La procureure générale des États-Unis quitte son poste, poussée vers la sortie par le président américain. Trumpiste convaincue, Pam Bondi est renvoyée du ministère de la Justice en raison de sa « mauvaise gestion » de l’affaire Epstein et de son incapacité à écarter les rivaux de Trump.

Pam Bondi n’aura pas tenu longtemps au sein de l’administration Trump. Fidèle du président américain, elle est nommée procureure générale des États-Unis le 5 avril 2025 et vient d’être renvoyée de ses fonctions par Donald Trump, qui invoque pour justifier sa décision la « mauvaise gestion du dossier Epstein » de la ministre et son incapacité à évincer les opposants politiques du président américain.

Trump impose sa ligne, Bondi écartée

« Pam Bondi est une grande patriote américaine et une amie fidèle, qui a servi avec dévouement comme procureure générale au cours de l’année écoulée. Pam a accompli un travail remarquable en supervisant une vaste opération de lutte contre la criminalité à travers le pays, le nombre d’homicides ayant chuté à son plus bas niveau depuis 1900 », salue tout de même Trump sur Truth social.

Ancienne procureure de Floride, Pam Bondi a aussi défendu Trump en 2020 lors de sa procédure de destruction. En sa qualité d’avocate, elle a « pourtant passé quatorze mois à céder à toutes les demandes de son patron », relate Libération. Un engagement qui « n’a pas suffi » s’accordent à dire plusieurs médias.

 Lire aussi  Gouvernement Trump : une justice vengeresse avec la nomination de Matt Gaetz

L’affaire Epstein qui fait tomber une ministre

Parmi les dossiers qui auraient coûté sa place à Pam Bondi, il y a l’épineuse affaire du réseau pédocriminel d’Epstein. Dans les tuyaux de la justice américaine depuis près de vingt ans l’affaire visait le financier Jeffrey Epstein, accusé d’avoir mis en place un vaste trafic sexuel de jeunes filles mineures. En 2008, il est une première fois incarcéré, après avoir obtenu une réduction de sa peine grâce à un accord controversé avec la justice de Floride. Rebondissement en 2019 après l’arrestation de Jeffrey Epstein dans le cadre de la même affaire : l’homme d’affaires est retrouvé mort dans sa cellule avant d’avoir été jugé. Depuis, les révélations explosent et éclaboussent une grande partie de la haute sphère américaine. Pam Bondi aurait voulu « trop » bien faire, assurant lors d’une interview sur Fox News avoir « la liste » des complices d’Epstein « posée sur [s] on bureau », avant de rétropédaler quelques mois plus tard, assurant que cette liste n’existait pas, explique Libération.

Ce retournement de veste aurait coûté beaucoup au ministère de la Justice de Trump, accusé par la suite de manque de transparence. En novembre 2025, le parlement vote une loi, à la quasi-unanimité de la Chambre des représentants, pour que tous les documents liés à l’affaire Epstein soient révélés. Pam Bondi s’exécute mais « avec beaucoup de retard ». Et de censures, officiellement pour protéger les victimes, officieusement pour mettre à l’abri des noms qui pourraient compromettre une partie de l’entourage de Trump.

Accusée par plusieurs démocrates « d’étouffer » l’affaire Epstein, Pam Bondi a été convoquée plusieurs fois aux Congrès pour s’expliquer. « Vous ne montrez pas beaucoup d’intérêt pour les victimes, madame la ministre de la Justice, qu’il s’agisse de celles du réseau d’exploitation [de Jeffrey] Epstein ou de la violence gouvernementale meurtrière contre des citoyens américains à Minneapolis », raillait Jamie Raskin, principal membre démocrate de la commission judiciaire de la Chambre des représentants. « Vous avez transformé le ministère de la Justice au service du peuple en instrument de vengeance de Trump. Trump commande des inculpations comme il commanderait des pizzas, et vous vous exécutez », fustigeait-il encore.

Pam Bondi ou la « ministre de la Justice la plus corrompue de l’histoire américaine moderne »

Autre point qui a attiré « la frustration » de Trump et conduit au renvoi de la procureure : l’échec de Pam Bondi à éliminer tous les opposants du président américain. Elle s’y est pourtant attelée, rompant avec l’indépendance de la justice vis-à-vis de la Maison-Blanche, renvoyant tous les juges et avocats qui ont participé à des procédures contre Trump dès sa prise de fonction. En interne, la procureure a même demandé aux avocats sous ses ordres de refuser des affaires qui risquaient d’aller à l’encontre des intérêts de Trump. Pourtant, en septembre, le président américain ne cachait pas son agacement : il reprochait notamment à « Pam » de ne pas accélérer la mise en accusation de plusieurs rivaux, parmi lesquels l’ancien chef du FBI James Comey et la procureure new-yorkaise Letitia James. Une fois de plus, la ministre s’est pourtant exécuté face aux menaces de son patron et ami, faisant inculper ces deux opposants. Elle a également ouvert plusieurs enquêtes contre d’autres ennemis désignés de Trump – l’ancien directeur de la CIA John Brennan, le patron de la Réserve fédérale Jerome Powell, ou encore un groupe de six élus démocrates qui avaient appelé les militaires à refuser d’obéir à des ordres illégaux – sans succès face à l’absence d’éléments probants devant les tribunaux.

 Lire aussi  États-Unis : des avocats dans le viseur de Donald Trump

Qualifiée de « ministre de la Justice la plus corrompue de l’histoire américaine moderne » par Hakeem Jeffries, le chef des démocrates à la Chambre des représentants, Pam Bondi quitte le ministère de la Justice et rejoindra prochainement « un nouveau poste important dans le secteur privé », indique Donald Trump.

L’ex-ministre ne semble pas rancunière : Pam Bondi a remercié le président de lui avoir confié ce poste qui a été « l’honneur d’une vie » et affirme qu’elle continuera de « se battre pour le président Trump et cette administration ».

Le prochain ministre déjà aux ordres ?

En attendant le nom du prochain ministre de la Justice, c’est Todd Blanche, numéro 2 au ministère et également ex-avocat de Trump, qui assurera la fonction par intérim. D’après les médias américains, il se pourrait que Lee Zeldin succède à Pam Bondi.

Le responsable de l’Agence de protection de l’environnement est notamment bien connu pour sa politique de dérégulation environnementale massive. Lee Zeldin a récemment participé à l’abrogation d’un pilier central de la politique climatique américaine en place depuis 2009, l’« endangerment finding ». Cette déclaration gouvernementale concluait que le dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre mettaient en danger la santé et le bien-être publics et constituaient « le fondement juridique de la quasi-totalité des réglementations climatiques prises au titre du Clean Air Act pour les véhicules, les centrales électriques et d’autres sources de pollution qui réchauffent la planète », rapporte Euronews. L’abrogation de cette règle « sera la plus vaste opération de déréglementation de l’histoire américaine et elle fera économiser 1 300 milliards de dollars aux Américains en les débarrassant de réglementations écrasantes », déclarait la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt.

Chuck Schumer, chef des démocrates au Sénat, ne parie pas cher sur le futur ministère : « Tant qu’il continuera à utiliser le ministère de la Justice comme un outil de vengeance plutôt que comme un organe chargé de faire respecter la loi, la dissimulation des dossiers Epstein ainsi que les innombrables autres problèmes au sein du ministère perdureront. »

« Mais la pourriture au sein du ministère de la Justice commence et finit avec Donald Trump », conclut-il. Affaire à suivre.

 Lire aussi    « Donald Trump contre la loi » ou les liaisons dangereuses du président américain avec le droit

 Lire aussi  Qui sont les avocats et les cabinets derrière les partis américains ?

Ilona Petit