Pénaliste de renom, passé par plusieurs grands cabinets, Christophe Ayela est l’un des cofondateurs de Stas & Associés. Réputé pour saisir pleinement la complexité des dossiers qu’il prend en charge, celui qui a quitté la cité phocéenne pour Paris s’ouvre à nous. Portrait d’un homme que rien ne prédestinait au prétoire.
Christophe Ayela, épris de justice
C’est au 170 boulevard Haussmann, dans le restaurant gastronomique nippo-coréen Yetsu que Christophe Ayela nous a donné rendez-vous. Abigaëlle, la responsable, nous installe « à la table de Christophe », manifestement un habitué du lieu. L’avocat nous raconte. Derrière son regard bleu azur se cache encore un gamin issu des rues de Marseille, « à des années-lumière du huitième arrondissement de Paris ». Les seventies en arrière-plan, il passe une bonne partie de sa jeunesse dans la cité phocéenne. Et découvre, main dans la main avec son père, la fureur du Vélodrome. Une « seconde maison » qu’il fréquente avec ses amis des tours de Saint-Loup, dans le 10e arrondissement. Un quartier où se conjuguent multiculturalisme et pauvreté, où les bagarres sont nombreuses, mais « jamais inouïes », où le trafic n’existe pas. Où seuls résident des jeunes « un peu libres » qui souhaitent briser la monotonie du quotidien, en imitant La Guerre des boutons d’Yves Robert.
Petit canard déchaîné
Christophe Ayela a connu la précarité. Son père, commerçant né au Maroc, « a fait sept fois fortune et huit fois faillite ». Vendeur acharné et méritant, l’homme s’est associé à ses dépens à des personnes peu scrupuleuses dont les actions ont suscité chez le jeune homme un puissant sens de la justice, et de l’injustice. Sa mère, quant à elle, une Calabraise « à l’amour illimité et inconditionnel », voyait en son petit garçon le prochain président de la République. À la manière d’un Romain Gary dans La Promesse de l’aube, Christophe Ayela évoque avec tendresse celle qui est partie à l’âge de 62 ans, trop tôt, trop jeune, comme son frère aîné de deux ans qui s’est éteint à l’orée de ses 27 ans. Des « douleurs atroces » que l’avocat transfigure en une énergie redoutable. Énergie qu’il mobilise avant ses plaidoiries.
Peu de choses prédestinaient l’homme à porter la robe. Lui se voyait plutôt journaliste, à la tête de son « propre petit journal, Le Petit Canard Déchaîné », un illustré dont le bandeau représentait un canard brisant ses chaînes et dans lequel le jeune homme racontait les nouvelles de l’école et les frasques des copains. Ce goût précoce pour l’écriture, qui ne le quittera plus, est sans doute ce qui lui a insufflé son inclination pour la littérature, en particulier l’œuvre de Joseph Kessel, romancier, résistant et, « lui-aussi », grand reporter. Et pour l’art en général, l’avocat produisant à ses heures perdues, et elles sont rares, des spectacles vivants.
Doudou
Alors qu’il est en BTS Action commerciale, Christophe Ayela marche dans les pas de son père et foule les stands des foires de Marseille. Tel père, tel fils dirait le quidam. Force est de constater que le jeune homme a le sens du commerce. Appareils de traitement de l’eau, réfrigérateurs américains… Le futur avocat sait vendre. Suffisamment pour s’offrir sa première voiture, « une 104 ZS achetée 500 francs à un copain. En plus, c’était le modèle sport ». Et pour financer ses études de droit. Son ami Doudou, sans qui sa vie serait tout autre aujourd’hui, l’a en effet vivement encouragé à s’inscrire à la faculté d’Aix-en-Provence. Le futur avocat découvre ainsi l’amphithéâtre Portalis, un « choc esthétique », avant de faire une rencontre qui le marquera, celle de Christian Atias. Le philosophe et juriste français, qui n’a pas cédé aux sirènes soixante-huitardes, porte encore sa robe de professeur. « Cet homme était tout simplement incroyable. » Sur ses recommandations, Christophe Ayela dévore son premier livre d’épistémologie juridique. Un nouvel horizon se dessine alors, loin des fontaines à eau et du porte-à-porte.
Redresseur de torts
Ce qu’il souhaite par-dessus tout ? Être utile et vaincre l’injustice. Ou encore, défendre des gens gratuitement lorsqu’il considère leur cause juste. Certes, cet enfant du divorce qui « ne supporte plus de défendre l’indéfendable » refuse systématiquement les dossiers de droit commun et de droit de la famille, qui entrent en résonance avec certaines émotions et certains souvenirs. Mais lorsqu’il a jeté son dévolu sur une affaire, il travaille avec acharnement et combativité. C’est la raison pour laquelle son ami peintre Didier Chamizo l’a représenté dans l’une de ses toiles (qui trône d’ailleurs dans son bureau) un glaive à la main, tel un chevalier. Et c’est tel un chevalier qui prie avant la bataille que Christophe Ayela prie les siens avant ses plaidoiries. « Une énergie immédiate m’envahit et les mots commencent à couler. » Simplicité, bon sens… Tels sont les principes qui dictent l’approche du pénaliste une fois à la barre. À moins qu’il n’aille « droit au but », un autre précepte cher à son cœur de supporter olympien.
Le Marseillais de conclure : « On affirme souvent qu’en vieillissant, on s’endurcit. Moi, c’est l’inverse. » Celui qui devient plus sensible avec l’âge aspire aujourd’hui à vivre en harmonie avec autrui pour être en paix avec lui-même. Ce qui ne l’empêche pas, quand il a revêtu sa robe noire, de porter l’estocade quand c’est nécessaire.
Jonathan Banuelos
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Crédit photo : Jonathan Banuelos