Énarque, passé par le Conseil d’État, Henri Savoie exerce le métier d’avocat depuis dix-huit ans. Associé chez Darrois, il y dirige les pratiques droit public, régulation et réglementation bancaire et financière. Retour sur un parcours sans faute… ou presque.
Henri Savoie, le droit à son actif
Henri Savoie occupe un bureau feutré, dont l’atmosphère un peu désuète est relevée par de grands tableaux aux aplats de couleurs vifs, que l’œil profane du rédacteur de ce portrait rapprocheraient de l’expressionnisme abstrait. « Je peins à mes heures perdues », précise-t-il. Rapidement, la conversation s’emballe autour des quelques dossiers qui le mobilisent et de l’actualité politique, marquée par l’instabilité gouvernementale et la réélection de Donald Trump. L’homme a le débit d’un passionné. Il faut profiter des respirations pour reprendre le fil. Qui êtes-vous, Henri Savoie ?
Élite républicaine
« Je viens d’une famille traditionnelle, originaire du Poitou. Mon père était officier. J’ai eu l’éducation d’un enfant de la petite bourgeoisie provinciale, marquée par des valeurs traditionnelles. » De ses premières années, il retient son passage dans un collège jésuite, à Paris, qui influencera pour le reste de sa vie son « rapport aux autres ». Suivent Sciences Po et l’ENA, promotion Jean Monnet, dont il sort au troisième rang, aux côtés de personnalités comme Martin Hirsch ou François Pérol. « On a dit beaucoup de mal de cette école, mais je persiste à penser que sa suppression était une énorme connerie ! Dans un moment où c’est toute l’architecture de l’État qui chancelle, sa disparition me paraît particulièrement préjudiciable. »
Élite administrative
Au Conseil d’État, que son « appétence certaine pour le droit » lui fait préférer à l’Inspection générale des finances, Henri Savoie se forme, apprend toutes les ficelles du droit et de l’administration. De 1995 à 1997, il conseille le gouvernement Juppé sur des questions aussi diverses que la réforme de l’État, l’environnement ou la jeunesse et les sports. Il travaille sur des dossiers à enjeux, comme la préparation de la Coupe du monde ou la construction du Stade de France. Durant ses années à Matignon, Henri Savoie noue des liens fort avec Alain Juppé. Il garde le souvenir d’un homme « très exigeant, mais agréable, à l’écoute, direct, assez loin de sa perception par l’opinion ». Direction ensuite l’Afrique, où il officie pendant cinq ans en tant que conseiller juridique du président sénégalais Abdoulaye Wade. « Une expérience unique, atypique, qui m’a permis de découvrir une autre manière de voir le monde et les choses, de remettre en cause mes modes de pensée. » À son retour en France, il envisage de donner une suite politique à sa carrière, mais l’occasion ne se présente pas. Un regret ? « Non, j’aime trop mon métier. ». Plus tard, peut-être ? « Je n’ai plus l’âge. Et puis je crois que je n'ai plus assez de prise avec les difficultés de la vie des gens pour bien faire le job. »
Élite juridique
Henri Savoie devient donc avocat. D’abord chez Skadden, où il exerce trois années. « Cela a vraiment été le meilleur environnement possible pour découvrir le métier et la culture anglo-saxonne du monde des affaires qui m’était étrangère. » Mais voilà la crise de 2008 : au moment où il devait passer associé, le cabinet réduit la voilure. « Il ont essayé de me retenir, mais les planètes n’étaient pas alignées. » Il rejoint alors Darrois, un cabinet où il s’épanouit dans l’excellence professionnelle et les valeurs personnelles qui l’ont toujours animées. Il y accompagne sur des dossiers à forts enjeux une clientèle prestigieuse, constituée d’entreprises privées françaises ou étrangères et d’établissements publics. Ce dont il est le plus fier ? « Je repense à ce client chinois qui m’a dit avant que j’aille le défendre devant le Conseil d’État : " Pour toi c’est un dossier, pour moi c’est toute ma vie qui se joue" . Quand je suis parvenu à lui obtenir gain de cause, cela a revêtu pour moi une satisfaction particulière. Tout comme les dossiers pro bono où je me bats pour défendre un statut de réfugié. Avoir un impact concret sur la vie des gens donne une autre dimension à ce métier. »
Les petites choses
Henri Savoie a tout de l’homme accompli. Grand-père de trois petits-enfants, il partage sa vie entre Paris et le Poitou, où il retourne peindre dès que son emploi du temps le lui permet. Une erreur qui l’aurait marquée dans son parcours ? Pas de grande gaffe – ce n’est pas le genre de la maison –, mais un souvenir net, précis, datant de son premier stage de l’ENA, à la préfecture de l’île de la Réunion. « Un jour, le préfet me charge d’envoyer des messages. Je lui fais valider le texte et l’envoie. Seulement, pour l’un des destinataires, je me suis adressé à un maire en l’appelant "Monsieur le député-maire" alors qu’il n’était pas député.» Le préfet l’appelle alors dans son bureau et lui dit ces mots qui ne l’ont jamais quitté : « Sachez que les petites choses sont aussi importantes que les grandes. Faites attention aux petites choses. Et en effet, je crois que tout est là.»
Il semble que pour Henri Savoie, l’homme, l’artiste ou l’avocat, les détails de la forme sont la condition même de l’épaisseur du caractère. Comme les jets de couleurs sur ses tableaux témoignent d’une catharsis plus essentielle.
Au fond, les petites choses n’en sont pas pour qui aspire à être un homme droit.
Antoine Morlighem
À lire aussi Le dossier intégral des portraits de l'Élite 2025