Avocate au sein du célèbre cabinet Darrois Villey Maillot Brochier depuis presque toujours, Julie Pasternak se dévoile joyeusement. Ce qu’on retient d’elle ? Lorsqu’elle fait quelque chose, elle le fait à fond.

À peine sommes-nous installée face à Julie Pasternak que nous posons cette question : a-t-elle un lien de parenté avec le romancier et poète russe Boris Pasternak ? Elle rit. Absolument pas. Pasternak est un nom russe et polonais plutôt commun. Elle le tient de sa famille paternelle originaire de Pologne. Quant à elle, si elle vient de l’Est, c’est de moins loin. Metz pour être précise. Elle y a fait toute sa scolarité. De la maternelle au supérieur. Sans jamais penser à Paris.

Julie Pasternak a grandi au sein d’une famille modeste. Ses parents l’ont-ils poussée vers l’avocature ? Pas du tout. « Mon destin était entre mes mains. » Et, au début, le droit n’en faisait pas partie. C’est une matière qu’elle a découverte par curiosité intellectuelle. Et qu’elle a décidé d’explorer en s’inscrivant à la faculté. Dont les deux premières années nont pas failli à leur réputation. L’avocate l’admet, ce n’est pas à ce moment-là que sa vocation est née. Toutefois, cela a suffi à la convaincre de se former au droit des affaires. À l’époque, pas d’autres solutions que de faire le très demandé DJCE de Nancy, à une heure de train aller-retour de chez elle. Encouragée par son père, Julie Pasternak ne ménage pas ses efforts et devient major de sa promotion non pas une, mais deux fois. Elle remporte également deux concours durant sa dernière année, dont celui de jeune fiscaliste. Cette fois, ça y est : elle est mordue.

Pour son stage de fin d’études, la juriste intègre durant l’été 2008, en pleine crise des subprimes, le célèbre cabinet Darrois Villey Maillot Brochier pour y faire du M&A. « À l’époque (déjà) c’était un mythe. » Très select, cette maison très renommée de la place parisienne n’a pas de site internet. Julie Pasternak est fière d'avoir réussi à passer la porte, tout comme le directeur de son DJCE qui raconte cette histoire à qui veut l’entendre. Une fois à l’école du barreau, elle fera son PPI au Conseil d’État – « une expérience absolument extraordinaire » – et son stage final chez… Darrois. Capa en poche et après un an de collaboration chez CVML, la jeune avocate alors retourne au 69 avenue Victor Hugo et s’y installe pour de bon. Le mythe devient réalité.

« Les premières années chez Darrois ont été vertigineuses » 

Dès lors, tout s’enchaîne. Surtout les dossiers. De M&A d'abord, avant de plonger dans le contentieux. Son premier gros litige ? Celui qui opposait Veolia à EDF sur leur entreprise commune Dalkia. « Les premières années chez Darrois ont été vertigineuses », note celle qui est désormais associée depuis cinq ans. Julie Pasternak le rappelle volontiers : les débuts sont durs, on ne sait rien faire. Alors, elle apprend. Elle apprend, auprès d’Emmanuel Brochier, à trouver le mot juste. Auprès de Laurent Aynès, à travailler avec les ouvrages juridiques et les thèses. Auprès de Jean-Michel Darrois, à gérer le contentieux sous toutes ses formes.

En quinze ans, l’avocate est intervenue sur une large variété d’affaires. Le M&A ne monopolise plus tout son temps. Pensez donc ! Elle a même pris part au dossier du célèbre cartel des camions. Après tout, qui dit Darrois, dit procès majeurs. À côté de cela, bien sûr, elle a ses clients personnels. « C’est indispensable pour un avocat d’avoir ses propres dossiers », estime-t-elle. Et de penser notamment à cette entrepreneuse qu’elle accompagne depuis toujours, aujourd'hui devenue une femme d’affaires impressionnante.

Ses plus belles victoires ? La Parisienne d’adoption considère que ce sont celles de l’ombre, obtenues avant même que le litige n’ait été rendu public. Parce que « les succès judiciaires sont longs à obtenir et [que] seule la dernière décision compte. La résolution transactionnelle des litiges est souvent une piste à explorer ». Mais c’est lors des procès que l’on touche à ce que l’avocate estime comme le point d’orgue du métier : la plaidoirie. Et pas question de réciter quoi que ce soit, au risque de s’attirer les foudres d’Emmanuel Brochier. Ni même de regarder ses notes. « Il faut être prêt à tout », on ne sait jamais ce qu’il peut advenir en audience.

Un moment à soi

« Le métier d’avocat est une course de fond. » Pendant longtemps, il l’a accaparée, y compris la nuit. Heureusement, Julie Pasternak adore son métier et peut se reposer sur un socle familial et amical indestructible. Aujourd’hui, elle prend le temps, lorsqu’elle y arrive, de se consacrer à ses autres passions. La danse déjà. Contemporaine. Elle en a fait pendant des années au conservatoire au point qu'elle a même failli se professionnaliser. Sa passion de jeunesse ne restera finalement qu'un bon sas de décompression, un espace de liberté. L’alpinisme, aussi. Elle s’y est mise pour accompagner son conjoint et a y succombé très vite. Les Alpes, plusieurs fois, et le volcan Cotopaxi en Équateur, qui culmine à près de 6 000 mètres, sont des territoires immenses où l’on peut être seul avec soi-même.

Ces deux loisirs, qui ne sont pas vraiment de tout repos, lui laissent-ils le temps de se relaxer ? Bien sûr ! Elle lit ! Des « lectures sérieuses », Le Deuxième Sexe est de nouveau sur sa table de chevet. Et des « lectures d’évasion », surtout des polars, mais aussi récemment le conte La plus précieuse des marchandises. Et sur son écran ? Dernièrement, le documentaire Adieu l’opéra sur la retraite de deux étoiles à 42 ans. Exigence ou encore dépassement de soi… Julie Pasternak voit des parallèles entre son métier et le leur. Cependant, pas question pour elle de prendre sa retraite, elle n’a pas encore « débloqué tous les niveaux », dit-elle riant. 

Chloé Lassel