Accompagnée par le cabinet Bruzzo Dubucq, la Compagnie des amandes a déposé une plainte devant l’Autorité de la concurrence. Le leader de la production d’amandes françaises dénonce un abus de position dominante collective de la part des producteurs californiens qui feraient, selon elle, usage de pratiques agricoles à « fort impact environnemental », lui permettant de proposer des prix défiant toute concurrence sur le marché européen.
La Compagnie des amandes saisit l’Autorité de la concurrence pour abus de position dominante face aux producteurs américains
Alors que la saison des galettes à la frangipane bat son plein, le secteur de la production d’amandes connaît quelques secousses.
En ce moins de janvier 2026, la Compagnie des amandes, premier producteur d’amandes françaises, se rebiffe contre ses concurrents américains qui fournissent 76 % du marché mondial. Pour l’entreprise aixoise fondée par l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg et l’entrepreneur François Moulias, cette domination repose sur des pratiques agricoles néfastes pour l’environnement, qui constituent ainsi des pratiques déloyales face aux Européens contraints par des normes environnementales plus strictes.
« Dumping environnemental »
Dans une plainte déposée devant l’Autorité de la concurrence, la Compagnie des amandes reproche notamment à ses homologues américains de piller les ressources en eau en utilisant des quantités trois à quatre fois plus importantes que ce qui est nécessaire. Les producteurs californiens se voient également dénoncés pour leur usage jugé excessif de pesticides et la destruction de la biodiversité, notamment des abeilles, causée en partie par la monoculture intensive.
L’Almond Board of California (ABC), qui défend les intérêts de la filière californienne, dément ces affirmations et soutient que les ressources en eau ne sont pas surexploitées, de même que l’utilisation des pesticides, qui suit une réglementation stricte, a affirmé l’organisme au Monde.
Invité au micro d’Ici Provence, François Moulias regrette que la majorité des amandes consommées en France viennent de producteurs californiens, alors même que les Français sont les premiers consommateurs d’amandes brutes ou transformées en Europe. « C'est parce qu'ils produisent des amandes beaucoup moins chères, en utilisant des pratiques déloyales, qu'ils sont parvenus à inonder le marché », estime-t-il.
Une fois encore, cette vision est démentie par le lobby des amandes californiennes qui affirme avoir obtenu son statut de leader sur le marché grâce « à un climat propice à cette culture, à ses sols, ainsi qu’à un investissement depuis plusieurs décennies dans la recherche et le développement ».
Dans cette affaire, l’Autorité de la concurrence est invitée à se prononcer sur le coût environnemental comme un des critères de l’abus de position dominante. Les avocats de la Compagnie des amandes défendent que les producteurs d’amandes californiens ne sont pas en position dominante sur le marché grâce à leur mérite, mais plutôt grâce au fait qu’ils externalisent les coûts environnementaux de leur activité sur la collectivité. Des pratiques non seulement néfastes pour l’environnement, mais aussi pour la concurrence, juge le cabinet Bruzzo Dubucq, qui propose d’introduire un « test du concurrent aussi efficace environnementalement ».
« Cela nous va très bien, car on essaye d'avoir une agriculture performante économiquement, pour rémunérer l'agriculteur, mais aussi vertueuse pour l'environnement »
Car s’il dénonce les pratiques environnementales abusives des Américains, le directeur général de la Compagnie des amandes n’est pas contre la réglementation européenne, bien au contraire : « En Provence, l'eau est un bien commun, alors qu'aux États-Unis, ils sont propriétaires de leur sous-sol et donc ils peuvent puiser dans les nappes phréatiques tant qu'ils veulent, affirme François Moulias. Ensuite, nous, les produits qu'on peut utiliser sont homologués et sont contrôlés. Évidemment, aux États-Unis, ce n'est pas le cas. »
« Cela nous va très bien, car on essaye d'avoir une agriculture performante économiquement, pour rémunérer l'agriculteur, mais aussi vertueuse pour l'environnement », explique le cofondateur de la firme française.
Alors que le développement durable est au cœur de l’actualité et que l’Autorité de la concurrence a elle-même réitéré son engagement en cette faveur, ces éléments seront-ils considérés par l’ADLC ? La Compagnie des amandes a en tout cas ouvert le débat.
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Devant le régulateur, l’entreprise réclame la sanction maximale à l’encontre de ses concurrents outre-Atlantique, soit une amende qui équivaut à 10 % de leur chiffre d’affaires mondial, ainsi que des injonctions comportementales avec une réduction de la consommation hydrique (plafonnée à 4 000 mètres cubes par hectare contre 12 000 à 16 000 aujourd’hui) et l’interdiction d’utiliser des pesticides prohibés sur le Vieux Continent lorsque la production d’oléagineux est destinée au marché européen.
L’entreprise française demande aussi à l’Autorité d’imposer des mesures structurelles afin de rétablir la concurrence loyale sur ce marché. « Si vous voulez consommer local, si vous voulez des amandes de Provence, il faut qu'on puisse arriver à avoir une concurrence équitable contre les Américains qui arrivent avec des produits dopés, qui ont beaucoup moins de goût et qui sont deux fois moins chers. Donc c'est un peu plus compliqué », résume François Moulias. Pour l’heure, l’Autorité n’en est qu’au stade de l’enquête préliminaire. Affaire à suivre.
Ilona Petit