Une vingtaine de médias européens demandent à Google près de 640 millions d’euros en réparation de ses pratiques anticoncurrentielles. L’action collective est financée par Litfin, un fonds de financement de litiges judiciaires tchèque.
Plus de vingt éditeurs européens réclament 640 millions d’euros à Google
Google n’en a pas fini avec la justice. Condamné en 2025 à 2,95 milliards d’euros par la Commission européenne pour avoir abusé de sa position dominante dans le secteur de la publicité en ligne, la multinationale est désormais sous le coup d’une class action lancée par près de vingt médias français et européens, a annoncé le média Mind ce lundi 8 juin.
Les plaignants sont représentés par le fonds de financement de litiges judiciaires Litfin, chargé d’engager et de financer la procédure en leur nom devant le tribunal d’Amsterdam, lieu privilégié pour les actions collectives contre les grandes entreprises technologiques. La loi néerlandaise offre l’un des régimes d’action collective les plus favorables d’Europe et les juges locaux ont développé un savoir-faire de premier plan s’agissant des litiges de masse dans le secteur du numérique en droit de la concurrence.
S’ils obtiennent gain de cause, les demandeurs devront verser au financeur entre 20 % et 30 % du montant des dommages et intérêts obtenus. Dans le cadre d’une action collective, le recours à un tiers financeur permet aux acteurs lésés de taille modeste, dont les ressources seules ne leur permettent pas d’accéder aux tribunaux, de bénéficier de l’action en réparation.
Parmi les victimes françaises du californien figureraient notamment le groupe Le Point, Condé Nast, Marie Claire, Le Télégramme, Beaux-Arts Magazine et Studyrama, souligne Mind Media. Et en dehors de l’Hexagone, les groupes FD Mediagroep (Pays-Bas), Indamedia Network (Hongrie), MAFRA (République tchèque) et Erna Media (Suède) seraient également parties à la procédure.
Cette procédure de réparation, qui devrait formellement être portée devant le tribunal d’Amsterdam à la fin de l’année, n’est pas la première lancée à l’encontre de Google. Une quinzaine de procédures similaires sont actuellement en cours devant le tribunal des activités économiques de Paris. En mars dernier, Google a déjà été condamné à verser 23 millions d’euros de dommages et intérêts au groupe M6 après une première condamnation reçue en 2021 par l’Autorité de la concurrence qui l’avait épinglé pour des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur des technologies publicitaires en ligne.
« L’abus de position de Google à tous les niveaux de la chaîne publicitaire a été jugé illégal par les plus hautes instances, a déclaré dans un communiqué Matej Pardo, directeur des opérations de Litfin, qui coordonne la procédure avec Gabriela Merino, case manager. Il est maintenant temps que les éditeurs, qui ont fait les frais de ce comportement, obtiennent réparation. En menant une action collective, nous pouvons exploiter les économies d’échelle pour rendre ce type d’action accessible aux acteurs plus modestes à travers l’Europe, qui n’auraient peut-être pas les moyens d’engager des poursuites contre un adversaire aux reins aussi solides que Google. » Dans cette affaire, le fonds de financement de litiges est accompagné par le cabinet Geradin Partners, reconnu pour son savoir-faire indéniable en matière d’actions collectives.
Le cabinet a par ailleurs déjà engagé une procédure d’ampleur en 2024 qui réunit près de 32 médias (dont de très gros comme Axel Springer, Schibsted, Der Standard, Ringier, Prensa Ibérica, Roularta, DPG Media, Mediahuis, Hubert Burda Media, Impresa) qui se considèrent victimes des mêmes pratiques publicitaires déloyales. Le montant total des dommages réclamés s’élève à 2,3 milliards d'euros.
Outre-Atlantique aussi les éditeurs haussent le ton : cinq éditeurs américains – Penske, The Atlantic, McClatchy, Condé Nast et Vox Media – ont poursuivi Google pour des tactiques « trompeuses et manipulatrices » dans le domaine de la publicité en ligne, relate le média espagnol Merca2. Si le géant californien défend ses outils publicitaires comme étant « efficaces, abordables et faciles d'utilisation, le ministère de la Justice américain a obtenu gain de cause devant les tribunaux, arguant que Google avait monopolisé le marché de la publicité numérique sur le web ouvert et, de ce fait, porté préjudice à ses clients éditeurs », rapporte le média espagnol. Entre Google et les éditeurs publicitaires, la guerre est déclarée.
Ilona Petit


