Le 6 mai 2026, l’avocat Pierre-François Veil nous a quittés à 72 ans. Cadet des enfants de Simone Veil, il avait cofondé Dubarry Le Douarin Veil avant de rejoindre son frère Jean au sein de Veil Jourde.

Nouvelle perte pour le barreau parisien. Né le 16 mars 1954, Pierre-François Veil, fils cadet de Simone Veil, illustre figure française panthéonisée et survivante des camps de la mort, et d’Antoine Veil, haut fonctionnaire et homme politique français, s’est éteint à 72 ans le 6 mai 2026. Bercé par un idéal de justice, l’avocat a tout sa carrière incarné une forme de « magistrature morale » héritée de ses parents.

Une vie au cœur des prétoires

Diplômé de Sciences Po Paris et titulaire d’une maîtrise de droit des affaires de l’université Paris 2 Panthéon Assas, l’ancien Secrétaire de la Conférence revêt sa robe noire en 1979. Cinq ans plus tard, il cofonde le cabinet Dubarry Le Douarin Veil qu’il cogère pendant vingt-deux ans, avant d’intégrer, en 2007, Veil Jourde aux côtés de son frère et confrère Jean Veil. Associé au sein des départements entreprises en difficulté et contentieux, Pierre-François Veil intervient notamment en contentieux civil, commercial et pénal ainsi qu’en restructuration et entreprises en difficulté.

Didier Bruere-Dawson, son ancien associé chez Dubarry Le Douarin Veil, aujourd’hui associé chez BCLP, parle de lui comme d’un « génie de la plaidoirie » aux « yeux rieurs ». Ce fils de résistants était aussi connu pour ses « éclats de colère contre la méchanceté et [la] bêtise » et son approche de la langue française, « chérie comme la culture et la droiture ». Le pénaliste s’est illustré lors de plusieurs affaires retentissantes, parmi lesquelles l’affaire Karachi, dans laquelle il a assuré la défense de l’ancien ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, ou encore l’affaire dite de l’Angolagate durant laquelle il représentait l’homme d’affaires Pierre Falcone.

« Sans lui, je n’aurais pas été avocat »  

Nombre de ses confrères reconnaissent son influence sur leur volonté d’emprunter le chemin des prétoires. Vincent Siguier, associé chez Herald écrit que Pierre-François Veil « aura marqué le tout début de [sa] carrière » et « [l]’aura confirmé dans [son] choix d’épouser cette profession ». Même chose pour Eric Gaftarnik qui affirme sur LinkedIn : « Sans lui, je n’aurais pas été avocat. » L’associé fondateur de GWL Avocats se dit convaincu qu’en l’absence de Pierre-François Veil, sa vie « n'aurait pas été la même. »

Gardien de la Mémoire

Doté d’une conscience fine des enjeux de son époque, Pierre-François Veil a fait entendre sa voix tout au long de sa vie. Il avait, d’après Laurence Patrice, adjointe à la mairie de Paris chargée du Monde combattant, des histoires et mémoires de Paris, « une parole forte sans jamais élever la voix, toujours soucieux d’assumer sa mission de transmission auprès des jeunes générations ». L’avocat transmet en s’investissant dans la vie associative. Membre de l’Association Henri Capitant, Pierre-François Veil fut surtout président, élu à l’unanimité, de La Fondation pour la Mémoire de la Shoah, à la suite de David de Rothschild et de sa mère Simone Veil, première présidente de la Fondation.

Au plus haut niveau de l’exécutif, le palais de l’Élysée salue également la mémoire d’un homme qui « aura servi le droit, la justice et la mémoire avec une fidélité exemplaire ». La présidence de la République rend hommage à l’« héritier et passeur d’une mémoire qu’il n’a cessé de faire vivre avec dignité et exigence ».

Yasmina Hedjam