Fondé en 2006, HB Law Firm célèbre ses 20 ans d’existence. Salima Bakouchi, associée fondatrice du cabinet marocain spécialisé en droit des affaires, revient sur l’évolution de sa pratique et analyse les enjeux de l’attractivité du Maroc.
Salima Bakouchi (HB Law Firm) : "Le Maroc joue un rôle primordial dans la transition énergétique mondiale"
DÉCIDEURS. Le cabinet fête ses 20 ans en 2026 : comment votre pratique a-t-elle évolué en deux décennies ? Quels sont les principaux bouleversements que vous avez connus ?
Salima Bakouchi. Célébrer 20 ans est une étape importante. Il ne s’agit pas d’un simple anniversaire mais d’un moment de prise de recul, qui raconte un chemin parcouru, une longévité, une manière d’accompagner, et surtout une responsabilité et une maturité accrue au fil des années. Deux décennies durant lesquelles HB Law Firm est devenu un cabinet d’avocats indépendant leader et de référence en droit des affaires au Maroc, reconnu pour son savoirfaire, son professionnalisme et une pratique réputée, qui a pu relever le défi de se positionner en tant que partenaire stratégique et de premier plan au Maroc, pour une clientèle souhaitant investir au Maroc, en Afrique et à l’international.
Le premier grand bouleversement a été le développement du droit des affaires, la constante mutation du paysage économique et juridique marocain, marqué par un certain nombre de réformes alignées sur les standards internationaux, l’accroissement des investissements au Maroc et l’installation d’un nombre important de cabinets-conseils en stratégie et d’avocats internationaux. Nous avons ainsi été contraints de nous aligner sur ces standards et de changer d’approche et de stratégie.
Le deuxième bouleversement est plus technologique. L’enjeu majeur de la numérisation a transformé notre organisation interne. Nous avons intégré les nouvelles technologies, afin de rester compétitifs et de répondre de manière efficace aux demandes des clients, sans oublier également l’implication de l’outil IA dans la prise de décision. L’économie africaine a enchaîné en 2025 trois trimestres de croissance à plus de4 %, et les prévisions pour 2026 sont similaires. Comment cette dynamique se traduit-elle dans votre activité et dans les demandes de vos clients ?
La dynamique que connaît la croissance économique en Afrique et la position du Maroc, devenu hub africain incontournable, a des répercussions significatives sur notre activité. Cela se ressent concrètement dans la nature des dossiers que nous traitons, qui sont plus structurants. Nos clients nous sollicitent davantage pour structurer des investissements qui s’étendent au-delà des frontières. Ce qui implique un accompagnement juridique plus stratégique, capable d’anticiper les risques réglementaires et opérationnels, et donc une intervention du conseil dès les premières phases de l’investissement, notamment dans les domaines du capital-investissement, la banque, l’énergie, les projets d’infrastructure, les télécommunications, les projets immobiliers, touristiques et d’arbitrage.
Les investissements directs étrangers au Maroc sont en hausse. Quels sont les profils des investisseurs étrangers qui sollicitent vos services ? Quels secteurs attirent le plus leur attention ?
La nature des profils des investisseurs s’est nettement diversifiée. Aux investisseurs européens historiquement présents s’ajoutent désormais des acteurs du continent américain, du Moyen-Orient, et surtout des investisseurs asiatiques. L’émergence des fonds d’investissement, européens ou même locaux, est également en nette croissance. S’agissant des secteurs, certains confirment leur attractivité : l’industrie manufacturière, l’automobile et l’aéronautique, l’agroalimentaire, le tourisme, l’immobilier, le transport et la logistique, etc. Nous observons également un intérêt croissant pour des secteurs émergents comme celui des énergies renouvelables, des nouvelles technologies d’information, de même qu’un engouement pour de nouveaux secteurs tels que la santé et l’éducation, suite à l’ouverture de ces domaines aux investissements étrangers.
L’énergie joue un rôle majeur dans l’attractivité du Maroc. Quels projets (hydrogène vert, par exemple) vous semblent les plus prometteurs, d’un point de vue business comme du point de vue de la transition énergétique ?
S’il y a bien aujourd’hui un domaine où se joue une part décisive de l’attractivité économique du Maroc, c’est bien celui de l’énergie ! Le secteur de l’énergie est aujourd’hui au coeur de la souveraineté économique du Maroc, faisant de lui une sorte de « game changer » – surtout que le Maroc offre désormais une chaîne industrielle complète depuis la production jusqu’à l’export, en passant par le traitement. Grâce à la vision éclairée de Sa Majesté le Roi, le Maroc joue un rôle primordial dans la transition énergétique mondiale et renforce son positionnement en tant que hub énergétique, en favorisant le développement de la filière de l’hydrogène vert. Le 11 mars 2024, la circulaire relative à la mise en oeuvre de l’offre Maroc pour le développement de la filière de l’hydrogène vert a été publiée. Il s’agit d’une offre concrète qui inclut toute la chaîne de valeur du secteurpour répondre aux besoins des investisseurs, ce qui représente une étape majeure pour diversifier le choix énergétique du royaume, stimuler le développement économique durable et se positionner en tant qu’acteur leader et compétitif.
Le royaume a connu plusieurs réformes juridiques ces dernières années en matière de droits des affaires. Quelles sont selon vous les principales évolutions notables ? Quelles sont les améliorations à prioriser dans les années à venir ?
Ces dernières années ont été marquées par un certain nombre de réformes de l’arsenal juridique du droit des affaires marocain qui ont été alignées sur les standards internationaux, afin de garantir la sécurité juridique des investisseurs. C’est dans ce sens que ce processus de réforme est toujours en cours.
Tout d’abord, le climat des affaires et de l’investissement connaît un nouveau souffle, grâce à la mise en place de la nouvelle charte de l’investissement adoptée en 2022, par la loi-cadre n° 03-22, qui fixe les objectifs fondamentaux de l’État, instaure les différents dispositifs de soutien à l’investissement, définit les principes de leur gouvernance et encadre les chantiers de réforme à déployer pour faciliter l’investissement. La charte d’investissement prévoit des incitations fiscales et prévoit un système intégré et dégressif qui sécurise la rentabilité des projets à long terme dans les secteurs prioritaires tels que l’hydrogène vert, l’industrie automobile, l’aéronautique, les technologies de l’information et la fintech.
Des avantages importants restent disponibles dans certaines zones, notamment les Zones d’accélération industrielle qui bénéficient d’un cadre réglementaire et fiscal dérogatoire au droit commun. Le volet gouvernance a également connu plusieurs réformes ayant pour but de moderniser la gouvernance. D’autres nouveautés ont eu trait à la simplification des procédures et formalités administratives, le droit de la concurrence, la réglementation applicable aux changes, etc. Cela étant, les chantiers sont toujours en cours et concernent plusieurs domaines, notamment les énergies renouvelables, l’accès au financement, la gouvernance des entreprises, les marchés publics, etc.
La dernière Coupe d’Afrique des nations de football a été organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. Au-delà des résultats sportifs, qu’en retenez-vous ?
Aujourd’hui, les événements sportifs d’une telle ampleur dépassent largement le cadre sportif. Ils agissent comme un catalyseur économique. Le fait que cette édition de la Coupe d’Afrique des Nations soit considérée comme la meilleure jamais organisée, la plus regardée au niveau mondial et pas seulement africain, n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une stratégie solide et d’efforts considérables ayant conduit à la réussite de cet événement. Il est clair que les investissements réalisés, qu’il s’agisse d’infrastructures, de modernisation d’équipements, d’amélioration des réseaux de transports ou d’augmentation de la capacité hôtelière, laisseront un héritage matériel durable.