Parentalité et avocats. "La maternité est difficile, mais l’accès à la maternité l’est également"
Un parcours du combattant. C’est ce qu’a vécu une avocate dans sa quête d’enfant en se heurtant aux exigences imposées par sa profession. Avocate collaboratrice à Paris depuis plusieurs années, Manon[le nom a été modifié, ndlr] "travaille beaucoup, mais adore [son] cabinet". Les horaires à rallonge ne deviennent un problème que lorsqu’elle décide avec son conjoint d’avoir un enfant.
Après plusieurs mois de tentatives infructueuses, ils commencent un parcours d’assistance médicale à la procréation (AMP). "Les rendez-vous médicaux s’enchaînaient (toujours la boule au ventre, car ces absences en pleine journée étaient dures à justifier) et les traitements me fatiguaient physiquement et moralement." Au bout de plusieurs mois, elle donne sa démission. "Je n’arrivais plus à être sur tous les fronts." Elle approche un autre cabinet qui lui promet un rythme plus équilibré. Pourtant, rapidement, Manon enchaîne les nocturnes, jusqu’à 2h, parfois 4h du matin, passe certains week-ends et jours fériés au bureau. Pendant quelques mois, elle subit ce rythme, éloigné de ce qu’on lui avait indiqué. "Pendant des mois, je serre les dents et je jongle entre les urgences sur les dossiers, les départs précipités le soir pour les injections, les rendez-vous médicaux prévus à la dernière minute et en pleine journée, les hospitalisations dont la date est connue la veille, etc."
Puis, fatiguée, elle tire la sonnette d’alarme. En concertation avec ses associés, des solutions sont trouvées. Un recrutement est organisé, de la flexibilité est accordée. "Je joue la transparence sur mes échéances pour permettre à l’équipe de s’organiser. En contrepartie, je bénéficie de compréhension. Jamais une remarque." Quelques mois plus tard, après un transfert d’embryon, Manon tombe ("enfin !") enceinte. Ça tombe mal, l’activité du cabinet bat son plein. Elle a beaucoup de travail. Les nocturnes s’enchaînent à nouveau. Elle est épuisée. Après plusieurs semaines intenses, sa grossesse s’arrêtera prématurément.
Témoignage anonyme recueilli par Anne-Laure Blouin
Illustration : Valentine Schimpff x Anne-Laure Blouin