Faire du droit social une arme stratégique au service des salariés. C’est le parti pris de Marlone Zard, fondateur du cabinet Howard Avocats, qui développe une pratique offensive du contentieux et de la négociation dans un univers encore dominé par la défense des employeurs.
Marlone Zard, l’envers du décor
Fils d’un entrepreneur du secteur du packaging textile et d’une mère employée chez Air France, l’avocat Marlone Zard grandit à Fontenay-sous-Bois. Loin d’être une évidence familiale, le droit n’éveille pas en lui de vocation précoce. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il suit une trajectoire aussi singulière, entre les planches – il est amateur de théâtre – et la barre.
En attendant Macron
Marlone Zard, qui étudie à la Sorbonne et à Dauphine avant de rejoindre l’Edhec, ne correspond guère au portrait de l’élève modèle. Cet esprit vif, au sens aigu de la répartie, manifeste un goût prononcé pour l’humour et la scène. Il cultive déjà une aisance relationnelle qui fait aujourd’hui sa force au prétoire. Le théâtre et le droit l’attirent alors tout autant : comédien formé au Cours Florent, il est convaincu que la plaidoirie reste une forme de représentation.
Ses débuts professionnels n’ont pas grand-chose à voir avec le droit social qui fera plus tard sa renommée. Il commence sa carrière en fusions-acquisitions au sein d’un grand cabinet dont le rythme est aussi soutenu que les exigences élevées. L’expérience est formatrice, mais l’écart entre la technicité du travail et le sens qu’il y trouve se creuse fatalement. À l’épuisement progressif s’ajoute une prise de conscience renforcée par le couperet des ordonnances Macron de 2017 et de la « barémisation » des indemnités prud’homales. Aux yeux du jeune avocat, le salarié devient une ligne provisionnée dans un compte de résultat et le licenciement un risque chiffré à l’avance. C’est à ce moment précis qu’il change naturellement de camp.
Défendre les salariés devient alors moins un exercice juridique qu’une manière de rappeler que le travail doit dessiner un horizon autre que la simple survie
Ce n’est pas par posture idéologique, mais par conviction professionnelle qu’il décide de créer un cabinet capable d’offrir aux salariés une défense d’un niveau équivalent à celle dont disposent les employeurs. Une structure organisée, exigeante et dotée de moyens suffisants pour assurer son ambition : lutter à armes égales contre les grands cabinets de droit social patronal. Ainsi naît Howard Avocats, pensé comme une école de combat juridique et un projet entrepreneurial à part entière.
Ce projet, inspiré par une mystérieuse rencontre aux prud’hommes, Marlone Zard le conçoit comme une œuvre collective. La boutique croît rapidement, les dossiers sont nombreux. L’avocat voit sa réputation le précéder, portée par la qualité des écritures produites par son équipe, la rigueur des stratégies adoptées et la capacité à négocier sans passion inutile. Le regard souvent espiègle, il aime rappeler que son rôle consiste d’abord à désamorcer les conflits pour mieux les résoudre. Humaniser donc, mais sans affaiblir.
Le style de Marlone Zard tranche avec les représentations classiques de l’avocat combattant. L’acteur refuse la dramatisation excessive, tout en assumant une défense ferme. Sa règle est simple, même s’il reconnaît volontiers avoir parfois du mal à la suivre : ne jamais laisser un dossier empiéter sur sa vie personnelle. Aussi violent qu’il puisse être, le travail ne doit pas tout envahir. Un point de vigilance essentiel dans un métier sur lequel plane souvent la menace de l’usure psychique.
On ne badine pas avec les autres
Marlone Zard s’est découvert un goût prononcé pour le management. Il délègue, structure et organise, tout en assurant la supervision stratégique des dossiers. Transmettre s’avère être pour lui une source de fierté aussi vive que les victoires judiciaires : il ambitionne d’ouvrir le capital de son cabinet aux collaborateurs historiques, avec la conviction que sa réussite se mesure également à sa capacité à partager.
Engagé, lucide, il porte un regard critique sur le marché du travail contemporain. Les salaires insuffisants, la précarisation du CDI ainsi que le déséquilibre entre coût du travail et rémunération réelle lui semblent définir les contours d’un environnement économique et social appauvri. Défendre les salariés devient alors moins un exercice juridique qu’une manière de rappeler que le travail doit dessiner un horizon autre que la simple survie.
À l’heure où Howard Avocats s’impose comme l’un des cabinets de référence en droit du travail côté salariés, Marlone Zard demeure fidèle à lui-même. Peu sensible à la notoriété, il reste attaché à ses principes : rigueur, engagement et loyauté professionnelle. Pour lui, assurer la relève du barreau n’est pas seulement une question de maîtrise technique, mais aussi dans la capacité à tenir une ligne. Même – et peut-être surtout – quand elle oblige à aller à contre-courant.
Cem Algul


