Le 4 juin dernier, l’Autorité de régulation des transports a saisi l’Autorité de la concurrence pour qu’elle donne son avis sur l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire. L’ADLC souligne l’existence de barrières à l’entrée qui freinent l’émergence de nouveaux concurrents à la SNCF.  

Depuis quelques années, la SNCF n’est plus seule à transporter des voyageurs dans l’Hexagone. La compagnie espagnole Renfe et l’italienne Trenitalia ont rejoint le réseau de transport ferroviaire français et proposent désormais des trajets sur le territoire français. L’ouverture à la concurrence du marché ferroviaire français vise à réduire le prix des billets de train, augmenter la qualité de l’offre proposée et favoriser l’innovation. Mais depuis l’ouverture à la concurrence en 2020, la SNCF ne compte que deux concurrents sérieux. Alors pourquoi la concurrence peine-t-elle à s’imposer sur les rails ?

Dans son rapport publié le 25 juin 2026, l’Autorité de la concurrence salue les bénéficies de ce début d’ouverture à la concurrence. Elle relève le travail de l’Autorité de régulation des transports qui œuvre à rendre le marché du transport ferroviaire plus pénétrable, mais souligne l’existence de nombreuses barrières à l’entrée, dont l’ART elle-même reconnaît les méfaits. L’ADLC s’aligne avec son homologue des transports sur l’ensemble des mesures qu’il propose pour abaisser ces obstacles.

Les rails français restent difficiles d’accès pour les nouveaux entrants

Premièrement, l’ADLC souligne la nécessité de réduire certains péages afin de développer l’offre ferroviaire. Lorsqu’un opérateur circule sur les voies, il doit payer un péage à SNCF Réseau. Or, les péages français figurent parmi les plus élevés d’Europe. Ils représentent en moyenne 36 % du chiffre d’affaires d’un opérateur et peuvent atteindre près de deux tiers du chiffre d’affaires de la SNCF sur certaines lignes, analyse le rapport. Conséquence ? Pour proposer des billets de train à la vente, les nouveaux entrants doivent d’abord s’acquitter de ce péage, dont la somme peut vite les décourager et rendre l’offre qu’ils proposent peu rentable.

Autre point clé qui freine l’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché ferroviaire : l’infrastructure SNCF dispose d’un pouvoir de marché quasi total à la fois sur les gares (SNCF Gares & Connexions), sur les voies (SNCF Réseau) et sur les trains (SNCF Voyageurs). Si Renfe et Trenitalia sont les concurrents directs de SNCF Voyageurs, ils dépendent également de SNCF Réseau pour accéder aux voies et de SNCF Gares & Connexions pour utiliser les gares. Autrement dit, ils doivent traiter avec deux autres filiales du groupe SNCF pour pouvoir concurrencer leur principal rival sur le marché du transport ferroviaire. Cela crée donc des conflits d’intérêts, un manque d’impartialité, un risque de traitement préférentiel, des subventions croisées et des inégalités d’accès au réseau, explique le rapport. L’Autorité préconise, à l’instar de l’ART, que SNCF Réseau renforce son indépendance : « L’indépendance – effective, mais aussi perçue – de SNCF Réseau et de SNCF Gares & Connexions est une condition sine qua non pour créer la confiance indispensable dans le système ferroviaire, et inciter des entreprises ferroviaires à proposer de nouveaux services sur le marché français et à consentir aux investissements nécessaires à cette fin. » L’Autorité estime que l’indépendance de SNCF Réseau doit également être garantie dans ses missions opérationnelles, notamment la gestion quotidienne de la circulation et la planification des travaux. En effet, ces décisions, qui relèvent de SNCF Réseau, ont un impact direct sur les conditions d’exploitation des trains de tous les opérateurs ferroviaires. L’ART, suivie par l’ADLC, recommande donc de renforcer les garanties d’indépendance de SNCF Réseau dans ces domaines afin de ne pas pénaliser les concurrents.

Des trains aux billets : un parcours semé d’obstacles

S’ils veulent investir le marché ferroviaire français, les opérateurs étrangers doivent pouvoir se procurer des trains. Or, il y a aujourd’hui une pénurie de trains à grande vitesse, les procédures d’autorisation sont longues à obtenir et parfois excessives d’après le rapport de l’ADLC. Pour contrebalancer le poids de cette barrière à l’entrée, le gendarme de la concurrence soutient le développement d’un véritable marché de location de trains, la simplification des procédures d’homologation, la facilitation des accès ferroviaires et le partage des compétences techniques de SNCF Voyageurs. Même constat pour la maintenance des trains : une fois que les nouveaux entrants disposent de voitures, encore faut-il pouvoir les entretenir. À ce titre, l’Autorité de régulation des transports recommande d’élargir l’accès aux infrastructures d’entretien des machines dont la majorité appartient à SNCF Voyageurs. De même, l’ADLC et l’ART préconisent la construction de nouvelles installations de maintenance et un meilleur accès à l’agenda des capacités de ces dernières.

Quid de la vente de billets de train ? Les deux institutions s’alignent pour dire qu’il est nécessaire de disposer d’un système informatique commun à tous les opérateurs que les usagers pourraient utiliser et avoir accès simultanément des billets proposés par différentes compagnies pour un trajet similaire. 

Le difficile équilibre entre monopole historique et marché ouvert

Financés par les régions, les TER font l’objet d’appels d’offres, qui doivent être améliorés, explique le rapport de l’ADLC. Compte tenu de son pouvoir de marché, la SNCF reste en première ligne lors des appels d’offres. Sans compter que le nombre d’appels d’offres arrivés simultanément limite la possibilité pour les entreprises d’y répondre de façon concise, d’autant plus qu’elles disposent parfois d’informations incomplètes.

Bilan du rapport ? L’ouverture à la concurrence de la SNCF et l’arrivée de nouveaux opérateurs comme Trenitalia et Renfe constituent un premier pas encourageant. Toutefois, de nombreux obstacles persistent du fait du monopole historique de la SNCF sur les infrastructures ferroviaires. L’ADLC salue le travail de l’Autorité de régulation des transports, qui propose de nombreux axes d’amélioration afin de favoriser l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché. À ce titre, l’institution de la rue de l’Échelle encourage vivement les travaux de son homologue des transports et préconise un renforcement de ses moyens financiers. « Le rôle de l’ART semble essentiel pour éviter que l’« ouverture à la concurrence ne se transforme en un monopole de fait non régulé, succédant à un monopole de droit encadré », souligne l’Autorité de la concurrence.

Ilona Petit