En octobre 2025, Jean-Louis Périès, président du procès des attentats du 13 novembre, sortait ses mémoires chez Flammarion, écrites en collaboration avec Marianne Enault. L’occasion pour lui de revenir sur les affaires, les avocats et les magistrats qui l’ont marqué.

En dehors du monde judiciaire, son nom n’est pas des plus célèbres. La dernière affaire dont il a eu la charge, en revanche, l’est. Jean-Louis Périès, magistrat, a achevé son parcours en présidant l’historique procès des attentats du 13 novembre 2015. Quelques années après être parti en retraite, il prend la plume pour non seulement raconter cet événement hors norme, de son point de vue, mais également pour relater sa carrière et présenter celui qui a fait naître sa vocation : son père, le juge Roger Périès.

Une vie en trois parties

Le livre est divisé en trois parties : Jean-Louis Périès revient tout d’abord l’affaire Dominici instruite par son père. Ensuite, sur sa propre carrière. Enfin, sur le procès des attentats du 13 novembre 2015, le plus emblématique qu’il ait eu à juger.

Les premiers chapitres se lisent un peu comme une chronique judiciaire. L’affaire Dominici est ancienne, Jean-Louis Périès n’était lui-même pas né lors de la commission des faits et tout petit durant l’instruction. C’est en triant les affaires de son père que le magistrat honoraire se replonge dans son travail d’enquête, qui a d’ailleurs été réfuté ultérieurement. Des décennies plus tard, il entraîne le lecteur dans un dossier narré à la façon d’un roman policier : plein de suspense et de doute, alors même que le coupable est connu.

La deuxième partie, qui balaye sa carrière, de ses débuts aux années qui précèdent le procès des attentats, met en avant la façon dont il a mené ses plus gros dossiers et les relations qu’il a entretenues avec ses pairs et les avocats. Les tensions que cela a pu susciter.

Toutefois, c’est le procès des attentats de Paris et Saint-Denis qui a retenu notre attention. Son récit, émouvant car émaillé des dépositions des victimes d’une part et abordant un traumatisme national d’autre part, nous dépeint l’envers du décor. L’on connaît les chroniques d’audience, les documentaires, les témoignages qui ont illustré le drame. Mais que s’est-il passé dans la tête des magistrats ? Dans celle de Jean-Louis Périès en particulier ? Comment et pourquoi a-t-il accepté cette tâche monumentale ?

Des avis tranchés

Dans ses mémoires, Jean-Louis Périès donne son avis. Ses avis. Sur les méthodes des uns et des autres, peu importe le côté de la barre où ils se situent – des méthodes d’ailleurs qu’il peut ne pas approuver. Sur les avocats de la défense, qu’il juge presque sévèrement, a-t-on l’impression alors qu’ils sont, eux aussi, garants de l’état de droit. L’on se souvient soudain qu’il s’agit du ressenti de l’auteur, un ressenti qui n’engage que lui. C’est donc in fine au lecteur de se faire son propre avis. Comme toujours.

Intime conviction, De l’affaire Dominici au procès du 13 novembre, les Mémoires d’un juge, Flammarion, 352 pages, 22 euros

Chloé Lassel

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