Reporting de durabilité : les entreprises européennes ne lâchent pas l’affaire malgré l’Omnibus
Spécialisée dans les logiciels de conformité et de transparence extrafinancière, la plateforme allemande osapiens accompagne la transformation durable de plus de 2 400 entreprises dans le monde. Début mars, elle a publié une étude intitulée « Beyond Compliance : Sustainability Reporting After the Omnibus ».
Lire aussi CSRD et CS3D : l’Omnibus définitivement adopté au Parlement européen
Conduite en partenariat avec Andreas Rasche, professeur à la Copenhagen Business School, elle a été menée auprès de 403 décideurs seniors issus d’entreprises de plus de 1 000 salariés au Royaume-Uni, en France, dans la région DACH et au Benelux. Ses conclusions viennent bousculer un récit pourtant bien installé : celui d’entreprises prêtes à saisir le premier prétexte réglementaire pour alléger leurs obligations en matière de durabilité.
90 % des entreprises exemptées continuent
Le paquet de simplification Omnibus I adopté par la Commission européenne a soustrait un nombre significatif d’entreprises aux obligations de reporting prévues par la CSRD. Près du quart des répondants de l’étude (24 %) se trouvent dans ce cas de figure. De façon assez surprenante, la quasi-totalité d’entre eux (90 %) déclarent vouloir maintenir ou même étendre leurs activités de reporting en matière de durabilité. Plus frappant encore : 86 % de ces entreprises restent convaincues qu’elles sont en mesure de produire des rapports conformes aux normes de la CSRD, quand bien même elles n’y sont plus contraintes.
Ce chiffre traduit une évolution dans la manière dont les organisations appréhendent le reporting extrafinancier. Longtemps perçu comme une contrainte imposée de l’extérieur, il est désormais intégré au cœur des processus décisionnels. Neuf répondants sur dix indiquent ainsi que le reporting de durabilité est déjà partiellement ou totalement intégré à leurs processus de reporting financier. Une proportion similaire envisage d’augmenter son investissement dans les outils et l’automatisation dévolus à ce sujet au cours des douze prochains mois.
Un levier stratégique
L’étude détaille les différentes façons dont les données de durabilité peuvent être mises à profit dans les prises de décision à fort impact. En tête : la planification opérationnelle et l’allocation des ressources (53 %), suivies de l’innovation et de la conception de processus (48 %), puis de la planification financière et des décisions d’investissement (38 %), à égalité avec l’évaluation des risques liés à la chaîne d’approvisionnement (38 %).
Du côté des bénéfices perçus, la meilleure visibilité sur les risques climatiques, opérationnels et liés à la chaîne d’approvisionnement arrive en tête (49 %), devant la confiance accrue des investisseurs grâce à des données vérifiables (44 %), la capacité à répondre aux exigences des clients et partenaires en matière d’audit (44 %), et une meilleure intégration entre décisions financières et de durabilité (43 %).
“Les entreprises ont compris que le reporting n’est plus seulement un exercice de conformité mais un élément central de leur gestion des risques, de l’allocation du capital et de leur croissance durable”, déclare Alberto Zamora, cofondateur et co-PDG d’osapiens, qui a tout intérêt à communiquer sur une telle tendance.
Le paradoxe de la durabilité
L’étude ne verse toutefois pas dans un optimisme à toute épreuve. Elle identifie une tension structurelle que ses auteurs qualifient de “paradoxe de la durabilité” : si 90 % des organisations exemptées affichent leur intention de poursuivre leurs efforts, 85 % d’entre elles reconnaissent simultanément que la réduction de la pression réglementaire se traduira, à terme, par une diminution des ressources internes allouées au reporting.
Les principaux obstacles identifiés sont les contraintes budgétaires (43 %), la fragmentation des systèmes de données (40,7 %), la mauvaise intégration des technologies (31 %) et le manque de clarté sur les responsabilités internes (29 %). À cela s’ajoute la complexité croissante du paysage du reporting volontaire, où les entreprises doivent naviguer entre plusieurs référentiels sans boussole réglementaire unique.
Alexandre Hervaud