En 2024, 406 associés ont changé de cabinet d’après le baromètre publié par PwC, contre 426 en 2023, l’année record. La parité semble également gagner du terrain au sein des cabinets d’affaires avec une part de femmes se rapprochant petit à petit des 50 %. Pour ce qui est de l’évolution des différents secteurs, le M&A/corporate reste celui qui cumule le plus de mouvements.

Quel est le nombre d’avocats ayant changé de maison en 2024 ? Dans son baromètre, le cabinet PwC recense 406 mouvements d’associés dans les cabinets d’avocats d’affaires. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2023 et ses 426 associés, qui confirme le pallier des 400 mouvements annuels, souligne le rapport.

Part belle aux cabinets de niche et nouvelles structures

Ces 406 associés se répartissent dans 188 cabinets. La moyenne est 2,1 nouveaux associés par cabinet, la médaille d’or revenant à la maison ayant attiré 27 associés.

En revanche, la mobilité interne ne semble pas être le moyen privilégié pour devenir associé : si 58 % des avocats changent de cabinet en étant déjà associé, 39 % des collaborateurs sont promus en se dirigeant vers une autre boutique, soit 6 points de plus que l’année dernière. La progression de ce chiffre illustre le fait qu’il devient de plus en plus difficile de devenir associé en restant au sein du même cabinet, ce qui était beaucoup moins vrai auparavant : en 2006, les mouvements concernaient 63 % d’avocats déjà associés et 22 % de collaborateurs.

Autre point à souligner concernant la mobilité externe des avocats collaborateurs : pour espérer gravir les échelons et accéder au convoité statut d’associé, mieux vaut opter pour un jeune cabinet. En 2024, 48 % des collaborateurs ayant changé d'enseigne au profit d'un cabinet créé il y a quatre ans ou moins y sont entrés en tant qu'associés, un chiffre équivalent à celui de 2023. À l'inverse, les enseignes historiques ne sont que 25 % à avoir été rejoint par des collaborateurs devenant associés dans la foulée. 

En 2024, 23 % des mouvements se sont faits en direction des boutiques de niche, un chiffre dans la moyenne haute. D’après PwC, ce regain d’intérêt pour des cabinets ultraspécialisés s’explique notamment par l’émergence de l’IA générative : “Avec l’IA Générative, les clients pourraient réinternaliser jusqu’à 30 % des sujets autrefois externalisés à cause du manque de temps et de bande passante”, explique Jérôme Rusak, associé PwC Legal Business Solutions, chargé du baromètre depuis 2006.

Mobilité des hommes et des femmes : bientôt 50/50 ?

Jamais, depuis 2006, la part de femmes chez les associés n’a été aussi élevée : 47 % des nominations ont concerné les avocates, 2024 marquant ainsi une année record. Si cette tendance se poursuit, la parité pourrait être atteinte à partir de 2028 ”, indique le rapport. Côté promotion par la mobilité externe, les données sont également en faveur des femmes : 53 % des collaboratrices sont devenues associées en changeant de cabinet contre 47 % des collaborateurs hommes.

Cette progression s’explique par une prise de conscience sociétale qui se traduit par des politiques d’inclusion et d’égalité au sein des cabinets, avec en première ligne l’enjeu de la maternité. En 2013, une enquête réalisée auprès des avocates du barreau de Paris révélait que “83 % des femmes estimaient qu’une grossesse avait un impact sur leur carrière et 25 % à 30 % d’entre elles constataient qu’il ne serait jamais résorbé. Une enquête de l’ACE [Association des avocats conseils d’entreprises, ndlr] de 2017 démontrera plus tard que les choses n’ont pas vraiment changé depuis les années 2010”, selon Valérie Duez-Ruff, avocate en droit du travail, ancienne membre du Conseil de l’Ordre et fondatrice de l’association Moms à la barre.

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Cette progression en faveur de la mobilité des femmes mérite toutefois d’être nuancée : en 2022, 57 % des avocats étaient des avocates, mais seules 35 % d’entre elles étaient associées. Si de nombreux cabinets affichent une politique égalitaire, peu sont ceux qui comptent autant d’associés hommes que femmes.

Le corporate/M&A toujours en première ligne

Avec 17 % des mouvements et comme l’année dernière, ce sont les associés des départements M&A et corporate qui bougent le plus confirme le baromètre, juste devant le droit social (14 %) et le contentieux (13 %).

Le droit pénal des affaires, le droit international et les problématiques ESG et RSE ne sont pas en reste et enregistrent cette année leur record de mouvements d’associés avec respectivement 45, 15 et 5 nominations. Ces données reflètent les préoccupations croissantes des acteurs économiques en matière de lutte contre la corruption et la fraude fiscale, gouvernance et environnement et complexification des relations internationales.

Ce qu’il faut retenir du baromètre ? L’avocat qui change de cabinet est plutôt un homme, déjà associé en corporate/M&A dans un cabinet bien implanté sur le marché. Les néo-associés optent quant à eux davantage pour des boutiques dynamiques. Et pour la parité, on y est presque.

Ilona Petit