Réalisé par Anthony Dechaux, « La guerre des prix » retrace le parcours d’Audrey, fille d’agriculteurs, propulsée dans les hautes sphères de la négociation commerciale. Interprétée par Ana Girardot, la jeune femme défend bec et ongle ses convictions en matière d’agriculture biologique auprès de sa hiérarchie. Parviendra-t-elle à faire entendre sa voix ?

Expression souvent utilisée pour décrire les négociations commerciales annuelles, qui ont lieu chaque année entre le 1er décembre et le 31 mars, « La guerre des prix » est aussi le titre bien choisi du premier long-métrage d’Anthony Dechaux. Dans ce thriller social, on suit Audrey, cheffe de rayon dans un hypermarché local en Normandie, soudainement propulsée au siège de l’enseigne où elle devient acheteuse pour la filière yaourt. 

À tout prix

Aux côtés du redoutable acheteur Bruno Fournier, très justement interprété par Olivier Gourmet à l’écran, avec qui elle travaille en binôme, la jeune femme, pur produit de l’agriculture bio et locale, se donne pour mission de faire gagner du terrain aux producteurs locaux dans les rayons des supermarchés.  Elle connait bien le secteur : son frère Ronan (incarné avec justesse par Julien Frison de la Comédie-Française), fabrique des yaourts en circuit court au sein de l’exploitation familiale dont il a repris le flambeau. Mais la tâche est loin d’être aisée : chantage, menaces de déréférencement… Les industriels usent (et abusent) de méthodes peu scrupuleuses pour grossir leurs marges et distribuer les produits alimentaires à des prix plus bas que ceux de la concurrence, ne laissant quasiment aucune chance aux petits producteurs d’exister sur ce marché féroce. Une fiction bien plus proche de la réalité que ce qu’on peut imaginer : « J’ai adouci certaines scènes, car la réalité dépasse souvent la fiction… Les acteurs du secteur craignaient d’en parler par peur de représailles économiques », confie le réalisateur. Preuve en est : en février 2026, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, dénonçait le « chantage mortifère pour l’agroalimentaire » de certaines enseignes qui menacent de « déréférencer certaines marques faute d’accord ». 

« La guerre des prix » nous raconte en une heure et demi et avec beaucoup de réalisme la violence derrière ces négociations, jonglant entre les deux décors aussi complémentaires qu'antagonistes de la ferme agricole familiale et des tours de verre qui abritent l’opaque système de la centrale d’achat. Un système régi par une logique simple : « tout n’est qu’une question de prix ».

Ilona Petit

Crédit photo: Claude Pocobene