Janvier 2026. Wolters Kluwer publie la première édition de son rapport consacré aux cabinets d’avocats européens. L’éditeur juridique décrypte comment les cabinets adaptent leur modèle d’activité pour optimiser leur efficacité et donc augmenter leur rentabilité à l’ère de l’intelligence artificielle.
L’avenir des cabinets d’avocats sous la loupe de Wolters Kluwer
Quarante pour cent des avocats déclarent que moins de 50% de leur temps de travail est facturable. Issu du benchmark européen des cabinets d’avocats publié par Wolters Kluwer en ce début d’année, ce chiffre nous alerte sur la nécessité, pour les robes noires, d’optimiser leur productivité.
Pour réaliser son étude portant sur la santé des cabinets d’avocats (rentabilité, modèle de facturation, investissement, etc.), le leader mondial de l'information professionnelle, des solutions logicielles et des services a interrogé plus de 600 professionnels du droit, indépendants ou issus de cabinets de petite et moyenne taille, présents dans 6 pays européens (Belgique, Italie, France, Pays-Bas, Allemagne et Espagne).
Premier fait rassurant : près de la moitié des firmes interrogées affirment avoir connu une croissance au beau fixe au cours de la dernière année. La tendance se confirme davantage pour les cabinets indépendants (49,1 %) que pour les petits cabinets (35,8 %) et les cabinets de tailles intermédiaires (15,1 %). Ce phénomène s’explique pour 26 % des répondants par la présence de dossiers complexes au cours de l’année étudiée et est confirmé par les avocats spécialistes qui sont 79 % à se considérer en bonne posture pour maintenir ou accroître leur rentabilité.
Un taux horaire compris entre 150 euros et 299 euros pour la majorité des cabinets
En dépit de la bonne santé économique des cabinets, la rentabilité et la facturation restent des enjeux clés. La majorité d’entre eux (51 %) déclarent facturer entre 150 euros et 299 euros de l’heure, tandis que 38 % affichent un taux horaire entre 300 euros et 599 euros. Ils sont 5 % à dépasser les 600 euros/heure. Une fois de plus, les avocats spécialisés affichent un tarif plus élevé que leurs confrères généralistes. Ces données doivent toutefois être nuancées, les cabinets de grande envergure ne faisant pas parti du panel interrogé.
Quelle que soit la taille du cabinet, le nombre d’heures facturables reste une question de taille. Pour 40 % des interrogés, moins de la moitié de leur temps de travail est facturable, avec pour obstacle principal les tâches administratives pour la moitié des répondants. Alors, comment améliorer ce ratio ? Pour 62,4 % des cabinets français, cela passe par une automatisation des tâches administratives et une meilleure délégation des tâches non facturables (60,6 %).
Autre moyen d’augmenter sa rentabilité : réduire les coûts. Le premier facteur de coût demeure les salaires qui représentent plus de 40 % du budget pour 25 % des cabinets interrogés. L’acquisition de clients, les dépenses technologiques ou celles pour la formation et le développement arrivent juste derrière avec des montants variables en fonction des structures.
Et l’IA ? Près de 61 % des cabinets interrogés l’utilisent déjà et 12 % envisagent son intégration prochaine. « GenAI réduira considérablement le temps nécessaire pour des tâches telles que la recherche juridique, la rédaction de documents et la révision de contrats, permettant aux avocats de se concentrer davantage sur la réflexion stratégique et l’interaction avec les clients », selon Ruud Helmes, product management director of Kleos, Wolters Kluwer Legal Software.
Soixante-treize pour cent des juristes interrogés utilisent un outil d’intelligence artificielle générative et 31 % dépensent entre 1 et 50 euros par mois pour y avoir recours.
Les Français, champions de l’IA ?
Côté nouvelles technologies et intelligence artificielle, les tricolores sont loin d’être à la ramasse : ils sont 79,8 % à déclarer utiliser activement l’IA, le meilleur score parmi les pays sondés. Et 71,3 % font usage des agents conversationnels de type ChatGPT, et une large majorité (81,6 %) plébiscite les plateformes de recherche juridique.
Concernant les améliorations observées, 43 % estiment que l’IA leur permet d’être plus efficaces et 38,5 % pensent que son utilisation permet de gagner en rentabilité.
Toutefois, les enseignes françaises restent prudentes et ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier : si 21,8 % dépensent plus de 200 euros par utilisateur chaque mois pour investir dans l’IA, 18,4 % confient rester sur des solutions gratuites, ce que prévoient 36,4 % des cabinets français interrogés ; 22,7 % n’ont pas encore attribué de budget consacré à l’IA.
Les legaltechs sont majoritairement utilisées pour des outils de recherche juridique (78,9 %) et pour des logiciels de gestion de cabinet (47,7 %) et satisfont à respectivement 70 % et 56 % leurs utilisateurs.
Pour les réfractaires aux outils technologiques, 45,5 % déclarent manquer de connaissance sur le sujet, 31,8 % dénoncent un coût élevé de mise en œuvre et un manque de formation adéquate. La moitié se montre préoccupée par la confidentialité des données et la sécurité des informations sensibles.
Attirer et fidéliser le client : un enjeu majeur
Comme toute activité lucrative, le métier d’avocat n’échappe pas à la règle et cherche à attirer et garder le client. C’est une préoccupation majeure pour 70 % des interrogés, dont 88 % pour les français. La densité de la concurrence (63,5 %), l’évolution des attentes des clients (58,3 %) et le manque de visibilité (49 %) sont pointés du doigt comme principales causes de la difficulté à fidéliser le client.
Pour se démarquer, 51 % des cabinets font de leur activité (le conseil juridique) le facteur différenciant principal et misent sur la formation (27 %) ou encore le conseil aux entreprises (22 %). 33% des cabinets n’offrent cependant aucun service supplémentaire.
À noter que 61% pensent que les outils de visioconférence se sont avérés efficaces pour améliorer la relation client.
L’enquête se penchait également sur la satisfaction professionnelle des robes noires. La majorité (52,3 %) estime qu’elle pourrait être revue à la hausse avec une amélioration des outils et ressources technologiques pour optimiser leur pratique ; 44 % d’entre eux sont satisfaits si le client l’est et 42,2 % misent sur un meilleur équilibre vie pro/vie perso. Par ailleurs, 35,8% apprécient les opportunités de réseautage et la collaboration avec leurs pairs.
Ilona Petit