Avocate pénaliste de renom, Julia Minkowski a passé l’ensemble de sa carrière au sein du cabinet Temime. Il y a an, elle a posé sa plaque. Pour Décideurs Juridiques, elle revient sur l’origine de Minkowski & Partners.

Quelle est la genèse de Minkowski & Partners ?

Après près de vingt ans d’exercice, il m’est apparu nécessaire de construire une structure à la fois agile et engagée, tournée vers l’intensification de la technicité des matières en pénal des affaires et vers l’international. Indépendante, capable de répondre à l’évolution du contentieux pénal et notamment au rôle accru de l’avocat préalablement au procès. Minkowski & Partners n’est pas une reproduction d’un modèle de boutique pénale existant, mais une volonté de le faire évoluer dans un environnement qui est dopé par l’intelligence artificielle : plus stratégique.

Comment définiriez-vous aujourd’hui votre positionnement ?

Nous sommes un cabinet de droit pénal, avec une dominante affirmée en droit pénal des affaires et en contentieux complexe. Mais au-delà des catégories, ce sont les situations que nous traitons qui nous définissent : des dossiers à forts enjeux, où le judiciaire ne peut être dissocié de ses implications économiques et réputationnelles. Nous revendiquons un positionnement de boutique spécialisée, assumant une sélection des dossiers et un haut niveau d’exigence dans leur traitement.

Aujourd’hui, grâce à l’intelligence artificielle dans laquelle nous avons investi, nous sommes en mesure de traiter les mêmes dossiers que les équipes de pénal des affaires des cabinets aux effectifs pléthoriques. C’est une véritable révolution pour les boutiques comme les nôtres !

Quelle est la composition de l’équipe ?

J’ai fondé le cabinet avec deux avocats pénalistes, forts de dix années d’expérience. Benjamin Bohbot et Éléonore Heftler-Louiche. Nos profils sont complémentaires. Benjamin Bohbot, ancien secrétaire de la Conférence, a une forte culture de l’audience, ce qui est un grand atout pour le pénal financier. Éléonore Heftler-Louiche intervient avec une grande précision dans des procédures longues et techniques, auxquelles elle s’est confrontée dans les trois cabinets où elle a travaillé précédemment.

Autour de ce noyau, des collaborateurs et avocats partenaires interviennent selon les besoins des dossiers, dans une logique de souplesse maîtrisée plutôt que d’expansion structurelle. Nous accueillons désormais une avocate fiscaliste, Clara Ferrari, forte de quinze années d’expérience chez Auguste Debouzy, qui vient renforcer notre pratique de pénal fiscal aux côtés de Jade Radix Hess.

Quels types de clients accompagnez-vous ?

Nous intervenons pour des dirigeants, des entreprises, des personnalités publiques, des institutions, mais aussi des particuliers confrontés à des situations pénales sensibles. Les secteurs sont variés – finance, politique, médias, sport, santé – mais les problématiques convergent : exposition médiatique, complexité procédurale, enjeux réputationnels. Notre rôle consiste précisément à articuler ces dimensions.

Quelles sont vos principales activités ?

Notre activité est d’abord contentieuse. Nous intervenons à tous les stades de la procédure pénale, de l’enquête jusqu’au jugement. Mais nous attachons une importance particulière aux phases initiales, où se construisent les équilibres du dossier.

Nous développons une activité de conseil en prévention du risque pénal : accompagnement des dirigeants, dispositifs de conformité, gestion d’alertes internes. Les enquêtes internes constituent à cet égard un prolongement naturel de notre pratique, mobilisant les mêmes exigences de rigueur et de discrétion.

Quelle place occupe l’international dans votre pratique ?

Elle est désormais structurelle. De nombreux dossiers impliquent plusieurs juridictions ou autorités. Nous intervenons ainsi en matière d’extradition, de sanctions ou de contentieux transnationaux, en coordination avec un réseau de correspondants étrangers. Cela suppose une capacité à maintenir une cohérence stratégique dans des environnements juridiques hétérogènes. Nous avons un partenariat avec un cabinet britannique et un avocat inscrit au barreau de New York, ainsi que des relations privilégiées avec des cabinets à Monaco, Genève, Luxembourg ou Milan, pour l’heure.

Vous insistez sur la dimension médiatique des dossiers. Comment l’intégrez-vous ?

Le contentieux pénal contemporain ne se joue plus uniquement dans le cadre judiciaire. Il se déploie aussi dans l’espace public, avec des effets immédiats. Nous intégrons donc cette dimension dès l’origine, en articulant stratégie juridique et communication de crise, afin de préserver la présomption d’innocence et de limiter l’impact réputationnel. Cette approche n’est pas accessoire : elle est indissociable de la défense.

Quelle est votre conception de la défense pénale ?

Elle est à la fois technique et stratégique. Il ne s’agit pas seulement de maîtriser les règles de procédure, mais de construire une ligne de défense cohérente, adaptée aux enjeux du dossier et à son environnement. Cela implique d’anticiper, de décider, parfois d’adopter des stratégies offensives. L’avocat ne peut se contenter de suivre la procédure : il doit en être un acteur.

Quelles valeurs structurent le cabinet ?

Exigence, réactivité, pugnacité et disponibilité. Ce sont des principes opérationnels. Nous assumons une implication personnelle forte dans les dossiers et une relation directe avec les clients. La confiance se construit dans la durée, mais elle repose d’abord sur la qualité de l’engagement.

Quelle vision portez-vous sur l’évolution de la profession ?

Le métier d’avocat pénaliste s’est profondément transformé. Les dossiers sont plus techniques, plus internationaux, plus exposés. L’avocat doit aujourd’hui être à la fois juriste, stratège et, dans certains cas, gestionnaire de crise. Cela appelle des structures plus spécialisées, plus agiles, capables de s’inscrire dans des environnements complexes.

Quel est, en définitive, le projet de Minkowski & Partners ?

Construire une structure indépendante, durable, capable de traiter des dossiers complexes avec un haut niveau d’exigence, sans renoncer à ce qui fait l’essence de la défense pénale : l’engagement et la rigueur. Notre ambition n’est pas de croître pour croître, mais de consolider un positionnement lisible et exigeant, en phase avec les transformations du droit pénal contemporain.