un dossier hors norme.

L'Avocate et le Repenti fait le récit d’une lutte judiciaire rare, ayant duré plusieurs années. Celle de son client qui la choisit, elle (ce qui ne sera pas du goût de tout le monde), pour le représenter au cours des diverses procédures pénales qui le concerne. A priori, rien de neuf pour cette avocate chevronnée. Sauf que ce client bénéficie du statut de repenti. Et là se situe le nœud du problème. Le statut de repenti étant un statut judiciaire, mais aussi administratif, aux contours flous, n'ayant fait l’objet d'aucune jurisprudence, un statut mal compris par les magistrats, les policiers, les avocats, les services chargés des repentis… Bref, par tout le monde.

Cette bataille plutôt confidentielle aurait pu rester sous les radars du public – initié comme profane. C’est la raison pour laquelle Clarisse Serre a choisi d’écrire. « Entre la méconnaissance du sujet et le risque encouru par ceux qui décideraient de parler, écrire m’est apparu non pas comme une évidence, mais comme une nécessité absolue. »

Construit à la fois comme un thriller où le lecteur suit les multiples péripéties de ses personnages et comme un documentaire qui donne à voir le fonctionnement de nos diverses institutions, L’Avocate et le Repenti se dévore d’une traite. Avec plusieurs « intrigues » en une, il nous décrit précisément le statut de repenti, ce qu’il implique pour le ou la concerné(e), ses proches, pour la machine judiciaire française, la justice et l’administration. Un statut non pas inconnu – encore que si – mais mal connu. Par-dessus tout, un statut qui reste l’objet d’une bataille acharnée. Rien que ça.

Clarisse Serre, spécialisée dans le grand banditisme, a été conseillère pour la série française à succès Engrenages et a inspiré 66-5. Pas étonnant donc, qu’une fois le livre en main, on ne le lâche plus. Et que l’on compulse ensuite les chroniques judiciaires de cette affaire suivie par la presse. Pour en savoir plus. Sur ce client, sur cette avocate. Sur les repentis.

L’Avocate et le Repenti a des airs de lettre ouverte dont la pénaliste se sert pour exprimer une revendication auprès des magistrats, de ses confrères, du législateur : clarifier le statut de repenti. Et auprès du grand public dont l’imaginaire est imprégné par les fictions américaines, quand la réalité, elle, est beaucoup moins romanesque, en dépit de ce que pourrait faire croire le ton enlevé du récit.

À dessein, l’ouvrage nous révolte. « J’espère un changement, mais comme j’ai pu le dire à un député, rien que la terminologie choisie est mauvaise. On ne parle plus de repenti, mais de "collaborateur de justice". Qui aura envie de se voir surnommer le "collabo" ?! » Alors, en l’état du droit, vu la protection qu’apporte réellement ce statut, Clarisse Serre affirme que « désormais, [elle] le [déconseillera] à quiconque ». Et en fermant le livre, on ne peut s’empêcher de se dire que oui, on ne parlerait pas.

L’Avocate et le Repenti, Clarisse Serre, Sonatines Éditions, 208 pages, 20 euros

Chloé Lassel