Associée chez Jeantet, spécialisée en financement de la transition énergétique, Alexae Fournier-de Faÿ a refusé de choisir entre excellence professionnelle, vie de famille et convictions. Et a montré qu’il était possible de concilier les trois.

À 6 ans, dans le salon de ses grands-parents, Alexae Fournier-de Faÿ a une révélation devant le journal télévisé. Sur l’écran, une avocate prend la parole. « Elle était d’une élégance folle, je me suis dit que c’était fantastique d’avoir cette robe noire comme armure. » La petite fille vient de trouver sa voie. Et ne déviera pas de cette trajectoire. On la retrouve trente-sept ans plus tard associée chez Jeantet, où elle intervient en financement structuré et surtout sur des projets de transition énergétique.

« Je ne me souviens pas avoir eu envie de faire un autre métier », confie-t-elle. L’école n’a jamais été une souffrance pour cette excellente élève, élevée avec son frère cadet, par un père sapeur-pompier de Paris et une mère cadre de santé. Alexae Fournier-de Faÿ grandit dans les casernes, au gré de fréquents déménagements en Île-de-France. « Mes parents et grands-parents nous ont donné des racines et des ailes. Mon frère et moi étions proches d’eux tout en pouvant faire des choses très différentes, sans être entravés, mais au contraire plutôt encouragés. » L’éducation familiale repose sur un principe simple, mais exigeant : « Il n’y avait qu’une seule règle chez nous : fais ce que tu veux, mais fais-le bien. »

« Les avocats parlent souvent de leur rencontre pendant leurs études avec le droit pénal ou les droits de l’homme. Moi, c’était viscéralement le droit des contrats »  

Avec le recul, l’avocate de 43 ans dresse des parallèles entre son éducation et son parcours professionnel. « Je viens d’une famille plutôt de gauche, donc la question environnementale faisait partie des débats. Avec un père militaire, le sujet de la souveraineté est souvent présent. J’ai été élevée dans l’idée que la construction européenne était fantastique, mais qu’il fallait préserver à tout prix notre souveraineté, notamment par le biais de l’énergie. » En 2025, au sein d’une équipe de huit avocats de Jeantet, Alexae Fournier-de Faÿ a ainsi conseillé Bpifrance pour la mise en place du financement d’un projet de centrale éolienne dans la Marne. C’est durant ses études de droit à Assas que naît son attrait pour le droit des contrats, une matière qu’elle complétera par un master à Sciences Po : « Les avocats parlent souvent de leur rencontre pendant leurs études avec le droit pénal ou les droits de l’homme. Moi, c’était viscéralement le droit des contrats. » Une passion qui la mène chez Jones Day puis Shearman & Sterling, d’abord à Paris, puis à Londres en 2011. « Quand on décide de partir ensemble au Royaume-Uni avec mon mari, c’était dans le Londres pré-Brexit, celui du mariage de Kate et Will, des Jeux olympiques ». En clair, « une époque assez euphorique », marquée par la naissance de son fils. « Le passeport de mon fils indique qu’il est né à Westminster, on en est très fiers ! » 

Son retour en France amorce un tournant. Jeune mère, elle refuse le rythme effréné des cabinets anglo-saxons. « Quand je suis rentrée, le côté “bosser trois mille heures par an”, ce n’était plus pour moi : je voulais vraiment être une maman. » Aujourd’hui maman de deux garçons de 12 et 9 ans, elle a trouvé son équilibre malgré des journées bien remplies : elle gère les matins, son mari les soirées. « Je ne réfléchis bien que le soir et la nuit. Pour adopter un angle plutôt qu’un autre, il faut se poser. »

Chanter à tue-tête avec 5 000 personnes

Ce quelle préfère dans son métier, ce sont les déplacements sur le terrain. Parisienne de naissance, Alexae Fournier-de Faÿ découvre non sans émerveillement les territoires français en visitant les projets qu’elle finance : fermes photovoltaïques, virées en bateau aux pieds d’éoliennes offshore… Des projets qui d’ailleurs ne font pas forcément l’unanimité, syndrome « pas dans mon jardin » oblige. « Tout l’enjeu, c’est trouver non pas des compromis, mais des accords : le gagnant-gagnant existe toujours dans ma matière », explique-t-elle. 

Grande lectrice, elle se replonge dans Le Comte de Monte-Cristo dans les moments difficiles et a récemment eu un coup de cœur pour Je voulais vivre, d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, une variante de l’univers d’Alexandre Dumas qui raconte Milady de l’intérieur. Son péché mignon ? Patrick Bruel, dont elle ne rate aucun concert, quitte à se casser la voix : « Ce qui me fait vibrer, c’est chanter à tue-tête avec 5 000 personnes. » Côté table, elle affectionne la cuisine sud-américaine – ceviche arrosé de pisco sour, une découverte de Buenos Aires – autant que les plats de sa grand-mère. Chaque été, la famille fait une pause à Gordes, dans le Lubéron, pour profiter du soleil autour d’une bouteille de rosé.

Sans opter pour une déconnexion totale, évidemment incompatible avec son métier, Alexae Fournier-de Faÿ suit désormais l’actualité avec parcimonie. « Avant la dissolution de 2024, je consultais la presse une dizaine de fois par jour. Depuis, j’ai largement diminué, c’est démoralisant ! » Elle apprécie le quotidien L’Opinion et l’hebdomadaire Franc-Tireur, dont elle fait sienne la devise : « La raison est un combat. » À ses yeux, la question des énergies renouvelables devrait être tout sauf un sujet clivant. « Je ne comprends pas qu’un enjeu national comme les énergies renouvelables soit aussi politisé en France, on devrait être la tête de pont en Europe, et ce n’est hélas pas le cas. »

Une histoire qui dure

Son job reste exigeant, par moments solitaire. « J’aurais aimé savoir à quel point on est parfois seule dans ce métier », confesse-t-elle. Sa chance : avoir trouvé des associés avec qui partager cette aventure. Avec Philippe Raybaud et Hélène Gelas, c’est une histoire qui dure depuis 2017. En 2022, les trois avocats rejoignent Jeantet. « La transition énergétique, et l’énergie au sens large, c’est vraiment notre marque de fabrique au sein du cabinet. »

Alexae Fournier-de Faÿ enseigne désormais à Sciences Po, où elle a étudié, et donne des conférences en droit des obligations. Son conseil aux futures robes noires ? « Ne vous limitez pas au droit, et intéressez-vous à la matière de vos clients, à leur vie. Si vous ne comprenez pas leur motivation, vous ne pourrez pas bien les défendre. »

Alexandre Hervaud