Aujourd’hui associé chez Flichy Grangé, l’un des cabinets français les plus réputés en droit social, Olivier Mambré le confesse sans détour : c’est un timide qui n’a pas l’habitude de parler de lui. Portrait.
Olivier Mambré, en toute sécurité
C’est au fond de la salle du Gramont, un café-restaurant du boulevard des Italiens, qu’Olivier Mambré s’est installé. On le sent un brin fébrile. « Je suis plutôt quelqu’un de réservé », dit-il d’emblée. Un trait de caractère qui ne l’a cependant pas empêché de gravir les échelons chez Flichy Grangé. Arrivé au sein du cabinet en tant que collaborateur en 2013, l’avocat y devient associé en 2024. Et tient à préciser que cette ascension, il la doit certes à son travail, mais également à Joumana Frangié-Moukanas et Corinne Potier, les autres associés de la pratique Santé & Sécurité au travail, qui « [l]’ont accompagné dans son chemin et [lui] ont accordé leur confiance ».
Enfant, Olivier Mambré baigne quelque peu dans l’univers du droit : son père, directeur juridique d’un quotidien régional, « ramenait tous les jours à la maison des journaux » concernant la matière et dans lesquels le jeune garçon se plongeait avec passion. Le métier d’avocat ? Il y pense, mais « se l’interdit un peu ». Pour lui, les avocats sont de « grandes gueules », auxquelles il ne s’identifie pas du tout. Mais « c’était une idée reçue » qu’il a déconstruite très vite. « Le fait d’être réservé n’est pas antinomique avec le fait d’être combatif et convaincant devant un tribunal. » Formé à l’université de Montpellier, où il grandit, Olivier Mambré découvre le droit de la Sécurité sociale avec Philippe Coursier, lequel dirige à l’époque le master qu’il suit. Le professeur devient un peu son « mentor » et lui permet d'explorer une branche du droit de la Sécurité sociale qui le passionne : la santé au travail. C’est donc avec l’ambition d’exercer cette pratique de niche qu’il passe le CRFPA.
« Le fait d’être réservé n’est pas antinomique avec le fait d’être combatif et convaincant devant un tribunal »
Son diplôme en poche, il fait ses premiers pas en tant qu’avocat spécialisé en santé au travail et maladies professionnelles au sein de Perol Raymond Khanna & Associés, une boutique parisienne. « J’ai très rapidement eu l’occasion de plaider. C’est une immense chance, car c’est la meilleure formation possible. » Deux ans plus tard, il intègre Flichy Grangé chez qui il développe son savoir-faire en droit de la santé au travail, « une spécialité qui couvre une large gamme de sujets en droit du travail, droit pénal et droit de la Sécurité sociale ». Aujourd’hui, Olivier Mambré intervient sur des cas qui mélangent droit pénal du travail, dommage corporel et qui incluent des problématiques de risques chimiques ou de risques psychosociaux. S’il apprécie cette spécialité qui n’en est pas vraiment une, c’est en partie pour sa dimension humaine et psychologique. Parmi les affaires qui l'ont marqué, il y a celle de l'explosion d’une usine ayant entraîné le décès de deux employés. « Ce sont des dossiers au long cours dont les enjeux humains et financiers sont colossaux et que l’on accompagne de l’enquête jusqu’à la plaidoirie devant les tribunaux », explique-t-il.
Aussi bureau que terrain, Olivier Mambré aime enfiler casque et chaussures de sécurité pour comprendre les enjeux opérationnels des affaires. Littéraire dans l'âme – petit, il se voyait bien journaliste –, ce perfectionniste peut se relire pendant des heures pour « choisir un mot plutôt qu’un autre ». Toutefois, il ne pourrait pas passer ses journées seul face à ses dossiers. C’est pourquoi il affectionne le travail en équipe et le regard neuf de ses associés et ses collaborateurs.
Marches dans les Cévennes
Une autre spécialité botterait bien Olivier Mambré : le droit de l’environnement. Une matière pas si éloignée de celle qu’il pratique aujourd’hui. « L’environnement est une préoccupation très actuelle, y compris en droit de la santé au travail, notamment s’agissant des industries. » Récemment, il est d’ailleurs intervenu dans un accident du travail où la réglementation des installations de l’environnement (prévu par le Code de l’environnement) était en cause.
Le meilleur conseil qu’il pourrait donner ? Toujours douter. « J’ai la conviction qu’il faut faire preuve de beaucoup d’humilité dans notre profession, savoir se remettre en question à chaque dossier. Et constamment travailler sans jamais penser que tout est acquis. » Un adage que se répète ce randonneur lorsqu'il fait face à la nature. Quand Olivier Mambré n’est pas devant les tribunaux, on peut le trouver arpentant les Cévennes où il a conservé des attaches fortes. Peut-être que tout se joue là, au fond : dans ces marches tranquilles. Olivier Mambré avance comme il est — discrètement, sans chercher à se mettre en avant mais avec assurance.
Ilona Petit