Managing partner au sein de Willkie Farr & Gallagher, Lionel Spizzichino s’est imposé comme l’une des personnalités majeures du restructuring en France. Négociateur averti, il a notamment joué un rôle clé dans le sauvetage d’Air France-KLM en pleine crise sanitaire.

À l’écouter, c’est le hasard qui l’aurait conduit il y a dix ans aux fonctions de Managing partner du bureau parisien de Willkie Farr & Gallagher, prestigieux cabinet américain fondé en 1888. Pourtant, son autodérision et sa subtile désinvolture ne suffisent pas à masquer l’évidence : Lionel Spizzichino était fait pour sauver les entreprises en difficulté. Fils et frère d’entrepreneurs dans l’industrie et l’éducation, admiratif du parcours de son père et de celui sa sœur, il s’en amuse : « Nous avons la fibre entrepreneuriale dans la famille, moi j’ai dévié de la lignée. » La pomme n’est toutefois pas tombée loin de l’arbre. Aujourd’hui, associé en restructuring, il le concède : « Ma fonction d’associé est un peu entrepreneuriale. »

Né à Paris, il grandit à Lyon. Pour cet avocat de nature impatiente, les bancs de l’école n’ont pas été un terrain de jeu de prédilection. Après un baccalauréat obtenu au rattrapage, il s’envole pour la capitale et s’inscrit « un peu par hasard » en faculté de droit. C’est avec une sincère modestie et un certain panache qu’il se souvient : « Je n’étais pas le meilleur des élèves, j’ai dû avoir une mention. » Étudiant à Paris 5, il poursuit son cursus en intégrant l’EM Lyon sur titre, puis décide de passer l’examen d’entrée à l’école d’avocats. Son plan est audacieux : « Soit je l’avais du premier coup et je devenais avocat, soit je faisais autre chose. » Vous connaissez la suite.

Être dans le feu de l’action

Ce qui était finalement « un peu une vocation » le pousse dans un premier temps à intégrer le cabinet Arthur Andersen, en corporate. Des débuts qui lui laissent une impression amère. Être « enfermé dans des bureaux à faire des due diligence » ne convenait pas à cette personnalité qui aime avant tout être dans le feu de l’action. Il cherche une porte de sortie, c’est elle qui viendra à lui, incarnée par Jean-Dominique Daudier de Cassini. Le ténor du restructuring, aujourd’hui associé chez Weil, arrive en 1998 chez Arthur Andersen, en tant qu’associé également, pour créer le département Insolvency & Restructuring. À la recherche de collaborateurs pour constituer son équipe, il fait le tour des bureaux avec une annonce enthousiasmante : « Qui veut faire du droit des entreprises en difficulté ? » Lionel Spizzichino aperçoit la possibilité de mettre un pied hors du corporate et de monter en grade. Perspicace et ambitieux, il se porte volontaire. « Je n’avais jamais pratiqué ou même étudié le droit des entreprises en difficulté, mais j’ai dû lui sembler sympa », s’amuse-t-il. Dans les cabinets traditionnellement très structurés, les échelons à gravir sont nombreux avant de pouvoir travailler directement avec un associé. Son entrée en la matière est une révélation. Fervent défenseur de l’industrie française, Lionel Spizzichino se retrouve aux côtés des sociétés, à défendre leurs activités. « En tant qu’avocats en restructuring, nous sommes là pour trouver des solutions, préserver des savoir-faire et des emplois », insiste-t-il. Un travail de terrain qui s’effectue dans l’urgence, mais qui lui va bien. L’avocat a ses rituels. Lorsqu’il prend en main un dossier, il a besoin de comprendre le procédé industriel de l’entreprise. Il se rend souvent sur place, en immersion : « J’adore les usines du fin fond de la France », confesse-t-il.

 « Nous avons la fibre entrepreneuriale dans la famille, moi j’ai dévié de la lignée » 

Ardent défenseur des fleurons français – il a notamment conseillé Air France-KLM pendant le Covid ou Atos dans ses dernières procédures –, ce passionné d’épopées entrepreneuriales a choisi son camp et concède « ne jamais être du côté de l’État ou des banques ». Le professionnel préfère se consacrer exclusivement à ceux qui sont au cœur du réacteur : les entreprises en difficulté, leurs dirigeants et leurs actionnaires. Après quatre années chez Arthur Andersen et au moment du rachat du cabinet par EY, Lionel Spizzichino a l’occasion de partir aux États-Unis, pour suivre un LLM en droit boursier à l’université de Georgetown. Au bout de deux ans outre-Atlantique et la naissance de son premier fils, il rentre en France. L'avocat rejoint l’équipe de Jean-Dominique Daudier de Cassini pour une « saison 2 », cette fois chez Weil, où ce dernier est associé.

Au terme d’un nouveau cycle de quatre ans, Lionel Spizzichino est chassé par Paul Hastings, qui lui propose le Graal : l’association. « Dans nos carrières, la marche la plus haute est le passage de collaborateur à associé », explique-t-il, et humble il ajoute : "J’ai eu de la chance, j’avais le bon âge, et nous étions après la crise des subprimes. Les sujets de restructuring étaient nombreux en cette période, et les besoins des cabinets, en forte croissance. » Une olympiade plus tard, c’est Willkie Farr & Gallagher qui toque à sa porte. Le cabinet, incontournable en droit des entreprises en difficulté, lui propose un poste d’associé en restructuring. Loyal, il hésite à quitter ceux qui lui ont donné sa chance, mais rejoint finalement les rangs de la firme américaine où il exerce encore aujourd’hui avec les fonctions de Managing partner depuis plus d’un an.

Fondu de négociations

Fin négociateur, Lionel Spizzichino reconnaît être un bien meilleur associé qu’il n’a été collaborateur. À l’aise dans les négociations ardues, celles où la survie d’une entreprise est en jeu, il confirme : « J’aime les discussions difficiles typiques des dossiers de restructuring, c’est comme entrer sur un ring et trouver une solution. »  En dehors de sa vie professionnelle, il le concède, son temps libre est rare. De ses racines italiennes, on décèle son sens de la famille, celui d’un père fier de ses trois fils, avec lesquels il aime skier et naviguer. S’il ne parle pas la langue du pays de Dante, il en lit les auteurs, récemment Un bel été de Cesare Pavese. Celui qui sauve les entreprises de l’hiver est aussi un fin amateur de chocolat, au point d’en apporter en réunion. Sûrement son secret pour faire fondre les parties adverses !

Céline Toni

 À lire aussi  Le dossier intégral des portraits de l'Élite 2025