Paru en février 2025 chez Stock, « La part du diable, le pacte secret entre Lafarge et Daech » retrace les faits qui ont mené au procès Lafarge, lequel commencera début novembre. Une lecture pour comprendre les enjeux de cette affaire unique et surtout comment en est-on arrivé là : au tribunal correctionnel.

Alors que débute, le 4 novembre 2025, le procès de l’entreprise Lafarge et de quatre de ses dirigeants pour financement de terrorisme et violation de sanctions internationales (embargo), l’occasion se présente de plonger dans La part du diable, le pacte secret entre Lafarge et Daech, une enquête parue le 19 février 2025 et menée par Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet sur la retentissante « affaire Lafarge ».

En un peu plus de 300 pages, les deux journalistes reviennent sur le scandale Lafarge qui a défrayé la chronique en 2016 et qui n’a, pour l’heure, pas connu de conclusion judiciaire en France. Au cœur de l’affaire, le supposé financement entre 2013 et 2014 de Daech qui reprenait, à l’époque des faits, le contrôle de la région syrienne, dont la ville de Jalabiya où était établie une usine du groupe franco-suisse. Et surtout, la possibilité d’une complicité de crime contre l’humanité, une première mondiale pour une personne morale.

Les auteurs sont partis à la rencontre des principaux acteurs de l’affaire (dans la mesure du possible) : les mis en cause (dirigeants, responsables de la sécurité, intermédiaires), leurs avocats, les actionnaires. Ils ont accédé aux rapports d’activité, aux résultats de l’enquête interne, aux échanges de mail, aux mémos, aux études internes, etc. Objectif : retracer la fin d’un fleuron de l’industrie française qui, en l’espace de quelques années, n’est devenu « qu’une coquille vide ou presque ».

De l’enquête au thriller géopolitique

Le résultat est saisissant. En adoptant les codes du thriller, les auteurs explorent les méandres d’une affaire judiciaire hors norme. Le décor ? D’un côté, la Syrie et l’usine Lafarge Cement Syria, de sa création à la cessation de son activité dans le chaos, des menaces de Daesh envers les employés à leur enlèvement contre rançon. De l’autre, le siège de Lafarge et les hauts lieux de réunion entre actionnaires où sont prises de loin les décisions. Enfin, les services de police chargés de l’enquête et les bureaux des juges d’instruction qui doivent déterminer qui, dans ces fameux bureaux, savait et qui décidait.

Il s’agit avec ce livre de comprendre. Comprendre le rôle de chacun. Des Américains, des Suisses, des Français, des Syriens. Comprendre comment un groupe revendiquant haut et fort ses valeurs humanistes a pu négocier avec des terroristes. Comment cela a-t-il pu arriver à l’insu de tous et surtout de l’État (ou alors non ?). En somme, comment une « simple » usine syrienne a-t-elle pu faire sombrer une entreprise vieille de 200 ans et comment est-elle devenue le symbole d’une débâcle industrielle mondiale.

En terminant La part du diable, le pacte secret entre Lafarge et Daech, vous n’aurez qu’une envie : assister au procès. Fin 2025, il s’agira de déterminer si oui ou non le groupe Lafarge s’est rendu coupable de financement de terrorisme et violation de sanctions internationales. Pour la complicité de crime contre l’humanité, il faudra attendre un peu plus. Le temps de se (re)plonger dans l’ouvrage dont plusieurs lectures n’entament ni l’intérêt ni la fascination que l’on peut avoir pour cette affaire.

La part du diable, le pacte secret entre Lafarge et Daech, Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, Stock, 320 pages, 20,90 euros

Chloé Lassel