Dans un contexte d’accélération des investissements, de sophistication croissante des cadres réglementaires et de transformation rapide des modèles économiques, le groupe Afrique de Fieldfisher poursuit en 2026 sa trajectoire distinctive. François de Senneville et Ludovic Bernet reviennent sur les enseignements clés de 2025, les évolutions majeures attendues en 2026, l’impact de l’IA et la recomposition du marché du conseil en Afrique.

Décideurs. Comment s’est déroulée l’année 2025 pour vos clients en Afrique ?

François de Senneville. L’année passée a marqué une accélération des projets de certains de nos clients sur le continent. Après une année 2024 marquée par des ajustements politiques et fiscaux dans plusieurs États, la majorité des clients que nous accompagnons, qu’ils soient africains, européens, américains ou sud-américains, ont eu tendance à renforcer leur stratégie de présence locale.

Nous observons trois tendances fortes : un retour des investissements structurants, une régionalisation des stratégies, avec un intérêt croissant pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, et une montée en compétence notable des administrations fiscales et sectorielles, qui rend indispensable un accompagnement juridique fin, réactif et très technique.

Ce mouvement confirme que les clients cherchent des équipes capables d’offrir un savoir-faire hautement spécialisé, mais aussi une compréhension fine et pratique des contextes locaux.

Ce que nous observons surtout, c’est une évolution dans la maturité des décisions : moins de projets opportunistes, davantage de stratégies construites, pensées sur plusieurs juridictions et sur le temps long. Cela renforce mécaniquement l’importance d’un accompagnement juridique et fiscal très en amont, capable d’anticiper les risques plutôt que de les subir.

Par quels types de dossiers avez-vous été occupés l’an passé ?

Ludovic Bernet. L’année passée a été particulièrement riche et variée pour notre activité en Afrique. Nous avons été mobilisés sur un grand nombre de dossiers, qui reflètent à la fois la diversité de nos clients et la profondeur de notre connaissance du secteur.

Nous avons accompagné plusieurs groupes internationaux dans des opérations de croissance externe et interne, mais aussi pour leur structuration et l’optimisation de leurs opérations en Afrique, ainsi que pour la gestion de leurs flux intragroupes. Plusieurs de ces groupes sont organisés autour d’une entité mauricienne, Maurice demeurant un centre stratégique permettant d’optimiser leurs opérations africaines.

Nous sommes également intervenus dans le cadre d’importants contrôles fiscaux, pour lesquels nous avons réussi à contester la quasi-intégralité des chefs de redressement, ce qui a généré des dizaines de millions d’euros d’économies pour nos clients. Sur ces dossiers sensibles, nous offrons une défense technique et une compréhension fine des logiques administratives locales, de même qu’une capacité de dialogue avec les autorités. C’est de cette façon que nous réussissons à sortir par le haut de ces situations à haut risque. Enfin, nous avons été très actifs sur le développement de projets agricoles et à fort impact.

Ces dossiers illustrent la transversalité de notre savoir-faire et notre capacité à intervenir sur des dossiers transfrontaliers.

Quels sont les domaines qui vont vous occuper cette année ?

L. B. Nous anticipons une année particulièrement dense dans les restructurations transfrontalières, les acquisitions d’actifs stratégiques ou encore les projets d’infrastructure soutenus par les bailleurs internationaux. Les dossiers fiscaux liés aux contrôles renforcés continueront d’être très présents. Les projets liés à la décarbonation, aux certifications ESG, et à la modernisation des chaînes de valeur locales montent également en puissance. 

L’Afrique est également au coeur de transformations technologiques. Comment l’intelligence artificielle change-t-elle votre activité et celle de vos clients ?

F. de S. L’IA est désormais omniprésente : conformité réglementaire renforcée, gestion des données sensibles, automatisation dans la finance et la logistique, nouveaux modèles contractuels… Nous intervenons régulièrement sur l’encadrement juridique de ces usages, leur gouvernance et leur intégration dans des environnements réglementaires africains en pleine évolution.

Chez Fieldfisher, l’usage de l’IA renforce également notre efficacité interne. Notre conviction reste pourtant que, si la technologie renforce l’efficacité, c’est le savoir-faire humain qui sécurise réellement les opérations de nos clients. L’IA est un outil puissant, mais qui nécessite une supervision humaine experte, capable de contextualiser, d’arbitrer et de sécuriser les décisions stratégiques.

Depuis deux ans, les Big Four se retirent progressivement de plusieurs pays africains. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

L. B. C’est une tendance lourde : plusieurs Big Four ont réduit leurs effectifs, leurs bureaux ou leurs investissements sur le continent. Les raisons sont multiples : contraintes de conformité, exigences réglementaires plus strictes, risques opérationnels accrus, marges moins attractives ou réallocations stratégiques vers d’autres régions.

Nous constatons que les clients ne cherchent pas simplement à remplacer les Big Four, mais à trouver un autre modèle. Ils veulent des équipes stables, directement impliquées, capables de décider vite, de s’adapter aux réalités locales et de porter personnellement les dossiers.

Ce mouvement crée un vide sur le marché, notamment pour des opérations nécessitant une grande connaissance des enjeux locaux combinée à une bonne compréhension des contextes internationaux.

F. de S. Ce retrait partiel des Big Four démontre que les modèles économiques lourds, uniformisés et centralisés sont moins adaptés aux réalités africaines. Il vient selon nous valider l’approche que nous avons adoptée il y a dix ans, quand nous avons créé l’équipe Afrique : une équipe senior, resserrée, agile, travaillant avec les meilleurs experts nationaux, capable d’offrir un service sur mesure.

Un mot pour conclure : comment souhaitez- vous faire évoluer l’offre Afrique en 2026 ?

F de S. Dans un environnement africain de plus en plus exigeant, notre ambition principale n’est pas de croître en volume, mais en pertinence : intervenir là où la complexité est réelle, là où l’enjeu stratégique est fort, et là où le savoir-faire senior fait réellement la différence. Nous allons continuer à renforcer nos compétences et notre réseau d’experts nationaux dans de nouvelles juridictions et sur de nouveaux secteurs, comme l’IA, les cryptoactifs, la fintech, la santé ou encore les industries culturelles.

Notre priorité reste inchangée : préserver un modèle agile, senior et extrêmement connecté au terrain.

Propos recueillis par la rédaction