L’avocate Juliette Bour, tout juste associée chez Veil Jourde, navigue avec adresse dans les eaux troubles du restructuring. Portrait.

« Très bon choix, c’est vraiment l’une des meilleures de sa génération. » Banquiers, administrateurs judiciaires, mandataires, auditeurs et confrères scandent le même éloge, avec la régularité d’un métronome. Juliette Bour appartient à cette catégorie rare de profils que l’on recommande sans réserve, et sans arrière-pensées. Une évidence tranquille. Il y a chez elle une forme de sérénité qui contraste avec la tension des dossiers qu’elle traite. Un sourire d’abord. Puis une parole mesurée, structurée, qui ne s’embarrasse pas d’effets inutiles. Au fil de notre échange, elle n’exhibe jamais la technicité de son travail, quand bien même elle existe. Ceux qui la voient plaider ou parlementer évoquent une méthode précise, une agilité dans les négociations, une capacité à entrer dans la mécanique financière d’une affaire sans jamais perdre de vue l’humain. Pour l’avocate, le restructuring n’est pas un exercice de style. C’est un engagement. Veil Jourde ne s’y est pas trompé en la faisant venir en qualité d’associée. Une décision prise à l’unanimité – détail qui dit beaucoup de la confiance qu’on lui accorde. Son arrivée au sein de la structure, avec sa collaboratrice Julie Lavaure, s’inscrit dans une logique presque organique : ouverture internationale, maîtrise des créanciers financiers, compréhension fine des opérations de LBO et de financement, en écho aux compétences historiques du cabinet en M&A et en financement. Les premiers dossiers confirment que la greffe a pris, naturellement. 

« Si je n’avais pas été avocate, je serais sans doute partie vivre à l’étranger » 

Double cursus Assas/Edhec, hésitation sincère entre finance et juridique : Juliette Bour choisit finalement une matière qui conjugue les deux. Le restructuring lui offre cette hybridation exigeante, où les chiffres ne sont jamais abstraits et où le droit ne reste jamais théorique. Comprendre un business plan, interroger une hypothèse de cash-flow, mesurer les conséquences économiques, financières et sociales d’une décision judiciaire : la discipline impose d’avoir une vision panoramique.

Celle dont la mère est neurologue et le père médecin grandit loin des codes du barreau. Ce qu’elle aime par-dessus tout ? Observer avant de juger, écouter avant d’affirmer, comme un étranger en terre inconnue qui s’imprègne de la culture locale. « Si je n’avais pas été avocate, je serais sans doute partie vivre à l’étranger. » Les voyages d'ailleurs, elle les voit comme une respiration nécessaire, un décentrement. Partir, c’est apprendre à… Ce qui la passionne tout autant ? La mer et la voile qui occupent une place singulière dans sa vie, comme un trait d’union entre le temps qui s’arrête et l’urgence de certains dossiers. Ce ne sont pas de simples loisirs, mais un héritage affectif. « La mer, un “espace de rigueur et de liberté” selon Victor Hugo. Qui impose naturellement l’humilité », souffle Juliette Bour avant d’ajouter : « Partir demande de savoir préparer. » Anticiper les vents, vérifier son matériel, connaître son équipage. Et de souligner l’analogie : au bureau comme en mer, l’improvisation a ses limites. On ne prend pas le large sans plan de bord : il importe de tenir le cap dans les moments difficiles et d’adapter sa voilure pour arriver à bon port. Des principes qu’elle applique également lorsqu’elle explore les fonds marins. Plongeuse certifiée SSI Rescue Diver, elle allie dans ce sport précision et liberté, sang-froid et méthode. Descendre en profondeur, garder la maîtrise, remonter sans précipitation... Encore une analogie. Côté culture, Juliette Bour dit apprécier les séries historiques et d’espionnage. Et avoue avoir moins d’attrait pour les superproductions tapageuses. Sa playlist, elle, se veut éclectique, oscillant entre pop, électro et variété française. Et lorsqu’il s’agit de recommander un spectacle, elle cite volontiers le Live Magazine, « spectacle vivant exceptionnel » où les récits ont la part belle, au même titre que la bande-son. 

L’école des maîtres

Ses premiers stages la conduisent chez Gide Loyrette Nouel en arbitrage, puis chez Linklaters en fusions-acquisitions. Elle envisage un temps le contentieux. Mais c’est finalement chez De Pardieu Brocas Maffei qu’elle trouve sa voie : conseil stratégique, négociation serrée, contentieux technique, analyse financière pointue. Elle y rencontre ceux qu’elle cite sans hésitation comme des mentors. Jacques Henrot d’abord, figure unique, marquante, profondément humaniste, à la fois bienveillant, généreux, exigeant et remarquablement intelligent. L’avocat la forme. Sa méthode ? Confiance et responsabilité. Apprendre en faisant. Défendre une position, chiffres à l’appui. Ne pas craindre la contradiction. Elle évoque aussi Joanna Gumpelson, « tellement brillante », Philippe Dubois, « fin tacticien et engagé auprès de ses équipes ». Ces années constituent une matrice professionnelle. Elle a appris le droit, bien sûr, mais également la posture : celle d’un avocat qui doit savoir décider et s’adapter, parfois vite, souvent sous pression. Viennent ensuite les années auprès de Marc Santoni, « une figure marquante de la matière tout comme Jacques Henrot ». L’homme a adopté une approche profondément financière des dossiers : comprendre les chiffres, les interroger, entrer dans le business plan, anticiper les réactions des créanciers. Un nouveau cycle s’ouvre aux côtés de Jérôme Bersay : elle apprend à conjuguer ses acquis techniques et le développement d’activité. Être irréprochable sur le fond, tout en assumant la dimension entrepreneuriale du métier.  

Pratique incarnée

Ceux qui travaillent avec elle décrivent une avocate présente. Présente en réunion, attentive aux silences autant qu’aux discours, à l’affût des points saillants dans les négociations difficiles. Présente quand les dirigeants doutent, s’interrogent sur la viabilité de leur entreprise ou sur la portée sociale d’une décision. Le restructuring n’est jamais une matière neutre. Derrière les chiffres, il y a des équipes, des trajectoires, parfois des vies professionnelles bousculées. Juliette Bour se définit comme « engagée et résiliente ». Engagée, parce que le rôle de l’avocat ne s’arrête pas à l’émission d’un avis juridique. Il s’agit d’accompagner des dirigeants et des créanciers quand la fragilité affleure, quand chaque mot compte. Résiliente, car les contraintes de ce métier imposent de savoir concentrer son énergie sur des dossiers souvent très prenants, de trouver du temps pour se ressourcer. En l’occurrence, être en famille, avec ses enfants qui grandissent et un mari également avocat qu’elle décrit comme un allié depuis toujours et un confident, dans les moments d’accomplissement, dans ceux de doute et de remise en question. Résiliente certes, mais qui reste entière face aux faux-semblants ou aux jeux d’apparence. Elle reconnaît avoir un caractère authentique, assume le fait de parler en toute franchise, éprouve une certaine difficulté à composer avec les postures artificielles. 

Dans un univers où la complexité financière peut masquer l’essentiel, cette droiture dont elle fait preuve constitue moins un défaut qu’une ligne de conduite. Elle ne cherche pas la lumière. Elle cherche la solution. Et si la solution exige de la fermeté, elle ne s’y dérobe pas. Juliette Bour avance sans bruit excessif, mais avec constance et force. Capable de naviguer entre droit et finance, stratégie et empathie, rigueur et responsabilité, elle prépare, analyse, décide avec une précision héritée, sans doute, de la mer. Et tient, quoi qu’il arrive. Le calibre des pointures. 

Alexis Valero