Céline Lasek a toujours su quel métier elle exercerait. Aujourd’hui pénaliste reconnue, à la tête de son propre cabinet, elle a réussi à se frayer un chemin dans un monde d’hommes. Son arme secrète ? Interroger l’âme humaine.
Céline Lasek, enquête d’humanité
Céline Lasek a toujours voulu être avocate. Avocate pénaliste. Adolescente déjà, elle avait cette curiosité de l’être humain « dans ce qu’il a de plus sombre » et l’envie de défendre non pas la veuve et l’orphelin, mais les accusés. Bien que le métier de commissaire de police ait pu la séduire, ce dernier étant le personnage central des livres qu’elle dévorait à l’âge de 14 ans, des chroniques judiciaires et des romans policiers sur les tueurs en série. Mais non, ce sera avocate pénaliste et rien d’autre. Peu importe si le droit pénal n’est pas enseigné avant la maîtrise. Peu importe les avertissements qu’on lui lance sur les difficultés du métier (« Tu ne gagneras pas ta vie »). Peu importe les remarques teintées de misogynie qu’on formule à l’encontre des femmes pénalistes.
Des mentors d’exception
Céline Lasek est la seule à porter la robe dans sa famille qui ne compte que des scientifiques depuis deux générations. C’est chez sa meilleure amie, la fille du déjà célèbre Jean-Pierre Versini-Campinchi, qu’elle met un pied dans le monde des avocats à l’âge de 13 ans. Très tôt, l’homme au nœud papillon devient son mentor et un second père lorsque le sien décède. Et lui offre au sein de son cabinet son premier petit boulot étudiant en tant que standardiste, le soir après les cours, elle qui n’a aucun stage à son actif lorsqu’elle pousse les portes de l’École du barreau – volontairement, car elle souhaitait prendre son temps.
C’est aussi Verisini-Campinchi qui, quelques années plus tard, lorsque l’avocate vise Vergès pour son stage de fin d’études, pose son veto et lui enjoint de s’adresser à Olivier Metzner. Elle accepte bon gré mal gré, postule et sera embauchée. Elle continue à ce jour à se demander si elle n’a pas bénéficié d’un piston – ce que les deux ténors n’ont jamais confirmé. Quoi qu’il en soit, intégrer le cabinet du célèbre avocat sera l’une des meilleures décisions de sa vie, confie-t-elle. Quand bien même, ce n’est pas vraiment ce qu’elle pense au début, sa première tâche étant de faire la synthèse d’un dossier de 120 tomes. Loin de l’image d’Épinal qu’elle avait en tête. « Je me suis dit, je ne suis pas là pour regarder des chiffres, des histoires de faillite d’une société. Moi, je veux du sang, des larmes et de la sueur ! Des autopsies ! » En réalité, le dossier en question la passionne et marque le commencement de sa vie de pénaliste. Stagiaire puis collaboratrice chez Metzner, elle assiste à l’ascension de ce qui deviendra l’un des cabinets pénaux de Paris les plus renommés. Avec son deuxième mentor, elle prend en main des dossiers captivants à l’instar de l’affaire Bertrand Cantat qui marquera l’avocate qu’elle est alors. De ses cinq années chez Metzner Associés, elle gardera des réflexes et une « patte ». Des amis indéfectibles aussi. D’ailleurs, le cabinet qu’elle vient de fonder, Gosset Lasek Esclatine, compte des anciens du cabinet installé au 100 rue de l’Université.
Des mystères à résoudre
« Le pénal, tout le pénal, mais seulement le pénal. » Pénal général ou pénal des affaires ? Céline Lasek n’a pas choisi. Un grand écart qui la fatigue parfois, sans pour autant ressentir une once de lassitude à l’égard de son métier. Faire autre chose ? « Peut-être qu’à la retraite, si je la prends, deviendrai-je sculpteur ? », plaisante-t-elle. Comprendre : ce n’est pas près d’arriver, « ma passion c’est l’être humain, on n’en a jamais fait le tour ». Et de se souvenir avec émotion de cette affaire, il y a plus d’un an, où elle a représenté une jeune femme de 19 ans accusée d’un crime qu’elle niait avoir commis et qui s’était débrouillée seule jusqu’à ce qu’elle la prenne en charge. De cette rencontre, Céline Lasek garde en mémoire l’intelligence, la gentillesse et la volonté incroyables de sa cliente qui lui a fait une confiance aveugle. Mais aussi la grande humanité du président d’assises lors du procès. Ou comment débusquer la lumière derrière l’obscurité.
Avec de tels enjeux, rien d’étonnant à ce qu’elle angoisse chaque veille d’audience, et se dit que c’est la dernière. Le lendemain, elle est épuisée. Le surlendemain, elle veut recommencer. De toute façon, le jour où elle ne stressera plus signera le moment d’arrêter. Ou bien le jour où elle n’apprendra plus. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle a intégré le Conseil de l’ordre, dont elle vient de terminer le mandat. Pour être de nouveau débutante. Étudier un sujet de fond en comble. Ce que, en vérité, son travail d’avocate lui permet puisque « chaque nouveau dossier est un mystère à résoudre ». Et puis il y a toujours à apprendre des autres. Des magistrats qu’elle trouve fascinants et dont elle reconnaît l’extrême difficulté du métier. De ses aînés et des plus jeunes. Des bons et des mauvais. D’ailleurs, à ce sujet, elle suit le conseil qu’Olivier Metzner lui a prodigué il y a bien longtemps : rester au bout de toutes les plaidoiries, y compris les mauvaises, pour savoir ce qu’il faut éviter de faire. Autre clef du métier qu’elle aurait aimé connaître plus tôt : être avocat signifie être entrepreneur. Celle qui déteste négocier ses honoraires, et surtout les réclamer, a fini par se faire à cette casquette.
Romanesque dans l’âme
Pour s’évader, elle s’envole vers l’Amérique du Sud ou la Corse – une passion héritée de Versini – et en profite pour lire, une façon d’explorer autrement les tréfonds de l’âme humaine. Son livre de chevet, Le Tour du malheur de Kessel, côtoie ces derniers temps Anna Karénine de Tolstoï et Une vie comme les autres de Hanya Yanagihara, qu’elle a récemment ressortis de sa bibliothèque. Et à ses heures perdues, alors qu’elle s’assoit devant son piano pour égrener quelques notes, elle pense à son compositeur favori, Frédéric Chopin. Une âme tourmentée, encore une fois. On ne se refait pas.
Chloé Lassel
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