Fondé en 2014 à Douala, Zangue & Partners s’est imposé comme une référence du droit des affaires en zone CEMAC. Son fondateur et associé gérant, Serges Martin Zangue, revient sur la croissance du cabinet, ses spécificités et sa vision du marché juridique camerounais.

Décideurs. Votre cabinet a connu une croissance remarquable depuis sa création en 2014, passant de 6 à plus de 25 collaborateurs. Quels ont été les facteurs clés de cette expansion ?

Serges Martin Zangue. La croissance de Zangue & Partners repose sur plusieurs facteurs. J’ai fait le choix de positionner le cabinet comme un cabinet d’avocats d’affaires combinant conseil stratégique et savoir-faire en contentieux à forts enjeux, ce qui impliquait d’être sélectif sur les dossiers, pour concentrer notre talent là où il crée le plus de valeur. Ce positionnement nous a permis d’accompagner des clients locaux et internationaux tout au long d’opérations complexes dans des secteurs aussi variés que la banque et la finance, l’énergie, le pétrole et le gaz, les mines, les transports, l’immobilier ou la technologie. Nos équipes ont progressivement été structurées autour de deux pôles complémentaires, le conseil et le contentieux, permettant de développer une compétence technique pointue et une approche transversale. Le cabinet a également investi dans les outils technologiques et dans le capital humain, avec la formation continue et la fidélisation des collaborateurs, le tout soutenu par une équipe support solide couvrant le secrétariat, la comptabilité et le marketing numérique.

Votre cabinet s’est forgé une réputation solide en matière de financements structurés et de prêts souverains. Quels sont les spécificités et les défis juridiques de ces opérations en zone CEMAC, notamment au regard de la réglementation des changes ?

Ces opérations nécessitent un savoir-faire pointu et une connaissance fine du fonctionnement pratique des régulateurs. En matière de financements structurés transfrontaliers, la réglementation des changes encadre les paiements à destination ou en provenance de l’extérieur de la CEMAC. Certaines transactions sont soumises à déclaration ou autorisation de la BEAC et, dans la pratique, la lettre de prise d’acte délivrée dans le cadre d’une déclaration s’apparente à une quasi-autorisation.

L’un des défis majeurs réside dans les délais de traitement par la BEAC, qui peuvent ralentir les opérations multijuridictionnelles. La plateforme e-Transfert constitue une avancée, mais son accès étant réservé aux banques, celles-ci se retrouvent en première ligne pour préparer la documentation, sans disposer toujours de la même capacité d’analyse juridique que des conseils spécialisés. Cette situation génère des délais et une incertitude, notamment pour les opérations que la réglementation n’encadre pas expressément, comme les garanties émises par des filiales locales au bénéfice de leur maison mère. Dans ces cas, l’ingéniosité juridique et le dialogue avec les autorités sont essentiels pour sécuriser la réalisation effective de la garantie.

Les autorisations peuvent d’ailleurs être limitées aux bénéfices attendus par la filiale locale, parfois assorties d’exigences de contrepartie, ce qui vise à protéger les réserves de change régionales, mais peut complexifier certains investissements. S’agissant des prêts souverains, les exigences juridiques sont parfois perçues comme un excès de formalisme. En réalité, elles sont indispensables pour sécuriser les fonds des bailleurs, garantir la validité des accords et assurer la bonne réalisation du projet. Le rôle du conseil est précisément de concilier impératifs juridiques et contraintes opérationnelles : disponibilité des documents requis, validité des engagements de l’État, obtention des autorisations, respect des procédures de passation des marchés.

Votre track record est reconnu en contentieux d’assurance et sinistres majeurs dans les secteurs aérien, ferroviaire et pétrolier. Quelle compétence particulière cette spécialisation requiert-elle et comment coordonnez-vous ces dossiers avec vos partenaires internationaux ?

Tout d’abord, il convient de rappeler qu’un sinistre majeur n’est jamais simple à gérer, compte tenu du caractère profondément tragique de ces événements. Lorsqu’il y a mort d’homme, rien ne peut véritablement compenser ni la perte d’une vie humaine ni les préjudices subis par les victimes et leurs familles, qu’ils soient physiques, psychologiques ou économiques. La dimension humaine doit impérativement être prise en compte dans la conduite des négociations et dans la mise en place des mécanismes d’indemnisation.

Au cours de ma carrière – y compris avant la création du cabinet –, j’ai eu l’occasion d’intervenir en qualité de conseil dans plusieurs dossiers majeurs relatifs à l’indemnisation des ayants droit et des victimes de sinistres importants au Cameroun, tant dans le domaine industriel – électricité, gaz, forages pétroliers – que dans le domaine des transports. Il s’agissait notamment du crash de Kenya Airways à Mbanga Pongo le 5 mai 2007 – KQ 507 –, de l’accident ferroviaire impliquant un train Camrail à Eseka, ainsi que du crash d’un hélicoptère de Caverton Helicopters transportant des employés d’une entreprise du secteur pétrolier vers leur site de travail. Nous intervenons également régulièrement dans la gestion d’accidents du travail sur des chantiers industriels ou des plateformes pétrolières.

Dans ces situations, notre rôle consiste notamment à contribuer à l’élaboration de mécanismes d’indemnisation structurés, fondés sur des critères objectifs permettant d’assurer une compensation équitable aux ayants droit. Cela implique également l’identification juridique précise des bénéficiaires, l’accompagnement des victimes dans leurs démarches juridiques, médicales et assurantielles, ainsi que le suivi de l’exécution effective des accords conclus. La gestion de tels dossiers exige bien entendu une solide maîtrise du droit des assurances et du droit des obligations, mais également des qualités humaines essentielles : sens de l’écoute, tact et empathie. L’avocat se trouve souvent face à des personnes qui traversent des moments particulièrement difficiles, et doit parfois aborder des questions financières dans des circonstances émotionnellement très éprouvantes. Dans ce contexte, une approche humaine et respectueuse est indispensable.

L’objectif reste de privilégier des solutions amiables avec les ayants droit ou les victimes. Les règlements négociés permettent généralement d’aboutir plus rapidement à une indemnisation effective rapide et efficiente, évitant des procédures contentieuses longues et douloureuses.

Comment vous différenciez-vous face à une concurrence de plus en plus âpre, notamment avec l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux ?

Nous percevons cette concurrence comme une dynamique positive – le marché a de la place pour tous et elle favorise la compétitivité des quelque 6 000 acteurs de la profession. Par ailleurs, le cadre réglementaire camerounais n’autorise l’exercice que sous forme individuelle ou en société civile professionnelle : les acteurs internationaux ne peuvent s’implanter ou exercer directement sans l’assistance d’un cabinet camerounais, sous peine de se placer en situation d’illégalité. Dans ce contexte, nous nous démarquons par notre maîtrise du droit local, notre connaissance du contexte institutionnel et économique et par la rigueur de notre accompagnement.

Concrètement, quelles innovations avezvous mises en place pour améliorer la qualité et la rapidité de vos prestations ?

Pour être honnête, quand cette question nous a été posée, nous avons d’abord appelé notre équipe IT – car, dès qu’il s’agit de technologie, ce sont eux les véritables experts du cabinet. Plus sérieusement, la modernisation s’est faite progressivement : renouvellement du matériel, redondance des connexions Internet, salle serveur sécurisée et cloud pour le stockage des documents. Nous avons aussi développé en interne un système de gestion électronique des dossiers entièrement sur mesure – un Legal Case Management System adapté à nos méthodes de travail, qui constitue également une base de knowledge management. Le tout s’accompagne d’un effort continu de formation, car la technologie ne sert à rien si l’humain ne sait pas l’utiliser. Quant à l’intelligence artificielle, qui occupe une place croissante dans l’évolution des métiers du droit, nous y reviendrons dans une prochaine interview !

Propos recueillis par la rédaction