Fondé à Bruxelles il y a seulement six ans, Geradin Partners comptait cinq avocats à ses débuts. Ils sont aujourd’hui plus de 50 à exercer au sein des différents bureaux de la firme, répartis sur tout le Vieux Continent. La recette du succès ? Un positionnement européen et indépendant, une équipe solide et soudée, un savoir-faire multidisciplinaire. Et « surtout beaucoup de travail, et certainement aussi de la chance. »
Geradin Partners, le cabinet européen de droit de la concurrence qui s’envole
C’est au cinquième étage du 140 boulevard Haussman que se trouvent les bureaux parisiens de Geradin Partners, cabinet spécialisé en droit de la concurrence, contentieux de la concurrence et réglementation numérique.
D’origine belge, le fondateur Damien Geradin lance sa boutique à Bruxelles en 2019 après plusieurs années passées au sein de cabinets anglais et américains. Le succès ne tarde pas à se manifester et, deux ans plus tard, l’enseigne pose ses valises à Londres et Amsterdam, lieux de prédilection pour les contentieux de la concurrence. En 2024, elle continue sa croissance en ouvrant des locaux à Helsinki et Paris. L’année 2025, quant à elle, s’inscrit dans la même lignée avec l’inauguration toute récente de deux nouvelles antennes allemandes situées à Berlin et Cologne.
Un cabinet à dimension européenne
Pour Damien Geradin, cette réussite – « un peu inattendue », confesse-t-il – s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la cohésion et la solidarité des membres du cabinet au sein des locaux et qui vont de pair avec le modèle de gouvernance choisi par le cabinet, celui du partnership intégré. « Les associés sont avant tout associés de la structure et non de chacun des bureaux. C’est un modèle assez rare qui nous permet d’attirer les meilleurs talents dans leurs domaines, qui souhaitent avancer collectivement dans le meilleur intérêt des clients. »
Ensuite, l’ancrage européen du cabinet qui constitue un vrai élément de différenciation, dans un premier temps parce que cela évite les éventuels conflits d’intérêts auprès des clients, mais aussi parce qu’en matière de concurrence en particulier, ce positionnement s’inscrit au service de la stratégie judiciaire. Grâce à sa présence multiterritoriale, Geradin Partners, qui agit aussi bien devant les juridictions nationales que devant la Commission européenne, peut élaborer un plan d’attaque ou de défense devant les tribunaux nationaux les plus à même de satisfaire les requêtes de ses clients.
Le dernier ingrédient du succès ? L’éthique. Ambitieux, le cabinet ne transige pas pour autant avec ses valeurs. « Nous avons une politique très stricte s’agissant des clients pour qui nous travaillons. » Geradin Partners agit aussi bien défense qu'en attaque, mais dans le cas des Gafam, il n'agit que contre ces sociétés. Il a d’ailleurs obtenu gain de cause devant la Commission européenne qui a récemment condamné Google à 3 milliards d’euros d’amende pour abus de position dominante dans le secteur de la publicité en ligne. Geradin Partners fait partie des cabinets qui ont déposé plainte contre la multinationale californienne en 2019 devant l’ADLC.
Indépendance, multidisciplinarité, dimension européenne… Une formule gagnante qui attire de grands noms du droit de la concurrence. À commencer par Marc Barennes en 2021, qui dirige l’antenne parisienne de Geradin Partners. Ancien fonctionnaire à la Commission européenne et ex-référendaire auprès du Tribunal de l’Union européenne, Marc Barennes affiche une expérience de premier plan en matière de contentieux de la concurrence à forts enjeux. Il a largement contribué au développement des actions en indemnisation en France, ces actions individuelles ou collectives intentées par des clients lésés par des comportements anticoncurrentiels. Le bureau parisien de Geradin Partners est très actif dans ce domaine, entre autres, tant pour aider les entreprises dans leurs recours que pour défendre les auteurs d'infractions concurrentielles poursuivies en indemnisation. « Le droit de la concurrence privé a beaucoup évolué au cours de ces cinq dernières années, explique l’avocat. Le financement de litiges qui était auparavant ignoré devient un outil auquel les entreprises font dédormais très souvent appel. D’autre part, la CJUE renforce considérablement les droits des plaignants. Les actions en réparation représentent désormais des enjeux financiers pouvant être encore plus significatifs que les amendes imposées par les autorités de concurrence aux auteurs d'infractions. Ce paramètre doit être pris en compte dans le cadre d’une stratégie de défense (demande de clémence, procédure de transaction avec les autorités de concurrence et transaction anticipée avec les victimes). »
Et pour cela, le bureau de Paris est très bien placé puisqu’il opère depuis de longues années en matière de droit du financement de litiges, tandis que le cabinet dans sa globalité est présent dans plusieurs pays européens, ce qui lui permet de multiplier ses chances d’obtenir gain de cause dans le cadre d’actions transfrontalières.
Aux côtés de Marc Barennes, Marie-Laure Combet, laquelle intervient sur l’ensemble du spectre du droit de la concurrence devant l’ADLC ou la Commission européenne, en attaque ou en défense. Elle travaille également en matière d’aides d’État et de régulation économique.
« Jamais la dimension politique des dossiers concurrence n’a été si importante »
L’équipe parisienne vient de recruter deux avocats, Marie Sellier en qualité de senior advisor et Jérémie Jourdan en tant qu’associé entre Paris et Bruxelles. Tournés vers la tech et les affaires publiques, Marie Sellier et Jérémie Jourdan viennent compléter l’offre du cabinet. « Jamais la dimension politique des dossiers concurrence n’a été si importante », commente le nouvel associé. En témoigne notamment la réaction de Donald Trump face à l’amende de 3 milliards d’euros infligée par la Commission européenne à Google : le président américain a qualifié « d’injustifiée » la sanction, enjoignant à l’Union européenne de « faire cesser ces pratiques contre les entreprises américaines ». Sinon, il sera « contraint » d’activer un mécanisme de droits de douane punitifs.
Ancien associé chez White & Case, Jérémie Jourdan a passé une grande partie de sa carrière à Bruxelles et possède à ce titre une solide expérience en matière de contentieux européens de la concurrence, notamment en défense. Il est ensuite passé par la Commission européenne avant de rejoindre la société de médias et de marketplace Schibsted, devenu Vend d’abord en tant que conseil concurrence puis comme directeur des affaires publiques. Chez Geradin Partners, il interviendra en contentieux de la concurrence et en matière d’affaires publiques dans le secteur de la tech, notamment dans les dossiers en lien avec le Digital Services Act dont l’exécutif européen se fait le fervent défenseur.
Marie Sellier, quant à elle, vient compléter l’équipe du cabinet, et renforcer son offre en matière d’affaires publiques. Forte d’une expérience reconnue dans le secteur des médias et du numérique, elle a notamment accompagné Vivendi en tant que directrice des affaires publiques dans sa transformation numérique et pour appréhender l’émergence du cadre réglementaire relatif à ses activités. Elle s’est également impliquée sur les sujets IA qui ont mis en difficulté les éditeurs de presse.
Avec ces deux arrivées, l’équipe parisienne du cabinet est désormais au complet – pour l’instant – car nul doute qu’avec un tel développement, Geradin Partners n’a pas fini de faire parler de lui.
Ilona Petit