2005. Reed Smith ouvre boutique dans la capitale française, sous la houlette de l’avocat Benoît Charot. Depuis, l’antenne parisienne du cabinet de Pittsburgh, dirigée par Natasha Tardif depuis 2021, a bien grandi. Focus.

Reed Smith Paris a soufflé ses 20 bougies le 5 novembre 2025. En deux décennies, l’antenne parisienne du cabinet, né à Pittsburgh en 1877, a multiplié par huit ses effectifs. Ils étaient 15 professionnels du droit en 2005, conduits par Benoît Charot, ils sont désormais 120. Pourtant Reed Smith ferait presque office de poupon sur le marché parisien. « Vingt ans c’est jeune pour un cabinet international à Paris », contextualise Natasha Tardif, managing partner du bureau depuis 2021 et codirectrice du département Europe, concurrence et réglementation de Reed Smith. White & Case, Sullivan & Cromwell sont implantés depuis les années vingt, Gibson Dunn les années soixante-dix, Shearman 1963. Morgan Lewis, arrivé en 1998, compte aujourd’hui autant d’avocats que Reed Smith, arrivé plusieurs années plus tard. Les cabinets américains à Paris comptent 20 robes noires pour le plus petit et 191 pour le plus grand. Situé sur la médiane établie à 60, Reed Smith a donc de quoi poursuivre sa croissance dans la capitale française, un lieu stratégique pour le cabinet : Paris occupe « une place particulière dans le monde économique et juridique », selon Natasha Tardif, qui a exercé à New York et Londres.

En vingt ans, les avocats parisiens de Reed Smith ont constitué un joli portefeuille de clients. Quatre cents personnes ont répondu présent à l’invitation du cabinet qui célébrait son anniversaire au Musée Jacquemart André le 18 novembre dernier. Une mise en lumière élégante à l’image de celle qui confère aux toiles de George de La Tour, exposées dans le palais parisien, leur charme hypnotisant. Le chiffre d’affaires du bureau français a progressé de 3 % depuis 2019, pour atteindre les 28 millions d’euros en 2024. Un score qui le positionne dans le premier tiers du classement du Décideurs 150 : productivité par avocat. Le contexte économique et géopolitique trouble n’ébranle pas la confiance en l’avenir de Natasha Tardif qui a entamé sa carrière alors que des avions percutaient les tours new-yorkaises du World Trade Center. Quelques années plus tard, le monde encaissait la crise des subprimes. Il y a toujours une crise. Ce qui compte c’est de « garder la tête froide » et de renouveler ses idées.

Cocktail explosif

Reed Smith Paris a connu deux pics de croissance. En 2007, le cabinet est dopé par la fusion avec le britannique Richards Butler et ses 250 avocats répartis entre Londres, Paris, Abu Dhabi, Dubaï et Le Pirée. Connu pour ses aptitudes dans les domaines de la finance, de la technologie, de la santé, de l’industrie, il embrasse alors un nouveau secteur, celui du shiping (transport maritime). Dix ans plus tard, sous l’impulsion de la managing partner EMEA de l’époque, il double ses effectifs – et son chiffre d’affaires qui avoisinait les 14 millions en 2016 – à Paris pour en faire un bureau phare, passant d’une trentaine d'avocats à soixante. C’est dans cette vague de recrutements qu’arrive Natasha Tardif, qui exerçait depuis plus de dix ans chez King & Wood Mallesons. Un moment galvanisant pour l’avocate : le cabinet concrétisait une ambition, celle de monter en puissance en intégrant des dizaines d’avocats dynamiques, entrepreneurs, férus de travail en équipe. Un cocktail « explosif au sens de génial », se remémore-t-elle. Huit ans plus tard, c’est encore pour elle « l’endroit le plus excitant », où l’on se questionne en permanence et où l’on vérifie constamment qu’on apporte une valeur ajoutée aux clients.

« Il ne faut pas craindre le développement de l’IA. Ce serait comme craindre la pluie. Autant avoir de bonnes bottes et un bon parapluie » 

Reed Smith Paris, comme la trentaine de bureaux qui tapissent le globe, suit la doctrine pro-humain de la maison mère. Promouvoir les femmes, assurer un suivi personnalisé à chaque avocat du cabinet, créer du mentorat entre jeunes et moins jeunes (c’est le programme Careers Advisor), former les profils issus de milieux modestes avec l’association Vox Populi, lutter contre le sexisme ordinaire avec #stopE, soutenir la cause LGBT+… En 2024, les avocats parisiens de Reed Smith ont comptabilisé 3 600 heures pro bono. Grâce à l’engagement de Natasha Tardif, l’antenne parisienne soutient particulièrement la cause des femmes. Celles du cabinet bénéficient par exemple de nombreux programmes comme le « Returning to Work » – qui les accompagne après une longue absence (due à l'arrivée d'un enfant ou a une longue maladie) en mettant en place une baisse temporaire des objectifs et un maintien de leur rémunération – ou du réseau WINRS (Women’s Initiative Network of Reed Smith). Et celles du monde, à l’instar des femmes afghanes mises « sous chape de plomb » au retour des talibans, des heures pro bono de nombreux avocats du cabinet. Et ce, grâce à Réunir, un projet né pour rassembler les familles séparées en Afghanistan. Outre-Atlantique, le cabinet n’a pas signé d’accord avec l’administration Trump. Son programme favorisant l’inclusion et diversité a toutefois changé de nom pour celui de « culture et d’engagement ». Un terme plus parlant pour la managing partner qui affirme piloter un cabinet « engagé ».

Pour l’avenir, Natasha Tardif veut surfer sur la vague de l’intelligence artificielle. Le cabinet a déjà des équipes qui guettent les nouvelles offres en la matière et qui en développent pour les clients. Quant aux avocats, ils sont « formés et incités à intégrer l’IA dans leur travail ». « Il ne faut pas craindre le développement de l’IA. Ce serait comme craindre la pluie. Autant avoir de bonnes bottes et un bon parapluie », préconise la managing partner. Et puis, la force d’un avocat c’est sa réflexion. Chose qui n’est pas – encore – à la portée de l’IA. D’ici là, pour détecter les évolutions de leurs secteurs respectifs, les avocats de Reed Smith potassent les sujets chauds, comme l’inflation des restrictions réglementaires dans un contexte de guerre économique et les plateformes, dans le viseur des autorités françaises et européennes.

Anne-Laure Blouin