Mardi 17 février, l’ADLC s’est rendue au siège de G7 afin de procéder à des « opérations de visites et saisies inopinées ». Le gendarme français de la concurrence soupçonne le groupe français de « pratiques déloyales », notamment en raison d’une plainte déposée par Uber.
L’Autorité de la concurrence perquisitionne G7 pour des soupçons de « pratiques déloyales »
Dans un communiqué du 18 février 2026, l’Autorité de la concurrence révèle avoir procédé « à une opération de visite et saisie inopinée auprès d’une entreprise suspectée d'avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur du transport public particulier de personnes ».
Des perquisitions au siège de G7 à Paris
Bien que l’Autorité n’ait pas communiqué sur l’identité de l’entreprise visitée, plusieurs médias – dont Les Échos, Libération, Le Parisien et Le Figaro – ont affirmé qu’il s’agissait de G7, « d’après des sources proches du dossier ». D’après eux, c’est Uber qui aurait déposé une plainte contre G7 pour « pratiques déloyales ».
Le groupe californien reproche à la firme française d’empêcher ses chauffeurs d’utiliser son service UberTaxis qui permet aux chauffeurs de taxi indépendants de s’inscrire sur la plateforme et d’effectuer des courses au prix d’une course classique en taxi (et non au tarif Uber). D’après la cellule d’investigation de Radio France, G7 aurait « mis en place un système organisé et méthodique visant à contrôler et dissuader les chauffeurs indépendants d’utiliser son application Uber Taxi ». Une pratique qui va à l’encontre de l’article L 420-2-2 du Code de commerce, estime la firme californienne.
Alerté par les chauffeurs début 2024, Uber commence à mettre son nez dans les réservations de sa plateforme UberTaxis et s’aperçoit qu’en à peine trois mois, l’un des comptes clients sous pseudonyme a réalisé plus de 3 000 réservations, dont 99 % ont été annulées avant la prise en charge du client, rapporte Radio France. Et fait étonnant : ces réservations inachevées proviennent toute d’un seul et même lieu : 22 rue Henri Barbusse à Clichy qui n’est autre que l’adresse du siège de G7 à Paris. Certains chauffeurs G7 ont confié avoir remarqué des enquêtes clandestines menées par le groupe, notamment afin de suivre leurs déplacements. D’autres témoignent avoir reçu des « sanctions arbitraires et intimidantes, comme le retrait complet de leur radio ou des convocations sévères. »
Les perquisitions menées par l’ADLC visent à tirer au clair cette affaire et « ne préjuge en rien de la culpabilité de l’entreprise concernée » précise l’Autorité. G7 n’a quant à lui pas donné suite aux différentes sollicitations médiatiques.
Une rivalité ancienne entre Uber et les taxis
Ce n’est pas la première fois que les taxis et Uber déterrent la hache de guerre. Depuis l’arrivée d’Uber en France en 2011, les affaires entre les deux services se multiplient. En 2023, Uber a été condamné par la cour d’appel de Paris à indemniser 149 chauffeurs de taxi pour son service UberPop – interdit en 2014 – qui permettait à des particuliers de s’inscrire sur plateforme en tant que chauffeur de taxi.
Déjà visé par plusieurs procédures judiciaires, notamment pour concurrences déloyales à l’égard des taxis, Uber est désormais dans le viseur de l’Urssaf qui lui réclame 1,7 milliard d’euros au titre notamment des cotisations salariales impayées, a révélé Revue21. Alors que la multinationale américaine revendiquait l’indépendance de ses chauffeurs à l’égard de la plateforme, plusieurs chauffeurs ont obtenu la requalification de leur contrat en contrat de travail. Ces jurisprudences ont conduit l’inspection du travail et l’office central de lutte contre le travail illégal à se pencher sérieusement sur le cas Uber. Depuis le début de l’année, l’entreprise est sous le coup d’une procédure d’ampleur visant à « requalifier en salariés 71 194 chauffeurs ayant exercé sur la période de 2019 à 2022 via le statut d’autoentrepreneur ». Et cela pourrait coûter très cher à Uber et remettre en cause son modèle économique dans l’Hexagone.
Ilona Petit