Plus jeune, parce qu’elle avait à cœur d’aider les autres, Angélique Sellier-Levillain voulait être inspecteur de police. Elle est finalement devenue directrice juridique dans le secteur de l’assurance et pilote aujourd’hui l’ensemble de la politique juridique du Groupe Allianz en France. Retour sur le parcours d’une femme qui ne s’arrête jamais.
Angélique Sellier-Levillain (Allianz), à votre service
Angélique Sellier-Levillain – « Sellier la semaine et Levillain le week-end » – a grandi en Normandie au sein d’une famille modeste, son père était tourneur-ajusteur et sa mère agente de service dans les écoles. C’est donc sans culture juridique qu’elle se dirige vers la faculté de droit rouennaise une fois son bac économique en poche. Mais ce n’était pas pour être avocate ni directrice juridique d’ailleurs, mais inspecteur de police « pour aider les gens en situation de difficulté ». Elle passe les concours, mais déchante vite : « Travailler dans la police, c’est malheureusement parfois arriver quand le mal est déjà fait. »
De la police à l’assurance
Elle découvre le droit des assurances grâce à l’un de ses profs de fac. « J’ai trouvé ça hyper intéressant, c’est une matière utile au quotidien. » Alors, quand arrive le moment de postuler pour poursuivre en DESS, elle tente Assas et un master de droit des assurances. « Et venant d’une petite ville de campagne, j’ai été acceptée », s’étonne-t-elle presque toujours vingt-cinq ans plus tard.
La vraie révélation survient lors d’un stage à CNP Assurance, une compagnie d’assurances française, qu’elle effectue en même temps que ses études. « C’était très concret et varié, cela touche au quotidien des assurés, on faisait de l’assurance vie. » Mention spéciale à son « co-bureau », lequel lui apprend quelque chose d’essentiel qui la guide encore aujourd’hui : être un bon juriste dans une entreprise c’est pouvoir rendre accessible le droit à ses collaborateurs.
Contrairement à de nombreux directeurs juridiques, Angélique Sellier-Levillain n’a jamais voulu être avocate. « Désolée ! », lâche celle qui a pourtant obtenu un stage dans le cabinet de l’un de ses professeurs de fac, en décrochant la meilleure note à un partiel de droit bancaire.
« L’IA ce n’est pas comme une mode, on ne doit pas passer à côté si on veut rester compétitif »
Cela ne l’empêche pas de suivre un parcours brillant : sortie d’Assas, elle rejoint Generali où elle gravit les échelons au fil des quatorze années qu’elle y passe. À seulement 26 ans, elle endosse les fonctions de responsable du département juridique avec près d’une quinzaine de personnes sous ses ordres. Dernière arrivée au sein de la compagnie d’assurance et benjamine de l’équipe, elle a dû « trouver ses marques, apprendre à gérer les collaborateurs et trouver sa manière d’être », tout en menant de front tous les dossiers, aussi passionnants que complexes. Devenue directrice offre produits et service d’assurances en 2012, elle continue d’étoffer ses compétences avant de rejoindre son entreprise actuelle, Allianz, en qualité de directrice juridique assurance. Des dossiers marquants, il y en a bien eu, « mais je ne peux pas vous en parler ! ».
Aujourd’hui – elle est depuis 2019 directrice juridique du groupe –, ses journées sont surtout rythmées par des réunions au cours desquelles elle et son équipe réfléchissent à la mise en place de sujets stratégiques pour l’entreprise, à la gestion des éventuelles situations conflictuelles. Beaucoup de conseil à la direction, de management… Sans oublier la transformation des équipes avec la nouvelle ère de l’IA qui débarque à pleine vitesse. « L’IA ce n’est pas comme une mode, on ne doit pas passer à côté si on veut rester compétitif », confirme Angélique Sellier-Levillain, qui veille à ce que tous ses collaborateurs prennent le virage, les jeunes diplômés comme les plus expérimentés. Et en tant que directrice juridique, son rôle dans la réussite de cette transition numérique est d’autant plus marqué qu’elle est en partie chargée de valider les solutions d’IA qui vont être implémentées dans l’entreprise. « Notre avantage c’est que l’on travaille sur des textes de loi, qui sont des données publiques, nous n'avons donc pas besoin d’entraîner les outils avec des données privées. Alors, on passe du temps à essayer de comprendre quelles sont les bonnes questions à poser à l’IA. » Et pour embarquer ses équipes dans le bateau IA, Angélique Sellier-Levillain y va à coups d’ateliers organisés dans le service, un modus operandi tiré de ses jeunes années d’animatrice en centre aéré « mais qui fonctionne toujours ! ».
Outre les enjeux technologiques, l’activité d’une assurance est évidemment marquée par l’actualité : Covid, émeutes, environnement et durabilité sont autant de sujets qui occupent Angélique Sellier-Levillain et ses équipes. La principale difficulté ? Concilier les contraintes des uns et des autres pour proposer une solution pratique viable, un casse-tête, mais également une grande source de satisfaction.
Pour décompresser, cette hyperactive qui ne dort que quelques heures par nuit aime se défouler et pratique plusieurs sports : crossfit, musculation, vélo. Elle aime aussi les thrillers et la cuisine – dans une autre vie, elle se verrait bien chef cuistot –, mais comme tous les parents, sa grande passion, ce sont ses deux garçons de 14 et 19 ans.
Modeste, Angélique Sellier-Levillain a du mal à se trouver des qualités – « je travaille beaucoup et je suis très dynamique », finit-elle par concéder. Pourtant, celle qui est à la tête du juridique de l’un des leaders de l’assurance en France peut être fière de son cheminement. Un cheminement intimement lié à sa quête de justice. Et porté par un credo simple : « Avoir toujours une main tendue ».
Ilona Petit