Le régulateur chinois de la cybersécurité (SAMR) interdit aux entreprises de l’Empire du Milieu d’acheter des puces électroniques au fabricant californien Nvidia. Raison avancée : une violation de la firme américaine de la loi anti-monopole.

Difficile de garder le cap dans la guerre commerciale qui fait rage entre chinois et américains pour le fabricant de puces Nvidia. La société fondée par Jensen Huang en 1993 a appris à la mi-septembre que le régulateur chinois de la cybersécurité (SAMR) avait interdit aux entreprises de son pays de se fournir auprès de lui en puces H20 et en puces RTX Pro 6000D. Ces puces développées pour le marché chinois seraient moins performantes que celles vendues au reste du monde par l’entreprise connue pour fabriquer les puces avancées du marché mondial.

Un drapeau rouge avait été agité en Chine en mars dernier au sujet du rachat par Nvidia, en 2019, de l'équipementier israélien Mellanox, spécialiste des solutions et composants pour data centers – une opération ayant eu le feu vert des autorités américaines. L'administration d'État chargée de la réglementation du marché avait alors accusé Nvidia, premier producteur mondial de semi-conducteurs et première entreprise à dépasser les 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, d'enfreindre les lois anti-monopole. Les gendarmes chinois de la concurrence avaient ouvert une enquête dans la foulée pour décortiquer les conditions de l’acquisition.

Des propos qui passent mal

À la mi-septembre 2025, les autorités chinoises ont opté pour une solution plus radicale et « motivée par les commentaires du ministre du Commerce américain, Howard Lutnick », des propos qui ont été perçus comme des insultes à l’est du monde. Il faut dire que le secrétaire au commerce de Donald Trump avait déclaré sur la chaîne américaine CNBC : « On ne leur vend pas nos meilleurs produits, ni même le milieu de gamme. L’idée, c’est juste de vendre aux Chinois de quoi rendre leurs développeurs accros à la technologie américaine. »

Nvidia avait pourtant cru s’extraire des tensions américano-chinoises le 15 juillet dernier lorsqu’il avait obtenu du locataire de la Maison-Blanche la levée de l’interdiction d’exporter ses puces dans l’Empire céleste, moyennant le versement de 15 % des revenus issus des ventes de puces H20 en Chine à son pays. Malgré sa déception de devoir renoncer à un marché juteux, le patron de Nvidia, Jensen Huang, semble s’être résolu à être le pion d’une guerre politico-commerciale : « Il y a des questions plus importantes à régler entre la Chine et les États-Unis. »

Enquête française

En France aussi, Nvidia cause du souci aux autorités de concurrence. L’ADLC avait annoncé le 8 février 2024 s'autosaisir pour avis sur le fonctionnement concurrentiel du secteur de l'IA générative et pour collecter les points de vue d’une quarantaine d’acteurs et d’une dizaine d’associations d’acteurs. Nvidia faisait partie des acteurs de la chaîne de valeur de l’IA générative pour sa présence en amont, en qualité de fournisseur de composants informatiques qui développe des composants indispensables à l'entraînement de modèles d'IA générative. Le 15 juillet, Benoît Cœuré avait confirmé à Reuters que son agence enquêtait sur les pratiques de la société californienne, pour des soupçons de pratiques anticoncurrentielles. En septembre, les agents de l’ADLC avaient mené des perquisitions dans les locaux de Nvidia. Affaire à suivre.

Anne-Laure Blouin