À quelques jours de Noël, Alexandre Moustardier, associé chez Atmos Avocats, accepte de parler de lui. Un exercice auquel ce spécialiste de l’environnement, pourtant habitué aux prétoires, n’a pas exactement l’habitude de se soumettre.

Parisien de pure souche, Alexandre Moustardier a grandi dans les beaux quartiers du 16e arrondissement. Son enfance est marquée par la figure de sa mère, une intellectuelle qui le fait grandir au contact des musées de la capitale. Alors qu’il caresse l’idée de devenir architecte, elle l’en dissuade. Le jeune homme reporte alors ses efforts sur un autre objectif : la diplomatie. Pas de chance cependant, il rate les concours de Sciences Po après avoir validé une licence de droit. Il ne rentrera pas au quai d’Orsay.

Cet échec encaissé, il se recentre sur une son appétence pour la rigueur, mais aussi pour la créativité et la gymnastique intellectuelles que nécessite le droit. Alexandre Moustardier décide donc de se spécialiser dans le droit des affaires, s’imaginant faire de la des fusions-acquisitions ou du private equity, avant de faire volte-face pour un troisième cycle en droits émergents, axé principalement sur l’environnement et la santé. Il obtient en parallèle un DESS de diplomatie, puis se lance dans une thèse de doctorat qu’il abandonne au bout d’un an. Si sa directrice n’aimait pas du tout son sujet, « Paris et le droit de l’environnement », l’histoire allait montrer qu’il avait plutôt eu le nez creux, « à une époque [1993, ndlr] où la bagnole était reine à Paris ».

Histoires de marins

Le jeune Alexandre Moustardier sera donc avocat. Il finit par poser ses valises chez Lepage en 1998, après avoir postulé chez les rares cabinets disposant déjà d’un département consacré au droit de l’environnement. Quelques mois plus tard, le pétrolier Erika s’abîme au large des côtes bretonnes. L’incident marquera le commencement de l’une des affaires les plus marquantes de sa carrière. Aux côtés de Corinne Lepage et de Christian Huglo – son mentor qui l’a façonné professionnellement –, il se lance s’investit dans un dossier de grande ampleur, qui définira la notion même de préjudice écologique dans le droit français. C’est à nouveau un navire qu’il évoque pour illustrer un autre des dossiers marquants de sa carrière : le Clemenceau et les péripéties juridiques ayant ponctué le démantèlement de ce porte-avions mythique.

« Tout ce qui est convictions reste à la porte du cabinet ! » 

La mer, justement, est l’une des grandes passions d’Alexandre Moustardier. Ce voileux part dès que possible en Normandie pour participer à des régates et « prendre l’air, au sens propre comme au figuré ». Un amour de l’océan presque héréditaire, puisqu’une grande partie de sa famille, nantaise d’origine, a fait partie de « La Royale » – l’un de ses oncles a même été « pacha » du porte-avions Foch. Son autre dada, c’est l’art, un goût hérité de sa mère, avec une sensibilité toute particulière pour le 19e siècle, une période où la vie artistique était faite de changements incroyablement rapides. Côté musique, c’est plus éclectique : il confesse seulement ne pas être fan de rap. Lorsqu’il lui faut élire un livre de chevet, il explique détester le concept, qui représente à ses yeux un frein à la curiosité intellectuelle. Une forme de sclérose qu’il cherche à éviter, tant professionnellement que dans son quotidien.  

L’aventure politique

Hors de son cabinet, Alexandre Moustardier s'est laissé charmé par la politique locale. Candidat à la mairie de Trouville, il rejoint finalement l’équipe sortante en tant qu’adjoint à l’urbanisme pour six années avant de faire une nouvelle campagne. Et de se désister pour se concentrer sur son métier. Il juge l’expérience intéressante, mais elle ne lui a pas apporté ce qu’il attendait. « La politique est ingrate », explique-t-il.

Désormais, c’est plutôt en son implication dans le bâtonnat et son soutien des à des amis candidats qui se présentent qui satisfont son besoin de vie publique. : il a été membre du conseil pendant plusieurs années, et conserve d’ailleurs des fonctions à l’Ordre du barreau de Paris, notamment pour sa cellule immobilier qu’il pilote depuis douze ans. D’où son rôle de chef de projet lors de la construction de la Maison de l’ordre des avocats, inaugurée en 2019. C’était l’occasion de travailler en duo avec le célèbre architecte Renzo Piano, et un clin d’œil à son rêve de jeunesse de devenir architecte. Son appétence pour le bâtiment s’est transformée en hobby : il adore « acheter des maisons, les retaper et les revendre ».  

Interrogé sur les enjeux écologiques, il avoue ne pas se considérer comme militant, malgré une véritable sensibilité environnementale. Avec en prime une séparation nette entre ses opinions et sa vie professionnelle : « Tout ce qui est convictions reste à la porte du cabinet ! ».Quant à ses projets pour les années à venir, il explique ne pas vouloir être de ceux qui portent la robe trop longtemps. « Pas question de mourir à la barre à 80 ans ! » Alexandre Moustardier compte bien profiter de la flexibilité qu’apporte le métier d’avocat pour lever un peu le pied et continuer à faire ce qui lui plaît, à la barre du tribunal ou à celle d’un voilier.

François Arias

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