Où qu’elle aille, Éléonore Gaspar conserve son authenticité. Nul besoin d’artifices pour cette spécialiste des enjeux de propriété intellectuelle dans le secteur audiovisuel qui rayonne par sa sincérité.
Éléonore Gaspar, derrière la caméra
Avocate de renom, collectionneuse d’art passionnée et grande sportive à ses heures perdues, Éléonore Gaspar s’épanouit aussi bien à la barre, dans les galeries d’exposition qu’en pleine nature. Si bien que son naturel décomplexé cristallise une personnalité unique.
Plan séquence
Si vous vous demandez pourquoi Éléonore Gaspar a choisi la faculté de droit, la réponse tient en une phrase : « Mon père m’y a inscrite, la passion est venue ensuite. » Alors qu’elle s’imagine plutôt journaliste, elle s’aperçoit que « beaucoup de choses recoupent l’avocature, à commencer par la nécessité de se documenter, l’esprit de synthèse, savoir rédiger et surtout expliquer et convaincre ». À cheval entre les « univers si différents » d’un cursus de droit à Assas et d’une licence d’italien à la Sorbonne Nouvelle, elle songe à devenir commissaire-priseur ou encore à exercer au sein d’une société de production. Des ambitions qui la mènent tout droit dans les studios de Canal+, pour ses premiers stages, avant d’intégrer Duclos Thorne Mollet-Viéville & Associés (DTMV), un as en matière d’audiovisuel. Près de trois décennies plus tard et une association décrochée à 32 ans seulement, Éléonore Gaspar n’a pas quitté le navire. Il faut dire que DTMV lui colle à la peau : « J’ai eu la chance d’entrer dans une structure où l’excellence prime et rime avec des valeurs morales et humaines. » Le cabinet est réputé pour sa clientèle de majors du cinéma américain dont la notoriété pourrait faire tourner la tête à plus d’un avocat. Éléonore Gaspar, elle, reste alignée avec elle-même.
Nature peinture
Le prestige, la réputation, l’avocate n’en a que faire. Comme elle le dit si bien, « il est important d’avoir le courage d’être soi-même ». Pas de fioritures, tant dans ses actes que dans ses lieux de prédilection ou sa façon de s’habiller. D’ailleurs, vêtue d’une veste et d’un jean noirs, elle dit d’elle-même qu’elle est « à [son] max ». Simple et authentique. Tout comme le lieu où elle nous a donné rendez-vous, le club we are, où les soirs de spectacle succèdent aux expositions et autres débats d’idées. L’art, c’est justement ce qui passionne Éléonore Gaspar : « J’aime quand les artistes ne sont pas encore trop connus, c’est un plaisir tout particulier de dénicher des talents. » Chez elle, photographies et œuvres de street art d’artistes tels que Miss Tic, Jo Di Bona, Hom Nguyen ou Seaty règnent en maîtres.
Un goût pour l’art et la culture qu’elle s’est efforcée de transmettre à son fils. « Quand il était petit, j’insistais pour qu’il choisisse ses œuvres lui-même afin de susciter son intérêt », confie-t-elle. L’une de ses plus grandes fiertés ? Le jour où il s’est rendu compte qu’il n’avait pas « une maman avec les derniers sacs tendance ou une voiture de luxe », mais qu’avec elle, il avait « voyagé, assisté à des spectacles, découvert des expériences et goûté de nouvelles saveurs ».
« Je suis capable de faire “le good cop et le bad cop” en même temps »
Pour Éléonore Gaspar, c’est dans les moments qu’elle a passés en Guadeloupe auprès de son grand-père hôtelier qu’elle a affûté son « indépendance, [son] ouverture d’esprit et renforcé [son] adaptabilité ». Les Antilles françaises, elle a l’impression d’y avoir grandi. « On reconnaît les insulaires à la liberté de vivre qu’ils ont, peut-être plus en harmonie avec la nature. »
Parler de son enfance lui donne l’occasion de charrier son lot d’observations : « Je pense que ce que nos parents et grands-parents ont vécu s’inscrit plus profondément en nous qu’on ne le croit. » Et d’ajouter : « Je ne pourrais que conseiller aux plus jeunes de les questionner pour connaître leur histoire, désacraliser la pudeur de ces générations et voir la restitution comme un enrichissement. » À bien y réfléchir, elle estime que c’est probablement grâce au vécu de son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale qu’elle a enseigné à son fils à « ne pas obéir sans réfléchir » pour forger « son libre arbitre et être toujours en accord avec ce qu’il fait ».
Jouer franc-jeu
Prendre des décisions éclairées, voilà la marche à suivre dans son métier. « Agir avec respect et déontologie est la meilleure recette qui soit donnée pour assurer des relations agréables et constructives avec le client, les confrères et les magistrats, affirme-t-elle. Le contentieux est assez chargé d’émotions pour y ajouter de l’agressivité inutile. » D’ailleurs, « savoir négocier en souriant est toujours utile, je suis capable de faire “le good cop et le bad cop” en même temps. Pour être un bon avocat, il faut travailler continuellement, connaître ses dossiers ainsi que leurs forces et faiblesses juridiques et garder son honnêteté intellectuelle… Mais cela ne chasse pas ce petit stress avant de plaider. »
On décèle de la franchise et un intérêt particulier pour le collectif chez l’avocate. Des valeurs qu’elle a notamment portées à l’AIPPI (Association internationale pour la protection de la propriété intellectuelle) en qualité de présidente pour la France de 2017 à 2020 et de présidente du comité Marques dix années durant. Preuve en est aussi : les nombreux sports qu’elle pratique (ski, escalade, randonnée ou encore parachutisme). De quoi se gorger d’adrénaline au plus près de la nature. Pourtant, Éléonore Gaspar insiste : « Je ne suis pas une grande sportive. » Le free fly, c’est avant tout « une chorégraphie, un mélange d’entraînement, de précision et de liberté pour voler et jouer avec l’air », dit celle qui compte à son actif quelque 1 250 sauts en parachute et une centaine d’heures en soufflerie. En toute simplicité.
Léa Pierre-Joseph
À lire aussi Le dossier intégral des portraits de l'Élite 2025


