Pour plus de la moitié des Français, la principale motivation au travail réside dans la rémunération d’après l’enquête The Workforce View, réalisée en 2018 par ADP. Depuis 1989, le Cercle Montesquieu et l’Association française des juristes d’entreprises (AFJE) s’intéressent à celle des juristes et réalisent une enquête annuelle portant sur les pratiques salariales au sein de la fonction juridique en entreprise. Retour sur les résultats de cette édition 2025.
Rémunération des juristes d’entreprises en 2025 : bonne ou mauvaise pioche ?
53 921 euros. C’est le montant du salaire annuel brut moyen d’un juriste d’entreprise* en 2025, montant qui a augmenté de 6,5 % par rapport à l’an passé. Le directeur juridique gagne, lui, en moyenne plus de deux fois plus (130 329 euros brut annuels) et le responsable juridique est rémunéré en moyenne à hauteur de 71 875 euros annuels, soit 2,5 % de plus qu’en 2024.
Le juriste : un bon candidat pour les recrutements
Le contexte économique incertain fait craindre une baisse des recrutements, en particulier dans le secteur juridique où l’émergence croissante de l’IA questionne le rôle du juriste du demain. Au début de l’été, Microsoft a annoncé la suppression de plus de 9 000 postes. « Nous allons permettre aux employés de passer plus de temps à des tâches utiles grâce au déploiement de nouvelles technologies et fonctionnalités », s’est notamment justifié le géant de la tech. Certains y voient un exemple du « remplacement » de l’humain par l’IA, Microsoft étant l’un des acteurs de la tech les plus avancés en matière d’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses processus.
Mais bonne nouvelle pour les juristes : d’après LinkedIn, ils font partie du top 5 des professions les plus recherchées et la baisse effective du nombre de recrutements en 2025 ne semble pas trop affecter le secteur : le poste de directeur juridique comptabilise 36 % d’intentions de recrutement en 2025.
Une part variable du salaire croissante
Côté salaire, ils ne sont pas à plaindre non plus : le salaire fixe augmente, mais pas seulement. On constate également une hausse de la part variable du salaire : plus des trois quarts des directeurs juridiques disposent d’une part variable, 72,5 % des responsables juridiques et 62 % des juristes d’entreprises.
A noter : le salaire moyen du juriste junior a également augmenté et tourne en moyenne autour de 38 000-40 000 annuel contre 35 000 il y a quelques années.
Et l’égalité salariale ? C’est là que le bât blesse, puisqu’on constate une inégalité salariale entre les hommes et les femmes d’en moyenne 10,7 % en défaveur des femmes. Cerise sur le gâteau : ce déséquilibre augmente en même temps que le niveau d’expérience des juristes, atteignant 18,5 % de différence après quinze ans d’expérience. Pourtant, la profession se féminise (70,5 % de femmes en 2025 contre 66 % en 2019), avec un écart notable toutefois en fonction du niveau hiérarchique : on compte 74,5 % de juristes contre 67 % de directrices juridiques. Conclusion : les femmes sont davantage représentées au sein des fonctions juridiques de l’entreprise y compris dans les hautes sphères de la direction mais y sont moins bien rémunérées que les hommes.
La tech, en tête de liste des secteurs juridiques les plus rémunérateurs
Les juristes toutes catégories confondues (juriste, responsable juridique et directeurs juridiques) les mieux rémunérés se trouvent dans le secteur de la tech. Pour les postes plus hauts placés (responsables juridiques et directeurs juridiques), les domaines de l’information et de la communication ainsi que les activités financières et d’assurance arrivent juste derrière.
Les profils plus juniors sont mieux payés dans les industries manufacturières et les activités immobilières où les besoins opérationnels sont plus importants.
Parmi les autres facteurs qui font grimper le salaire, il y a bien sûr la spécialité du juriste : le M&A, le droit immobilier et les contrats internationaux figurent parmi les spécialités les plus rémunératrices avec respectivement un salaire annuel moyen de 101 133 euros, 71 198 euros et 60 021 euros. Avec un salaire moyen de 40 000 annuel, les juristes en droit de l’environnement et du développement durable sont à l’inverse le parent pauvre des fonctions juridiques.
La taille de l’entreprise et de l’équipe constitue également un facteur qui favorise une base salariale plus élevée, tout comme le fait que la société soit cotée et installée en Île-de-France. À l’inverse, la fidélité à l’entreprise n’est pas un facteur déterminant et offre peu d’avantages salariaux.
Autre fait marquant : être titulaire du Capa et donc a priori être un ancien avocat n’est pas un élément de différenciation salariale pour un directeur juridique. « L’expérience d’avocat est valorisée différemment selon le secteur et le poste, explique Marie Hombrouck, fondatrice du cabinet de recrutement Atorus Executive. Elle est souvent demandée en corporate mais beaucoup moins en droit administratif ou droit de l’environnement. »
La différence de salaire entre un directeur juridique ex-avocat et un directeur juridique non titulaire du Capa est faible : 128 176 euros en moyenne pour le premier et 130 900 euros pour le second. L’écart est plus notable pour les profils d’anciens avocats ayant exercé à l’étranger qui affichent eux un salaire moyen de 189 000 euros annuels. L’affirmation est moins vraie pour les profils plus jeunes : être juriste et être titulaire du Capa offre un meilleur salaire de base (68 573 euros en moyenne contre 51 433 euros).
« L’écart de 23 000 euros selon la présence au comex constitue un signal fort de reconnaissance »
En revanche, le rattachement du directeur juridique à la présidence ou à la direction générale est un élément clé dans la grille de rémunération, tout comme sa présence au sein du Comex, qui génère un écart salarial de 19 % en moyenne. Un constat qui réjouit les directeurs juridiques puisqu’il illustre l’importance que revêt la fonction juridique au sein d’une entreprise. « La rémunération des directeurs juridiques ne dépend pas seulement de l’expérience mais du positionnement stratégique de la fonction. Être rattaché au plus haut niveau de l’organigramme fait toute la différence, commente Besma Bouzama, directrice juridique et compliance groupe & secrétaire du conseil d’administration du groupe Accor. La présence au comex permet un alignement avec les autres fonctions. L’écart de 23 000 euros selon la présence au comex constitue un signal fort de reconnaissance. »Pour Martial Houlle, secrétaire général du groupe Altitude, « cette étude confirme la montée en puissance stratégique des directions juridiques désormais pleinement intégrées aux organes de décision : rattachement direct au directeur général pour 65 % des directeurs juridiques, présence au comex pour près d’un sur deux, et forte progression des niveaux de rémunération. » Le président du Cercle Montesquieu nuance toutefois : « Cette reconnaissance reste à consolider : les écarts de rémunération selon le rattachement, la baisse des avantages extra-salariaux et la sous-représentation des juristes dans certaines instances de gouvernance montrent que des marges de progrès subsistent. »
Bilan de l’enquête ? Les conditions salariales du juriste au sens large sont plutôt au beau fixe avec une augmentation croissante de la base salariale et une part variable qui prend de plus en plus de place. Pour obtenir la rémunération la plus avantageuse, mieux vaut choisir le M&A que l’environnement et miser sur une grande entreprise dans le secteur de la tech, de l’immobilier, de la finance ou de l’assurance. Et bonne nouvelle : si on veut faire bouger son salaire, la formation reste le premier levier d’évolution de carrière et de salaire, juste devant le changement d’employeur. « Quatre-vingt-huit pour cent des juristes (toutes fonctions) considèrent que l’IA aura un impact positif sur l’évolution de leur métier, rappelle Grégoire Hanquier, directeur produits et production chez Lamy Liaison et ancien directeur juridique et compliance chez Webedia : « L’IA est un accélérateur, mais elle ne dispense pas d’exercer son esprit juridique. Elle oblige au contraire à renforcer la matière grise. On entraînera toujours mieux une IA… Si l’on continue à entraîner le cerveau des juristes. » À l’heure où les questionnements sur le rôle de l’IA en entreprise se multiplient, les juristes ont tout intérêt à se former sur ces sujets.
Ilona Petit
L’enquête est à retrouver ici
*L’enquête sépare les profils juridiques en trois catégories : les juristes d’entreprise (qui ont en moyenne six ans d’expérience), les responsables juridiques (qui ont un statut intermédiaire en fonction de la taille de l’entreprise dans laquelle ils travaillent) et les directeurs juridiques.