Pic de 406 mouvements d’associés, plus de femmes et davantage de spécialisation… L'année 2024 est marquée par les grandes transformations de la profession d'avocat. Mais les marges de progression n'ont pas disparu. Seuls 17 sur 128 cabinets répondants parviennent à la parité au sein du board d'associés.

Selon le baromètre des mouvements d'associés dans les cabinets d’avocats d’affaires en France de PwC, qui confirme les données collectées par Décideurs Juridiques grâce à sa veille du mercato des avocats, l’année 2024 a été le théâtre de 406 mouvements d’associés. C’est la deuxième année record, derrière 2023 (426), depuis la création de l’outil de mesure par le cabinet de conseil. Dix ans auparavant, PwC n’avait enregistré que 210 transferts d’avocats. Les flux de robes noires ont connu un pic d’accélération juste avant la pandémie de Covid, en atteignant les 340 mouvements en 2019. Un niveau jamais atteint depuis le début des années deux mille.

On note dans les changements de cabinets opérés entre 2023 et 2024 des têtes connues : Kami Haeri, Alexandre Kiabski et leur équipe, partis chez White & Case ; Emmanuelle Brunelle chez Quinn Emanuel après un passage rapide chez DTMV, ou encore Emmanuel Marsigny chez Skadden. Fin 2023, Stephenson Harwood a attiré un magistrat du Parquet national financier, Vincent Filhol, pour parachever la construction de sa pratique éthique, investigations, défense (EID). Raccord avec l’augmentation des enquêtes internes. Alerion Avocats s’est doté d’un département data publique. Paul Hastings a renouvelé son équipe en restructuring, une année où la France connaît un rebond des restructurations. Sans oublier l’arrivée en son sein de l’intégralité du cabinet d’Antonin Lévy qui cherchait un appui pour développer ses dossiers à l’international.

Les femmes en mouvement

En 2024, les mouvements d’associés ont concerné 188 cabinets : 53 % de ces mouvements portaient des femmes du statut de collaboratrices à celui d’associées. Là encore, c’est une première et un signal très positif pour la profession souvent décriée pour l’absence de la gent féminine aux postes clefs.

Sur les 150 cabinets qui ont répondu à l’enquête du Décideurs 100, 128 ont accepté de nous renseigner sur la répartition hommes/femmes de leurs effectifs. En moyenne, le pourcentage de femmes associées au sein de ces cabinets tourne autour de 35,7 %, un chiffre loin de la parité. Seule une poignée de cabinets (17), dépasse le taux de 50 % de femmes associées.

Avec ses 4 femmes associées pour 1 homme associé, Everlaw & Tax s’inscrit en champion de la parité. Viennent ensuite GGV et Wilhelm & Associés, dont les trois quarts des associés sont des femmes. La taille de la structure semble jouer : parmi les 17 cabinets détenant une majorité de femmes associées, seuls trois d’entre eux (Squair, TGS France et Flichy Grangé) dépassent les 20 associés.

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Seuls 12 cabinets ont atteint la parité parfaite. Et 74,22 % des cabinets qui ont répondu à l’enquête comptent plus d’associés que d’associées, contre seulement 9,38 % d’enseignes à connaître la situation inverse. Du chemin reste donc à faire malgré des signes encourageants.

Le M&A, toujours en en vogue

Place à la nouveauté : 48 % des promotions externes (collaborateurs devenant associés) se sont faites vers un cabinet créé entre 2021 et 2024. Cette réalité traduit le dynamisme des jeunes pousses et, peut-être, un ralentissement des promotions d’associés dans les structures historiques. Les associés qui ont le plus la bougeotte se trouvent dans les départements M&A et corporate, juste devant le droit social (14 %) et le contentieux (13 %).

C’est d’ailleurs le M&A qui collectionne de jolies opérations réalisées en 2024. Parmi elles, le rachat de Bolloré Logistics par CMA CGM pour 4,6 milliards d’euros, l’acquisition de Neoen par Brookfield pour 6 milliards d’euros ou encore celle d’AXA IM par BNP Paribas pour 5,8 milliards d’euros. Les équipes corporate de plusieurs cabinets américains ont planché sur ces deals, notamment celles de Willkie Farr & Gallagher, Clifford Chance ou encore Freshfields.

Le droit pénal des affaires enregistre quant à lui 45 mouvements, signe de la montée des préoccupations des acteurs économiques face à la politique pénale économique. En tête des dossiers emblématiques de 2024 en la matière, on trouve le procès sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et celui des assistants parlementaires du RN. Des affaires qui ne relèvent pas du champ économique mais dont le retentissement sur la scène médiatique a de quoi raviver la peur du gendarme. Autres signes pouvant expliquer ce regain d’intérêt pour la matière, le niveau record atteint par les droits et pénalités notifiées par l’administration fiscale qui ont représenté 16,7 milliards d’euros en 2024. Et l’augmentation relayée régulièrement par les acteurs du secteur des poursuites pénales engagées depuis la levée en 2018 du verrou de Bercy*.

À la frontière du droit pénal des affaires, le devoir de vigilance, et autres problématiques ESG, ainsi que la compliance se font une place de choix au sein des cabinets. L’année 2024 a notamment vu naître le cabinet De Cambiaire Meziani & Associés. Fondée par François de Cambiaire, ancien associé chez Seattle, et Lydia Meziani, ex-directrice juridique de Nestlé, la boutique met son savoir-faire au service des droits humains, mêlant éthique et droit pénal des affaires. Une tendance qui pourrait connaître un reflux en 2025, année dont la première moitié a été marquée par l’élection de Donald Trump, moteur d’un net recul des ambitions européennes en la matière**.

La niche a la cote

Autre élément notable : 23 % des mouvements ont profité à des cabinets de niche, en tête, ceux de droit social, de droit pénal et de contentieux. Preuve que la structuration du marché par ultra-spécialisation suit son cours donc. Selon Jérôme Rusak, associé au sein de PwC Legal Business Solutions et qui pilote l’enquête de PwC, l’intelligence artificielle générative amplifierait le phénomène. Il estime que les clients des avocats (les directions juridiques) ont, grâce à l’IAG, la capacité d’internaliser 30 % des sujets confiés traditionnellement aux cabinets d’affaires. « Sur le top 100 des cabinets d’avocats d’affaires en France, cela représenterait 1,4 milliard d’euros potentiellement », anticipe-t-il.

Même son de cloche de l’autre côté de la Manche. Dans une enquête annuelle*** publiée le 9 juillet dernier menée auprès de plus de 2 200 professionnels du droit, de la fiscalité, des risques, ou de la conformité à l’échelle mondiale, l’agence de presse Thomson Reuters indiquait que les personnes interrogées évaluaient à douze heures par semaine le gain de temps offert par l’IA, soit 200 heures par an. Et de conclure que, pour un avocat américain, cela pourrait se traduire par environ 100 000 dollars d'heures facturables supplémentaires.

Explosion du chiffre d’affaires ou au contraire diminution de volume des missions confiées aux cabinets d’affaires, renforcement de l’hyperspécialisation de la profession… Rendez-vous l’année prochaine pour l’édition 2026 de notre dossier spécial pour évaluer les effets de l’IA sur la productivité des cabinets d’avocats de France et de Navarre ! 

 

Anne-Laure Blouin & Ilona Petit  

 

* Le rapport d'information du Sénat remis le 25 octobre 2022 estime que la réforme du verrou de Bercy est à l'origine d'un quasi-doublement des dossiers de fraude fiscale transmis au Parquet.
** Voir notamment l'article « Trump vient-il de mettre fin à la compliance ?»de l'avocat et internationaliste Laurent Cohen-Tanugi dans Le Grand Continent.
*** Le rapport 2024 Future of Professionals. 
 
 

 

 

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