Pionnier de la transformation numérique du secteur juridique, Osborne Clarke déploie une stratégie ambitieuse autour de l'intelligence artificielle. Xavier Pican, associé et responsable du groupe innovation à Paris, détaille la feuille de route du cabinet.
Xavier Pican (Osborne Clarke): “L’IA est une révolution copernicienne pour les avocats”
Reconnu pour son savoir-faire dans l’accompagnement de la transformation digitale des entreprises, Osborne Clarke a toujours placé l’innovation au cœur de son propre projet d’entreprise. La méthodologie de déploiement de l’IA au sein du réseau depuis plusieurs mois confirme cette vision stratégique. Associé depuis 2017, Xavier Pican a consacré toute sa carrière aux questions technologiques complexes : data, cybersécurité, IT… C’est avec beaucoup de conviction qu’il anime le groupe innovation d’Osborne Clarke Paris et qu’il partage ici quelques aspects de la feuille de route du cabinet en matière d’IA.
Décideurs. À quoi renvoie aujourd’hui le terme « innovation » dans un cabinet d’avocats comme Osborne Clarke ?
Xavier Pican. L’infrastructure informatique, d’abord, est le socle fondamental du sujet de l’innovation, puisqu’elle conditionne les moyens de production des avocats. Chez Osborne Clarke, l’environnement technologique est de très grande qualité, avec des outils très performants et des investissements en matériel – hardware et software – comme en cybersécurité élevés. La part de notre chiffre d’affaires que nous consacrons aux investissements technologiques est plus importante que la moyenne du secteur.
Comment les choix d’investissements en matière d’innovation s’opèrent-ils ?
Très concrètement, les équipes du réseau OC basées au Royaume-Uni proposent une feuille de route des investissements que chaque bureau peut suivre selon ses priorités, notamment en lien avec sa propre réglementation. Outre la centaine de personnes qui œuvrent entre Bristol et Londres – l’équipe IT est l’équipe support la plus importante d’Osborne Clarke –, nous travaillons aussi avec les équipes d’OC Solutions, filiale tech créée il y a huit ans qui développe entre le Royaume-Uni et l’Allemagne des solutions logicielles destinées à l’interne et à certains clients du cabinet.
Depuis deux ans et demi, le volet de l’intelligence artificielle est bien sûr venu se greffer à tout cela. Une direction centrale s’est créée autour du sujet, l’AI management board. Elle élabore la feuille de route de la stratégie – choix des outils et des investissements, allocation des ressources, recrutement – et pilote un ensemble de POC au niveau international, ce qui rend nécessaire d’avoir dans chaque bureau des référents pour entraîner les équipes et suivre les projets.
C’est la raison pour laquelle nous avons monté un groupe innovation à Paris il y a 18 mois et recruté cet été Gabriela Olmos en qualité de Legal Operations Senior Manager pour mener le déploiement de l’IA, une étape fondamentale pour nos équipes parisiennes. Il y a quelques semaines, Gabriela a animé le premier rendez-vous des « Ambassadeurs IA » d’Osborne Clarke, qui a réuni à Paris une trentaine de personnes venues de chaque bureau européen, toutes générations et toutes fonctions confondues.
De quelle façon développez-vous et intégrez-vous l’IA au sein du cabinet ?
Notre stratégie de déploiement s’articule autour de trois axes complémentaires : d’abord, notre solution d’IA générative interne, OC GPT, utilisée quotidiennement par l’ensemble de nos équipes et constamment optimisée. Ensuite, le projet Nova 2, vaste programme d’évaluation de solutions d’IA spécialisées pour avocats – une équipe pilote transverse d’une trentaine de personnes mène actuellement ces tests à partir de cas d’usage précis et étayés. Le troisième volet concerne les outils de documentation juridique des éditeurs comme LexisNexis, Dalloz ou Lamy, également en phase de test. Pour tous ces axes de développement, nous devons nous questionner sur les répercussions de nos investissements sur la production, notre organisation, la facturation et notre business model.
Comment abordez-vous le tournant de l’IA avec vos collaborateurs ?
Nous pensons qu’il faut former les jeunes avocats différemment, les challenger sur l’utilisation des outils IA, qu’ils manieront de toute façon très rapidement et bien mieux que nous, même si certains d’entre eux peuvent sembler réticents au départ. Dans chacune de nos équipes, les collaboratrices et collaborateurs sont « tech oriented », et pas seulement ceux qui sont spécialisés en droit des technologies. Cela fait également partie du mandat de Gabriela Olmos de les acculturer et de les accompagner. Cette démarche passe aussi par notre présence sur ces questions dans les forums de recrutement, car cette acculturation constitue à la fois un critère de sélection pour nous et un enjeu d’attractivité pour les étudiants.
Les nouveaux outils ouvrent beaucoup de perspectives pour les avocats. Nous pensons que travailler avec l’IA leur permettra d’aborder plus vite la relation client, d’avoir une compréhension plus fine des écosystèmes et donc d’adopter plus rapidement une posture de business partner et de développeur. L’organisation des cabinets en sera rendue moins pyramidale, ce que nous souhaitons. Notre vision pour les nouveaux entrants dans la profession est résolument optimiste.
En quoi l’innovation s’inscrit-elle dans la charte des valeurs d’Osborne Clarke ?
Fidèles à nos habitudes, nous travaillons sur l’innovation de manière très collective, afin de faire adhérer le plus grand nombre sans brusquer personne, en laissant à chacun une grande liberté de s’approprier les sujets : cela fait partie de l’ADN du cabinet, c’est un véritable mix entre collectif et leadership. Nous sommes dotés d’un état d’esprit très positif qui irrigue toutes nos équipes.
L’IA est une révolution copernicienne pour les avocats, et nous savons qu’elle ne sera pas facile à mener tous les jours. Dans un contexte économique global qui est difficile, nous estimons avoir d’autant plus l’obligation de nous impliquer au plus haut niveau, sur tous les enjeux technologiques : c’est dans des périodes de bouleversement comme celle que nous vivons que les cabinets d’avocats prennent des positions décisives pour leur avenir.