Si elle n’était pas avocate, Léna Sersiron aurait aimé exercer « n’importe quel métier en haute montagne, guide ou gardienne de refuge ». Un décor bien loin des bureaux de Baker McKenzie que la native de Nyons – un petit village drômois – rejoint régulièrement depuis plus de vingt ans.
Léna Sersiron, grandeur nature
Née dans une famille « d’intellectuels parisiens », Léna Sersiron grandit pourtant loin de la capitale, ses parents ayant effectué « un retour à la terre » après les événements de mai 1968. Son enfance se dessine dans les montagnes où sa famille a élu domicile. À 7 ans, la petite fille a déjà fait le tour du monde, accompagnée de son père qui lui faisait l’école à la maison. « J’étais très intégrée scolairement », précise la bonne élève qui rejoint ensuite le système scolaire traditionnel. Elle évoque avec nostalgie son année de troisième qu’elle passe en Savoie chez sa grand-mère dans la station alpine de Pralognan-la-Vanoise. Elle y a gardé bon nombre de ses amis avec qui elle a récemment soufflé ses 50 bougies.
Être avocate, (...) « un bon moyen de combattre les inégalités »
Pour ses études, Léna Sersiron ne tergiverse pas beaucoup, ce sera le droit. Objectif ? Devenir avocate. « J’imaginais que c’était un bon moyen de combattre les inégalités », raconte-t-elle. À l’école déjà, elle n’hésitait pas à lever la voix pour rétablir les inégalités, «quitte à être indisciplinée », avoue-t-elle.
Après un parcours universitaire sans encombre, elle obtient son Capa et suit dans la foulée son mari au Gabon. En 1998, elle intègre l’équipe concurrence et distribution d’EY où elle rencontre Régis Fabre – qui deviendra son mentor –, Élodie Massin et Marie-Line Paban, qui d'ailleurs exercent toujours avec elle. Quelques années plus tard, les quatre avocats rejoignent le bureau parisien de Baker McKenzie. Cooptée associée en 2012, Léna Sersiron dirige aujourd’hui la pratique concurrence et distribution du cabinet, « une équipe soudée où chacun peut vivre sa diversité et s’exprimer librement ». Fervente défenseuse de l’égalité hommes-femmes, Léna Sersiron est membre du comité femme et du comité de management du bureau parisien.
L’avocate – qui pilote une équipe entièrement féminine – veille au bien-être de ses collaboratrices. Pour elle, « la réussite n’est pas uniquement d’avoir des femmes associées, mais aussi d’avoir des collaboratrices qui trouvent un équilibre entre une carrière prometteuse avec l’excellence en ligne de mire et des projets personnels, pour fonder une famille, mais pas uniquement ». Et elle en sait quelque chose : quand ses deux filles étaient petites, elle avoue avoir jonglé en permanence entre ses dossiers et ses enfants. Son seul loisir ? Deux sorties running par semaine, qu’elle parvenait à caser dans son emploi du temps chargé et la montagne en famille pendant les vacances. Apparemment, « ça devient plus facile après dix ans », nous rassure celle qui compte à son actif plusieurs marathons.
De sa carrière, elle retient avant tout la confiance qu’on lui a très vite accordée. Certains de ses clients d’alors le sont d’ailleurs toujours aujourd’hui. Dès 2005, on lui donne de gros dossiers – elle cite l’affaire des loueurs de voitures et celle des farines – qui présentent d’importants enjeux financiers. Des expériences qui lui permettront de développer une forte appétence pour les sujets relatifs aux droits de la défense en matière de concurrence, qui sont de nos jours au cœur de l’actualité.
Sa partie préférée ? « Le contentieux ! Ce sont de grandes joies, de grandes peines, il faut sans cesse se réinventer, réfléchir à la stratégie. » Un vrai jeu d’échecs dont elle ne se lasse pas. Et quand elle doit plaider, rien n’est laissé au hasard : elle rédige minutieusement sa défense en gros caractères pour la déchiffrer plus facilement et – un rituel emprunté aux athlètes – elle pratique la visualisation, c’est-à-dire qu’elle ferme les yeux et se projette à la barre.
Gravir des montagnes
Trekking, alpinisme, ski de randonnée… Léna Sersiron pratique « tout ce qui touche à la montagne », été comme hiver. Pour celle qui a déjà fait l’ascension de plus d’une dizaine de sommets, dont le Kilimandjaro et trois fois le Mont-Blanc, « gravir la montagne c’est le meilleur moyen d’embrasser la nature et de laisser derrière soi toutes les futilités ». Il y a plus de quinze ans, elle a fondé le Green Comitee au sein de Baker Mackenzie, qui peut ainsi concrétiser des projets écoresponsables. Autre cause qui lui tient à cœur, la défense des femmes. « Aujourd’hui, j’ai peut-être travaillé quatorze heures, mais je suis heureuse d’avoir pris deux heures pour écouter parler Chékéba Hachemi », diplomate afghane et cofondatrice de Stand Speak Rise Up!, une association luttant contre le viol utilisé comme arme de guerre.
Tout en sirotant son thé Earl Grey au lait, cette amatrice de « bons restaus » recommande chaudement les « petits mandu, des beignets incroyables » du Mandoobar, un coréen du 8e arrondissement. Sinon, à la pause déjeuner, on peut la retrouver chez Kiyomizu, un japonais situé à deux pas de son cabinet, sa cantine depuis longtemps. Avec trois amis, elle a même ouvert un bistrot en 2018 – Le Mermoz – depuis revendu. Côté lecture, Léna Sersiron a un faible pour les éditions Gallmeister, dont les romans mettent au centre des récits sur la nature. Son coup de cœur ? La série Lonesome Dove où l’on suit les personnages dans un périple à travers l’Ouest américain.
« Moins fougueuse, mais toujours rebelle », Léna Sersiron cultive les valeurs qui lui sont chères – « la fidélité, l’amitié, le courage et la simplicité ». Et n’a pas l’intention de s’installer dans une routine délétère, d’où son dernier projet : l’ascension du pic Lénine au Tadjikistan, qui culmine à plus de 7 200 mètres d’altitude. Dans la vie comme en haute montagne, « ce qui compte c’est le cheminement ». Paroles d’une avocate au sommet.
Ilona Petit
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