Symbole de l’artisanat français depuis 1961, Sophie la girafe serait tout sauf « made in France », a révélé ce dimanche Médiapart. D’après le journal d’investigation, Vulli, l’entreprise de fabrication du célèbre jouet, aurait délocalisé sa production en Chine depuis 2013, tout en continuant d’afficher le logo « Made in France ».
Le fabricant de Sophie la girafe sous le coup d’une procédure de la DGCCRF pour pratiques commerciales trompeuses
« Sophie la girafe a-t-elle menti à la France entière ? », écrivait la Dépêche ce lundi matin. Et pour cause : dimanche 3 mai, Médiapart publiait une enquête dénonçant la fabrication du célèbre animal en caoutchouc comme étant « made in China » alors que Vulli se targue depuis des décennies d’une production 100 % française. Un mensonge qui pourrait bien coûter cher au fabricant : une enquête de la répression des fraudes pour pratiques commerciales trompeuses est en cours. Vulli risque une sanction allant jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires.
Succes-story made in France
Née en 1961, Sophie la Girafe est, dans un premier temps, conçue par la société Delacoste à Asnières-sur-Oise. Et elle connaît depuis lors un succès retentissant. Le jouet, qui a séduit nombre de bambins (et de parents) par sa prise en main facile, s’importe en effet dans 85 pays et compte aujourd’hui près de 70 millions de pièces vendues à travers le globe. En 1981, l’entreprise Delacoste est rachetée par l’entreprise Vulli, qui délocalise la production de la girafe en Haute-Savoie à Rumilly en 1991. En 2016, la vente de Sophie la girafe représente près de 60 % du chiffre d’affaires de Vulli. L’entreprise écoule quasiment un produit par naissance dans l’Hexagone. La même année, elle décide d’ouvrir une nouvelle usine de production à Saint-Nabord dans les Vosges. Le fabricant se targue toujours d’une fabrication artisanale qui nécessite près de 14 opérations manuelles et 75 employés pour réaliser quotidiennement sa production. Surtout, le logo « Made in France » y toujours apposé sur le jouet.
Les dessous de la fabrication chinoise
Mais la réalité serait tout autre, relate Médiapart, qui rapporte que la production du jouet serait délocalisée en Asie depuis 2013. D’après des témoignages, les girafes arrivent par conteneurs à Rumilly où elles y sont simplement mises en boîte dans un emballage vantant les mérites d’une fabrication française. « On n’avait pas les moyens, donc on s’est tournés vers la Chine », a confié un ancien employé à Mediapart. Alain Thirion, le PDG de Vulli, confirme que les retards de fabrication de la nouvelle usine de Saint-Nabord ont amené à sous-traiter la fabrication d’une partie de l’objet, voire de son entièreté en Chine. Mais pour le PDG, il n’y a « pas de mystère, si on nous demandait [où était fabriquée Sophie la Girafe], on le disait ».
Pourtant, le témoignage de certains ex-salariés semble quelque peu démentir cette version : pour perpétuer l’idée d’un produit fabriqué en France, l’entreprise aurait organisé des mises en scène dans les ateliers lors de la venue de journalistes ou de clients, où, pour l’occasion, les machines étaient remises en marche : « On plaçait quatre ou cinq personnes dans l’atelier, la matière première était périmée. Tout était faux », explique un témoin.
De son côté Alain Thirion affirme avoir l’ambition d’une production totalement tricolore et compte sur « les nouveaux processus de fabrication de l’usine de Saint-Nabord, censés recourir à l’injection de caoutchouc naturel moins polluante que les anciens moules en plâtre », pour y parvenir.
Pour l’heure Sophie la Girafe doit encore en découdre avec la DGGCRF qui doit déterminer si les manœuvres de Vulli constituent ou non une allégation trompeuse. « Nous sommes en discussion avec la DGCCRF » sur ce que recoupe l’appellation « made in France », informe Alain Thirion. Affaire à suivre.
Ilona Petit