Le 8 avril prochain, en pleine PAW, quatre groupes de rock formés par des juristes – notamment avocats au sein des cabinets Reed Smith, Jones Day et Alienor Avocats – joueront au Nouveau Casino, haut lieu des nuits parisiennes de la rue Oberkampf. Les bénéfices seront reversés à l’association Enfance et Partage.

Les avocats, rock’n’roll ? Et pourquoi pas? Ils sont quelques-uns à monter sur scène tous les ans pour Law Rocks aux États-Unis, en Angleterre et, depuis 2023, en France. En avril prochain, c’est dans le quartier branché du 11e arrondissement de Paris que quatre groupes fouleront les planches du Nouveau Casino. Des avocats, mais pas seulement. “On n’est pas sectaires”, clarifie Erwan Robert, du cabinet Reed Smith, joueur de guitare électrique et co-chair de Law Rocks Paris. L’idée de ces concerts de juristes est partie de Londres, lancée par Nick Child, managing director de Secretariat, qui organisait des “petits concerts avec des avocats et plus généralement des juristes qui jouaient des reprises, et dont les bénéfices étaient reversés à des associations caritatives”, explique Erwan Robert. En 2009, l’ambition du créateur Law Rocks est double : collecter des fonds pour les moins fortunés et donner à l'industrie juridique “la chance de réaliser son potentiel en tant que rock stars”, selon ses mots. Le concept a été exporté de l’autre côté de l’Atlantique en 2012 jusqu’à ouvrir les portes aux avocats musiciens de la célèbre salle Whisky a Go Go, terreau fertile du rock de Los Angeles, qui a accueilli des artistes mythiques. The Doors, Buffalo Springfield, Love, ou The Turtles... Law Rocks se produit maintenant un peu partout sur le globe, de son bastion anglais historique aux États-Unis en passant par l'Hexagone, Dubaï, l'Australie et la Turquie.

“Rock is not dead”

Plutôt d’accord avec Kurt Cobain qui disait : “Quand le rock sera mort, le monde entier explosera. Il a déjà tellement perdu son essence”, Erwan Robert voit dans Law Rocks une occasion de faire vivre cette musique au prestige un peu suranné. Et de casser l’image trop sérieuse de la profession d’avocat, en donnant loisir à ses membres de laisser libre cours à la bête de scène qui sommeille en eux. J’ai toujours pensé que dans ce métier, il fallait faire les choses avec le plus grand sérieux mais ne pas se prendre au sérieux”, s’amuse Elie Kleiman associé chez Jones Day et guitariste, qui jouera au Nouveau Casino lui aussi. D’après cet avocat qui a préféré reprendre sa guitare à la crise de la quarantaine et se rapprocher des associations de musiciens présentes au barreau de Paris, d’un ensemble de Jazz notamment, le “Big band du Palais”, les avocats ont souvent en commun un tempérament un peu artiste. C’est vrai qu’on en croise souvent dans la distribution des pièces de théâtre, sans compter ceux qui font leur one man show : Sebastien Wust, Éric Dupond-Moretti, Caroline Vigneaux... Elie Kleiman a toutefois été surpris devant le talent de ses confrères en rock. “Un niveau pro absolument bluffant.” Même si, “des avocats qui jouent du rock on en trouve moins que ceux qui jouent du classique”, nuance Erwan Robert.

Saturnin Champetier de Ribes chez Alienor Avocats se réjouit du bon niveau musical général car si Law Rocks a un “esprit amateur”, les gens paient leurs places : il faut fournir une prestation de qualité. Oscillant entre la trentaine et la quarantaine, voire davantage, les musiciens de Law Rocks se connaissent depuis l’implantation en France, décalée de 2020 à 2023, pandémie mondiale oblige. Ils vont et viennent entre les groupes qui se font et se défont dans le milieu des avocats, pas à cause du scandale, mais pour compléter un band en vue du prochain Law Rocks.

Le public de l’événement compte naturellement pas mal d’avocats. Au printemps, à Paris, la fashion week laisse place à la Paris Arbitration Week (PAW), et un paquet de membres anglo-saxons de la profession présents dans la capitale française pour la grand-messe de l’arbitrage viendront écouter leurs pairs jouer. “Un bon moment, après les conférences de la PAW, pour sortir un peu du cadre professionnel”, constate Saturnin Champetier de Ribes. Faut­-il s’attendre à voir les robes noires en transe dans la fausse ? Le cru 2025 de Law Rocks a pris soin de sélectionner des titres qui inciteront le public à battre la mesure pour la trentaine de minutes de représentation impartie à chacun des groupes, assure le trio de musiciens. Des représentations ponctuées par les interventions d’un jury, façon Nouvelle Star, qui décidera lequel d’entre eux pourra revenir sur scène pour le bis.

Visée caritative

Ce qu’il ne faut pas perdre de vue dans cette affaire, au-delà du plaisir non dissimulé des avocats de pratiquer collectivement leur hobby, c’est le versement de l'intégralité du butin à l’association Enfance & Partage. Dont la mission est de protéger et de défendre les enfants victimes de toutes formes de violence, physiques, psychologiques ou sexuelles. Dix mille euros ont pu être rassemblés lors de la dernière édition. Cette année, la somme pourrait grimper un peu car l’association récupère une partie du prix des boissons – celles étant alcoolisées devant être consommées avec modération, n’oublie pas de préciser Erwan Robert, qui organise le concert en plus d’y jouer. Cette facette de l’événement le séduit : préparer la salle, participer à l’élaboration du produit fini, et admirer le résultat, avec toujours un peu de fierté. Et de conclure : “C’est une fête.”

Anne-Laure Blouin

 

 

Rendez-vous au  Nouveau Casino , 109 rue Oberkampf, 75011 Paris, le 8 avril. Pour acheter sa place, c'est par  ici .

 

LawRocksparismars2025 2Image issue de la page Instagram de Law Rocks