Le gendarme français de la concurrence s'est penché sur le secteur événementiel et a donné son feu vert au rachat des activités de gestion et d’exploitation des salles de spectacle de la société Fimalac par le groupe GL events. Une autorisation qui ne s’est pas faite sans conditions : l’acquéreur s’est engagé à proposer des remèdes comportementaux afin que l’opération n’entrave pas la concurrence.

Quoi de neuf au service concentrations de l’ADLC ? En ce début de printemps, le gendarme français de la concurrence a analysé le rachat d’une partie des activités de Fimalac, l’un des leaders français de l’organisation de spectacles et de l’exploitation de salles, par GL events, un concurrent d’origine lyonnaise.

Un feu vert sous surveillance du gendarme de la concurrence

S-Pass TSE, filiale du groupe Fimalac, exploite 23 salles consacrées à l’accueil d’événements culturels, sportifs et économiques. L’entreprise propose également divers services liés à la location de ses salles (nettoyage, billetterie, traiteur, installation, etc.). Ce sont ces deux activités que GL events entend racheter afin d’étoffer son offre sur ces mêmes secteurs d’activité.

Problème ? La gestion et l’exploitation de ce type de sites répondent à un fonctionnement particulier qui inclut bien souvent les collectivités publiques propriétaires des lieux. L’ADLC craignait donc que l’opération ne déséquilibre ce marché, notamment dans le cadre d’appels d’offres des collectivités publiques pour l’exploitation des sites ainsi qu’à l’égard des organisateurs d’événements qui auraient souhaité bénéficier des services de gestion et d’exploitation des salles. Après consultation de plusieurs parties prenantes (collectivités locales, clients des deux firmes, concurrents et associations), l’Autorité a écarté le risque d’atteinte à la concurrence sur ces marchés.

Un marché sous influence des collectivités publiques

Seule ombre au tableau : le département de la Marne, dans lequel l’opération crée un monopole sur le marché de la gestion des salles de spectacle de grande capacité, susceptibles d’accueillir des événements d’ampleur. Grâce au rachat de S-Pass, GL events acquiert la gestion des cinq plus grands sites événementiels du département (Millesium d’Épernay, Capitole de Châlon-en-Champagne, Centre des Congrès et le Parc des Expositions de Reims et la Reims Arena).

« L’Autorité a considéré que l’opération comportait le risque, dans ce département, que la nouvelle entité se départisse des conditions normales de concurrence, estime l’ADLC. L’existence de délégations de service public (DSP) est de nature à limiter ce risque mais ne peut entièrement l’écarter. En particulier, en ce qui concerne la location des salles, les grilles tarifaires sont imposées par les collectivités mais des remises peuvent être octroyées ; quant aux prestations annexes à la location, leur prix n’est pas systématiquement encadré. La nouvelle entité aura la capacité et l’incitation à aligner ses conditions commerciales à l’ensemble des acteurs concernés (organisateurs d’événements, autorités délégantes, prestataires tiers). »

Des remèdes comportementaux pour préserver la concurrence

Pour remédier à ces problématiques, GL events s’est engagé à appliquer des conditions d’offres techniques et tarifaires équivalentes à tous les organisateurs d’événements. D’autre part, l’acquéreur s’est engagé à fournir une offre alternative pour que chaque organisateur qui le désire puisse accéder aux salles de grande capacité qu'il gère, au moins le temps du premier contrat de délégation de service public et du suivant s’il était reconduit. Compte tenu de sa double activité qui intervient aussi bien sur le marché de la gestion et l’exploitation de salles qu’en tant qu’organisateur d’événements, GL events s’est engagé à proposer un service de gestion des salles autonome et bien distinct de son propre service d’organisation d’événements, de même qu’il s’est engagé à ne pas communiquer d’informations sensibles, comme les conditions tarifaires, le calendrier des salles ou encore la stratégie commerciale.

Le suivi de ces engagements sera assuré par un mandataire indépendant.

Cette affaire reflète une des tendances observées de l’année 2025 en matière de contrôle des concentrations dans l’Union européenne : les autorités de concurrence privilégient la mise en place de mesures correctives en phase 1, plutôt que le passage en phase 2 ou le blocage de l’opération. Le plus souvent, les parties s’engagent à des mesures structurelles, comme la cession d’une partie de leurs actifs. Ici, le gendarme français de la concurrence a considéré que ce n’était pas pertinent compte tenu de la spécificité de l’activité et de l’arrivée à échéance des contrats de délégation de deux sites concernés par le rachat.

Ilona Petit

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Photo : Théâtre Antoine, Paris 10e