La création d’un statut de victime dans les procédures disciplinaires figurait à l’ordre du jour du Conseil du barreau de Paris le 7 octobre 2025. Le bâtonnier Pierre Hoffman porte la réforme d’un système de jugement entre pairs où le plaignant n’a pas de place, régulièrement décrié par les avocats.
Barreau de Paris : vers un statut de plaignant dans les procédures disciplinaires
Les avocats-victimes de leurs confrères pourraient obtenir une place dans la procédure disciplinaire chargée de juger les agissements problématiques. C’est en tout cas une petite révolution portée à l’ordre du jour du Conseil du barreau de Paris du mardi 7 octobre, et validée par l’instance qui vise à faire de l’auteur d’une plainte déontologique une partie à la procédure disciplinaire. Pour devenir effectif, le statut de plaignant doit passer par la case gouvernement, une case difficile à atteindre par les temps qui courent. Ce statut vise à intégrer les avocats qui ont saisi les instances de leur profession à toutes les étapes de la procédure qui permet à toute personne s’estimant victime d’une robe noire de saisir le bâtonnier.
Un collectif de 135 avocats avait réclamé une réforme de la procédure ordinale dans une tribune du journal Le Monde en réaction à l’affaire Vey. Le 22 mai 2025, le Conseil de l’Ordre des avocats au barreau de Paris avait déclaré avoir pris connaissance de la lettre ouverte publiée hier par les avocats Virginie Le Roy et Romain Ruiz motivée notamment par la manière dont s’était déroulée l’audience disciplinaire de Maître Antoine Vey, accusé d’harcèlement par certains de ses confrères et consœurs. La juridiction disciplinaire avait mis à la porte des plaignantes, dont le rôle dans la procédure « arriérée » se limitait au statut de témoin. « S’il n’est pas nécessaire que la victime ait une place centrale dans le processus disciplinaire, il est toutefois primordial qu’elle en ait une, ainsi que des droits plus protecteurs, ce que seul un statut juridique clair permettra », pouvait-on lire dans la tribune. Le bâtonnier Pierre Hoffman explique au journal Libération qu’il y aura désormais « l’obligation de convoquer l’auteur de la réclamation afin de pouvoir l’entendre ». Il entend faire passer cette mesure d’ici la fin de l’année.
Autres conséquences de ce changement de statut : l’accès au dossier lors de l’enquête déontologique puis disciplinaire au bénéfice des plaignants et non plus seulement du mis en cause. Cela permettrait à celui qui s’estime victime de s’informer sur la stratégie de défense de l’avocat, des pièces qu’il produit. Il y a également la participation des plaignants aux débats, qui sont actuellement soumis au bon vouloir de l’accusé qui peut réclamer le huis clos « inédit et discrétionnaire », selon les signataires de la tribune du Monde. Les victimes devraient également pouvoir bénéficier de l’assistance d’un avocat.
ALB