Antoine Vey, accusé par d’anciens collaborateurs de harcèlement, vient d’être condamné par le Conseil de l’ordre du barreau de Paris à douze mois de suspension, dont cinq fermes. Mis à jour le 18 juillet 2025 à 15h00 

Mis à jour le 18 juillet 2025 à 15h00. La sanction disciplinaire est tombée pour Antoine Vey. Le Conseil de l’ordre du barreau de Paris a prononcé à son encontre douze mois de suspension, dont cinq fermes. L’avocat pénaliste, associé d’Éric Dupond-Moretti, faisait l’objet d’accusations publiques de faits de harcèlement moral et sexuel depuis la publication dans Libération, en mars 2023, d’une vingtaine de témoignages de collaborateurs dénonçant des gestes ou des propos vécus comme du harcèlement moral ou sexuel. Un an plus tard, en janvier 2024, le parquet de Paris avait ouvert une enquête pénale, qui est toujours en cours.

Humiliations à répétition, sollicitations incessantes hors des horaires « normaux » de travail, les week-ends et pendant les jours fériés, affectation à des tâches étrangères au travail (organisation des vacances, achat d’une brosse à dents, nettoyage de la voiture, etc.)… Les avocats plaignants composent un portrait ultra négatif d’Antoine Vey, et font mention de l’existence d’un « système ». Ce que la défense rejette en bloc. « Ces allégations sont, pour la plupart, contestées et infondées. Il y a un certain nombre d'anecdotes qui ont été rapportées, moins d'une dizaine sur dix ans, qui ne traduisent absolument pas un système, loin de là, avait déclaré l’avocat de Maître Vey, Emmanuel Marsigny. Le cabinet Dupond-Moretti-Vey était un cabinet d'excellence requérant une exigence que, manifestement, la plupart de ces jeunes avocats qui se plaignent n'ont pas comprise et, surtout, n'étaient pas capables de satisfaire. »

L’affaire a interpellé la profession à un autre niveau. Les plaignants n’ont pas apprécié la validation par l’Ordre de la tenue de l’audience du 21 mai 2025 à huis clos, comme l’avait réclamé Antoine Vey. Les avocats des quatre personnes ayant dénoncé les faits de harcèlement, Virginie Le Roy et Romain Ruiz, assurent que l'Ordre  « leur [a] refusé la communication du dossier, des pièces transmises par la défense, de leurs propres procès-verbaux d'audition et l'assistance de leurs conseils au cours d'auditions et de confrontations brutales ». Quatre ex-collaborateurs de l'avocat pénaliste ont dénoncé dans une lettre ouverte le fait que l'Ordre des avocats « contribu[ait] à étouffer des pratiques professionnelles d'un autre temps ».

La décision du Conseil de l’ordre est allée au-delà de ce qui avait été requis contre l’avocat de Julian Assange, du frère de Mohamed Merah ou de Patrick Balkany : une suspension de six mois, dont trois mois avec sursis. Antoine Vey « a pris acte de la décision rendue ce jour » et «conteste les reproches qui lui sont faits » indique Emmanuel Marsigny à l'AFP, ajoutant que son client interjettera appel. Et de préciser que celui-ci est suspensif. L'avocat a pour sa part écrit un long post sur le réseau social LinkedIn sur le sujet et sur « l'injustice »dont il se sent victime. Il explique que « plus de 6 ans après leurs départs du cabinet, quelques personnes sont allées chercher un journaliste avant d’aller chercher un juge. Cela révèle beaucoup de leur démarche» . Il mentionne également certains points de la décision : aucun élément n'aurait permis d’étayer les accusations « sexuelles » portées contre lui. « Ce point, capital à mes yeux, n’a pas été corrigé dans la plupart des titres de presse.» Antoine Vey précise aussi que7 des 11 griefs reprochés ont été rejetés. Face à celui d'avoir contribué à créer un climat malsain par sa mauvaise organisation, il invite à regarder la réalité de son cabinet : « un collectif fort de 30 personnes qui travaillent ensemble dans un esprit positif, loin de l’image décrite dans cette décision.»Quant à son organisation personnelle et son caractère qui ont heurté des personnes selon la décision : « ils sont façonnés pour tenter d’exercer mon métier de la manière la plus professionnelle possible» et ne choquent pas la plupart des gens, selon lui. « Je concède tout à fait que je ne suis pas parfait et qu'il est possible que je n'ai pas perçu la sensibilité de certain» .

 

Anne-Laure Blouin