Partner chez Winston & Strawn depuis deux ans, Grine Lahreche a d'abord été associé chez LL Berg, puis chez Hoche Avocats. À 45 ans, il est l’un des benjamins de notre dossier spécial l’Élite, preuve que l’on peut être jeune et déjà réputé.

Grine Lahreche est de ces personnes qui vous entraînent dans leur univers. De ceux qui déploient une énergie débordante et montrent une motivation à toute épreuve pour prendre en main leur destin et être pleinement acteurs de leur vie. Nous nous retrouvons dans le cadre somptueux d’un grand hôtel parisien où l’élégance du lieu rivalise avec la courtoisie du personnel. Grine Lahreche arrive avec un léger retard, s’excuse et commande un latte au lait d’amande – une touche d’originalité qui reflète une carrière hors du commun. Détendu, il entame le récit de son parcours. 

 « J’ai toujours voulu faire du droit, mais si mes parents avaient eu plus de moyens, j’aurais probablement tenté l’agrégation d’Histoire », confie-t-il. Ainé de sa famille, cet originaire de Seine Saint-Denis, fils d’une mère germano-polonaise et d’un père algérien, endosse rapidement la responsabilité pécuniaire de son entourage et mène tambour battant ses études, entre Hypokhâgne et Sciences Po. Finalement, c’est sa rencontre avec Olivier Deren (associé du cabinet Paul Hastings), alors professeur à Sciences Po, qui convainc ce passionné de littérature et d’histoire de succomber aux sirènes du barreau. Mais là où la plupart se seraient satisfaits de grimper les marches des grands cabinets d’affaires parisiens, Grine Lahreche s’évertue à poursuivre son second objectif : devenir gardien professionnel de handball. 

Le Thierry Omeyer de l’avocature

Joueur prometteur, il poursuit ses études, enchaîne ses premiers stages, avant de filer chaque jour à l’entraînement, à la nuit tombée. L’année 1999 est celle de la consécration. Il signe à Tremblay comme professionnel et commence à garnir son armoire à trophées. Durant six années, il poursuit de concert une double carrière sportive et professionnelle florissante. Champion de France en catégorie « cadet », il est sacré vice-champion de France de deuxième division : « Le plus beau moment de ma vie professionnelle », exulte l’avocat, puis est nominé à plusieurs reprises dans l’équipe du mois de deuxième division.

En 2005, il devient difficile de jongler entre ses deux vies et ses performances sportives commencent à pâtir de la situation. « Je me souviens d’un match de quart de finale de coupe de France contre le PSG où, durant la journée j’étais en stage dans un grand cabinet et, le soir, je suis arrivé en RER, avec une heure et demie d’avance pour m’échauffer avant de jouer devant une salle pleine. C’était ma routine durant ces années, mais c’est devenu éreintant, se remémore-t-il. Surtout, mon sport m’apportait trop peu de garanties financières au regard de certaines contraintes personnelles. » À 28 ans, alors que son nouveau club de Pontault lui offre un contrat professionnel de trois années supplémentaires, il choisit de mettre un terme à sa carrière de handballeur pour se consacrer pleinement à la défense du droit et à sa profession d’avocat. Quelques années plus tard, le président du club de Tremblay décide de retirer le numéro du maillot de Grine Lahreche. Un hommage réservé à ceux qui ont marqué l’histoire du club.

 « Certains déséquilibres engendrent la surperformance»   

Sa carrière de sportif professionnel achevée, celui qui cite régulièrement son père comme exemple, continue d’en tirer des valeurs qui l’accompagnent désormais au quotidien. « À la fin de sa carrière professionnelle, le sportif connaît généralement une traversée du désert, sans l’effervescence qui précède les matchs. C’est la mort sociale du joueur. Trois mois après ma décision en 2007, je faisais des photocopies chez Gibson Dunn. Ça m’a apporté une certaine humilité. » 

Aujourd’hui, la rigueur que le sport lui imposait se reflète dans chacun de ses dossiers : « Je vois ma semaine de travail comme un enchaînement de matchs pour lesquels je me prépare systématiquement. Je pense que rien n’est impossible dans la vie, il faut savoir s’imposer une certaine discipline pour être la meilleure version de soi-même. » Une énergie qu’il essaye de transmettre à ses équipes pour créer un déséquilibre vertueux, créateur de réussite. « Je pense que certains déséquilibres engendrent la surperformanceLes grands artistes, sportifs ou musiciens ont tous un niveau d’exigence renforcé et une sensibilité particulière à la rigueur qui peuvent créer des exploits. » 

Une discipline spartiate qui n’omet pas la santé mentale, « ceux qui durent, ce sont ceux qui ont une méthode simple et organisée autour d’eux », confirme l’ancien gardien. C’est pourquoi il permet aussi à ses équipes de cultiver leur passion en dehors du travail et d’organiser leur agenda en fonction de ce qui les anime. Des éléments clés pour réussir dans un domaine où le temps manque.

Prince du capital-investissement

Une exigence qui permet à Grine Lahreche d’imposer son empreinte dans un domaine concurrentiel. Quand on l’interroge sur son dossier le plus marquant, celui qui vit toujours en Seine-Saint-Denis, préfère évoquer une volumétrie globale et un travail d’équipe. Mais c’est bien le conseil de la plateforme de trading smartTrade lors de sa vente par le fonds Keensight Capital à H.I.G Capital, en 2020, bouclé en pleine crise du Covid pour un montant record outre-Manche, qui l’a le plus marqué. « C’était un dossier complexe, dans une période troublée dont on ne connaissait pas les tenants et les aboutissants, se souvient-il. J’ai très peu dormi pour le conclure, mais j’ai beaucoup appris sur ce deal. » 

S’il est aujourd’hui entré au board mondial de Winston & Strawn pour lequel il se rend régulièrement à Chicago, il sait aussi garder du temps pour ses engagements dans le milieu associatif. Il y a quelques mois, il participait à un événement de boxe organisé par son ami, l’ancien boxeur professionnel Jean-Marc Mormeck, avec des jeunes d'Île-de-France pour « donner du temps à ceux qui n’ont pas eu la chance que j’ai pu avoir ».

L’appel de l’Asie

À 45 ans, Grine Lahreche est un homme comblé qui ne regrette rien. Sa passion pour l’histoire et la Seconde Guerre mondiale continue de le dévorer. Lorsqu’il revient sur certains passages du conflit, il semble habité par son enthousiasme, comme le serait un normalien en histoire. Dans une autre vie, peut-être aurait-il pu devenir ce professeur agrégé dont il rêvait plus jeune. Une de ses plus grandes fiertés ? Avoir réussi à transmettre sa passion du sport à ses trois enfants. Aujourd’hui, son regard se tourne vers l’Asie où il aimerait emmener sa famille : « Je n’y suis jamais allé, ça a l’air fantastique. Je pense que j’irais d’abord en Chine, c’est plus atypique, avant de découvrir la Thaïlande pour coupler avec le sport. » 

Interrogé sur son avenir, il répond simplement qu’il lui reste beaucoup à apprendre et qu’il souhaite poursuivre la réussite de ce qu'il entreprend avant de, potentiellement, tirer sa révérence. Une certitude, il faudra suivre attentivement les prochaines aventures de Grine Lahreche.

Tom Laufenburger

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