Fendre l’armure c’est ce qui caractérise Sylvie Welsch. L’associée, arrivée chez UGGC il y a plus de trente ans, en pilote la pratique santé et fait partie des rares professionnels sollicités par l’Oniam, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux. Retour sur une trajectoire marquée par le dépassement de soi.
Sylvie Welsch, de sang-froid
Alors que nous venons de prendre place dans un café, Sylvie Welsch se lance dans un récit intense. Sous ses airs apaisés, l’avocate se montre passionnée. Cette originaire de Perpignan assume pleinement l’enthousiasme qui l’anime et qu’elle manifeste après chaque victoire. Un « grain de folie » qui, selon sa mère, ne correspond pas à « son côté sage », mais la pousse à aller à la rencontre des autres.
Sa porte est toujours ouverte. « Parfois trop », admet-elle avec un sourire chaleureux. « Solaire », « pétillante », voilà les mots qu’emploient ses collaborateurs pour décrire l’associée. Mais d’une « extrême rigueur », ont-ils coutume de rajouter. Une qualité qu’elle ne renie pas : « Je relis tout ce qui sort du cabinet, même ce qui n’est pas facturable. » Celle qui avoue n’avoir « jamais rien demandé », de crainte de s’entendre dire « non », préfère, avant tout, écouter « tout le monde à égalité ». Une qualité essentielle, d’autant plus lorsqu’elle traite des contentieux propres à l’Oniam issus d’incidents médicaux.
Acier trempé
Si l’avocate n’envisageait pas de se spécialiser dans le domaine de la santé, la vie en a voulu autrement. Ses premiers pas dans le monde médical s’effectuent pour le compte de l’Établissement français du sang, alors que cette fan de films gore, tels que Freddy ou Massacre à la Tronçonneuse, redoute la vue du sang. « Avant, je me sentais mal en entrant dans un hôpital. J’éprouvais un mal-être vis-à-vis de la maladie… » Malgré la difficulté, Sylvie Welsch persiste aux côtés de l’Établissement et, entre autres, prend en main des dossiers relatifs à des transfusions de sang contaminé par le VIH. Pour lequel, à cette époque, il n’existait pas encore de traitement. « La santé est une matière où l’on doit faire la part des choses », confie celle qui prend systématiquement des notes manuscrites en expertise. Une exigence qu’elle conserve par respect pour ses interlocuteurs, qu’elle côtoie dans des circonstances personnelles dures. Son regard bleu azur est sans détour : « Voir le malheur des personnes, de victimes, oblige à prendre du recul. »
« Rater un examen, ça arrive. En parler peut remonter le moral de plein de gens. »
Un « hasard de la vie » l’amène à reprendre un projet de livre, qu’elle titrera Responsabilité du médecin, risques et réalités judiciaires. Ce travail méthodique – elle se fait un point d’honneur à « être identifiable et sérieuse » dans ses publications – la révélera aux yeux du directeur de l’Oniam, qui lui confie alors son premier dossier contentieux en 2002. Un premier dossier qui sera suivi par bien d’autres, puisque l’associée, qui forme depuis dix ans des magistrats et des médecins, est également consultée par des présidents d’associations de victimes. En résultent des week-ends studieux, cependant entrecoupés de moments de répit, Sylvie Welsch prenant du temps avec sa fille et ses petits-enfants, ses « petites lumières », ou encore en s’adonnant à la peinture au cœur de la nuit.
Sa position auprès de l’Oniam, un gage de prestige puisque l’office ne choisit qu’une poignée de cabinets avec lesquels travailler, représente pour elle une « chance fabuleuse » qui lui permet d’« aborder la défense avec une grande neutralité ». Ses rares défaites ont abouti à des indemnisations « pour la bonne cause ». En vingt ans et quelque 10 000 affaires traitées, elle se souvient encore des noms des victimes, des premières lettres de chaque dossier. En revanche, ne lui demandez pas quel livre trône sur sa table de chevet. « [Sa] mémoire ne garde que l’utile », affirme-t-elle.
Forgée à la flamme
Avec verve, l’avocate raconte qu’elle a par deux fois « raté le grand oral » pour devenir magistrate. « J’étais mal dans ma peau, cramoisie. Je me suis complètement ramassée. » En cause, sa grande timidité. Enfant déjà, elle peinait à s’exprimer en public. Aujourd’hui, ces deux échecs, elle les évoque ouvertement avec tous les stagiaires qu’elle rencontre : « Rater un examen, ça arrive. En parler peut remonter le moral de plein de gens. » Ce revers ne l’empêche pas de découvrir le métier d’avocat, par l’intermédiaire de l’oncle d’une de ses amies. En stage avec lui, elle apprend qu’être « avocat ne se limite pas aux seules plaidoiries. Il faut aussi écrire, trouver les meilleures solutions, se battre pour un dossier. » Aujourd'hui encore, rédiger reste tant un de ses points forts qu'un de ses moyens d'expression préférés.
Plusieurs années durant, plaider reste difficile. Alors que ses proches lui demandent pourquoi elle s’inflige cela, Sylvie Welsch tient bon. Elle s’entraîne sans relâche chez elle. Après trois ans d’efforts, elle surmonte enfin l’appréhension des plaidoiries. La robe lui donne un sentiment de protection, telle une armure. « Devant les magistrats, ce n’est plus moi qui plaide. Je représente le client et sa position. » Cette « victoire sur elle-même » l’emplit de fierté, mais ne la départit pas de sa modestie : « J’y suis arrivée, mais ça m’a pris beaucoup de temps. » Et si elle devait donner un conseil aux jeunes avocats ? « Je dirais une chose que je n’ai pas faite pour moi-même : il faut se faire aider. » Ses rêves ? Arpenter New York ou bien refaire un saut à l’élastique. De quoi se galvaniser.
Alexandra Bui
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