Associé chez Norton Rose Fulbright en contentieux et arbitrage international, Marc Robert a trouvé dans le droit une invitation au voyage et un outil de dialogue avec l’étranger. Portrait.
Marc Robert, code-trotter
Il a les lunettes au bout du nez et la réserve des gens qui préfèrent convaincre plutôt que séduire. Marc Robert n’a pas seulement l’air sympathique. Il l’est. Peu enclin aux confidences, il finira toutefois par nous parler du plaisir qu’il a à cultiver ses propres tomates. Une activité aux antipodes du contentieux et de l’arbitrage international qui occupent son quotidien. Associé chez Norton Rose Fulbright, un cabinet qu’il a intégré il y a seize ans, Marc Robert aborde ses dossiers avec l’aplomb et la finesse d’un joueur, pour gagner. « Par décision de justice ou à l’amiable, il faut tout faire pour ne pas se retrouver dans une situation d’échec », affirme-t-il. Chez lui, la formule sonne moins comme une bravade que comme une méthode. Ce costume d’arbitragiste globe-trotter, il ne l’avait pas franchement anticipé. Jeune, il se voyait ingénieur, tout attiré qu’il était par les mathématiques et la physique. École, collège, lycée, fac : ces étapes se déroulent « sans peine particulière » pour ce fils élevé par un père « dans l’immobilier » et une mère dans « les chapeaux et la médiation ». Il atterrit finalement en droit à Assas et à la Sorbonne, « parce qu’il faut bien s’inscrire quelque part », et trouve que ce qu’il étudie a l’air bien plus facile que ce qu’ingurgitent ses amis de médecine. Avec une franchise bienvenue, il nous confie que, pendant bien longtemps, il s’est demandé à quoi ça servait, « ça » étant le droit qu'on apprend à l'université. Et, prenant le contrepied du dicton, il lâche que, selon lui, « le droit ne mène pas à tout ». Son interrogation sincère est presque incongrue dans un milieu dont les membres aiment s’épancher sur leur vocation. Ici, pas de révélation précoce ni d’évidence mystique. De quoi remonter le moral des étudiants en droit paumés.
Des baleines et des ours
C’est au Vietnam qu’il a le déclic. En échange là-bas, il étudie dans une fac que l’on rejoignait encore au début des années deux mille en empruntant un bac. Nichée dans le delta du Mékong, l’université de Can Tho lui ouvre de nouveaux horizons. En dépit de l’expansionnisme de la common law, qui a le redoutable avantage d’être conçue dans la langue internationale des affaires, la tradition civiliste a rayonné, et rayonne encore grâce, notamment, aux actions du barreau de Paris, dans de très nombreux pays. Marc Robert y a contribué à son échelle par la création d’une association de soutien aux étudiants vietnamiens et sa participation à l’association Henri Capitant, premier réseau international de tradition civiliste qui œuvre à l’exportation du droit continental. « C’est là-bas que j’ai compris pour la première fois que le droit était un langage commun permettant d’échanger et de se comprendre malgré les barrières linguistiques. » Après la découverte de ce superpouvoir, ce féru de voyages poursuit son odyssée à l’autre bout de la planète, à Montréal. Il valide un LLM à la McGill University. Avant de mettre le cap vers le Sud, au Brésil, où il apprend le contentieux et l’arbitrage international pendant un an et demi à Rio, chez Veirano Advogados. Il tutoie rapidement le portugais et, nouveau déclic, il découvre qu’il est possible de sentir utile en terre inconnue simplement avec son socle de connaissances de droit français. Il a sa réponse : le droit construit des ponts entre les nations et constitue un passeport professionnel. Voyager pour travailler, mais pas seulement. Marc Robert embarque femme et enfants (de 8, 7 et 4 ans) pour voir du pays. L’an dernier, c’était les Rocheuses en Amérique du Nord. Trois semaines en camping-car pour aller voir ours et baleines. La nature l’apaise.
« Là-bas, les magistrats accordent souvent plus d’importance à l’oralité des débats »
Ce natif de Paris avait parié que son QG se trouverait sur les bords du canal Saint-Martin dans le 10e arrondissement de Paris où il a vécu quelques années. La vie de famille lui a fait préférer la vie à la campagne. Il a troqué le bitume pour un jardin où il voit pousser tomates et mirabelles. En épousant son nouveau job de père, Marc Robert a vite compris que « [ses] enfants seraient sa priorité ». Les siens constituent sa plus grande source de fierté. Un brin sentimental, il porte à sa robe l’épitoge de son épouse qui a quitté la profession. Un « porte-bonheur redoutable » qui complète les moments de réflexion qu’il s’octroie pour « élaborer le fil conducteur d'une plaidoirie » avant le jour J. L’arbitragiste a intégré le caractère imprévisible d’une audience. À l’image de celle qu’il a endurée tout au début de sa carrière au tribunal de commerce d’Avignon, pour un dossier de procédures collectives : l’avocat adverse lui a remis ses conclusions dans la salle des pas perdus. Un baptême du feu brutal qui lui a servi de leçon. Il faut savoir s'adapter à tout imprévu et se préparer en un « temps record ». En guise d’école, cet amateur de littérature et de polars avec qui l'on s'accorde sur l'expérience haletante qu'est le film Le Fugitif – dans lequel Harrisson Ford incarne avec son charme habituel la victime d’une erreur judiciaire – recommande fortement la défense pénale. Les comparutions immédiates qui se terminent presque systématiquement en mandat de dépôt, il connaît. « Parfois démoralisant, mais hyper formateur. » La robe oblige à se réinventer face aux aléas… et aux disparités culturelles. Le Parisien a fait du voyage l'une des composantes de sa pratique, désormais tournée vers l’Afrique francophone. Il plaide au Burkina Faso, en Guinée, en Côte d’Ivoire… Et se plie avec plaisir aux usages de ces juridictions où « les magistrats accordent souvent plus d’importance à l’oralité des débats ». Une temporalité différente, une autre façon de concevoir la confrontation juridique. Il se félicite de combiner l’exercice de son activité en France et la chance de pouvoir pratiquer à l’étranger. « C’est comme d’avoir deux métiers. »
À la question qu’on aime poser aux avocats en ce moment (« l’intelligence artificielle [IA], ça vous fait peur ? »), Marc Robert répond utiliser l’IA comme « un agent qu’il faut savoir piloter ». Ni prophète ni alarmiste, il admet toutefois que cette technologie a, pour la jeunesse, quelque chose d'inquiétant. « Le résultat est parfois bluffant et laisse à croire qu’on ne pourrait effectuer qu’un travail de vérification alors que la responsabilité reste celle de l’avocat. » Mais pour vérifier, encore faut-il avoir des connaissances. Et ces connaissances ne tombent pas du ciel. Lui, il a tout appris au contact des plus vieux et se dit admiratif des avocats qui posent leur plaque très tôt. L’expérience mûrit. Comme les tomates.
Anne-Laure Blouin