Né en Allemagne, Dominik Eisenhut a passé plus de quinze ans au sein d’Airbus, fleuron de l’aéronautique européenne. Au 1er décembre 2025, il a endossé les fonctions de general counsel et membre du comité exécutif de la division défense et espace de l’entreprise aérospatiale à Munich. Il est par ailleurs responsable des juristes de l'ensemble de la division dans le monde.
Dominik Eisenhut, en plein vol
Dominik Eisenhut, c’est un peu le juriste qui coche toutes les cases. Trilingue, docteur en droit et avocat, il étudie le droit à Fribourg, apprend le français à l’école – qu’il parle avec un accent à peine perceptible – puis passe le barreau à Munich. Il parfait son parcours lors d’un séjour à Londres et obtient LL.M en droit international public.
Europhile assumé
De retour à l’université, il commence à écrire sa thèse sur la coopération dans le domaine de la défense du point de vue du droit européen. C’est là qu’il fait la connaissance des équipes d’Airbus. « J’ai trouvé l’esprit de cette entreprise d’ADN européen hyper intéressant », explique-t-il.
Son doctorat en poche, il décide de poursuivre sa carrière en cabinet à Londres puis à Munich. Un beau jour, il est contacté par le constructeur européen avec qui il a gardé de bonnes relations. Il démarre l’aventure en 2011 en tant que juriste pour les contrats d’exportation. Une expérience « exotique » qui s'avère très enrichissante. Il passe ensuite quelques années au sein du département litiges enquêtes et compliance avant de se confronter à un challenge de taille en 2019 : il monte l’équipe consacrée à Scaf, un « système de combat aérien du futur ». Copiloté par Airbus et Dassault, le projet constitue un sacré défi et a nécessité la collaboration des deux entreprises « aux cultures très différentes », plus de 34 contrats de corporation et plusieurs autres pour le compte de la DGA en France et des ministères de la Défense de plusieurs pays. Coût estimé de l’opération ? Une centaine de milliards d’euros, pour une finalisation prévue à l’horizon 2040. Mais, l'aboutissement du programme aérien reste incertain compte tenu de son ampleur et des nombreux enjeux politiques qui gravitent autour. « Nous verrons où cela mène. Emmanuel Macron et le chancelier allemand doivent du reste bientôt en rediscuter », avance Dominik Eisenhut.
Ce qui fait vibrer le quarantenaire dans son travail ? « Porter le projet européen, évoluer dans un environnement international et faire en sorte que l’Europe puisse se défendre de manière autonome. » D’ailleurs, dans une autre vie, il se verrait bien prof d’université en droit européen.
Bromo, le projet qui vise les étoiles
Mais pour l’heure, c’est bien chez Airbus que le nouveau general counsel poursuit sa route. Et une riche année l’attend : en octobre dernier, Thales, Lenardo et Airbus ont annoncé unir leurs forces dans le but de créer un acteur spatial européen de premier plan dans le secteur des satellites. « Bromo » – c’est le nom du projet – pourrait bien concurrencer Starlink, le réseau américain dont le propriétaire n’est autre qu’Elon Musk. À la complexité juridique de cette initiative, s’ajoutent évidemment les enjeux politiques. Autre point non moins important : il faut réussir à faire coopérer tout ce petit monde et le projet Scaf a prouvé que ce n’était pas si évident. À ce propos, Airbus dispose d’un avantage non négligeable : issues de la fusion d’une dizaine d’entreprises françaises, allemandes et espagnoles, les équipes du géant de l’aéronautique ont l’habitude de travailler à distance et en bonne intelligence. Un sacré atout lorsqu’on rejoint une joint-venture à plus de 20 000 salariés.
En dehors de ses fonctions professionnelles, celui qui est né dans les alpes bavaroises est amoureux de tout un tas de sports outdoor et pratique le ski, la randonnée, l’escalade ou encore le VTT. Raison pour laquelle le juriste, qui vit désormais à Munich, une ville dont il apprécie particulièrement la richesse culturelle, « traîne » régulièrement sa femme et ses deux enfants à la montagne.
Des regrets, il en a peu, peut-être celui de ne pas être allé à l’étranger plus tôt. Il évoque avec nostalgie ses trois années d’expatriation toulousaine en famille en 2022 lorsque John Harrison, le group general counsel d’Airbus, lui propose de rejoindre le siège de la firme pour y travailler en tant que senior legal counsel special projects.
Depuis, il a retrouvé ses quartiers à Munich au sein de la filiale Defence and Space du groupe et défend avec ferveur ce « projet européen » qui lui tient tant à cœur. Selon lui, « on peut toujours bien faire son travail tant qu’on est passionné et curieux ». Un mantra largement perceptible dans sa biographie LinkedIn, Dominik Eisenhut se définissant – en anglais dans le texte – comme « un collaborateur curieux et axé sur les résultats qui aime travailler dans un environnement international ».
Celui qui ne s’inquiète aucunement de ce que réserve l’avenir considère que « le travail du juriste junior va beaucoup changer avec l’IA [et que] ce dernier va devenir beaucoup plus efficace ». Comme partout, l’IA amène les équipes d’Airbus à revoir leur mode de fonctionnement. Déjà, certains outils d’intelligence artificielle sont opérationnels. Rien de bien préoccupant pour le directeur juridique, curieux et impatient de découvrir ce que sera le monde de demain.
Dominik Eisenhut attaque 2026 avec du pain sur la planche : le projet d’union de Thales, Leonardo et Airbus risque de l’occuper quelques années. Qu’à cela ne tienne, de nature optimiste, le fin juriste entend cultiver encore et toujours son sens du « vivre ensemble ». Car au-delà de la technicité des challenges qui le passionnent, il y a bien une leçon qui s’est imposée à lui au cours de son parcours professionnel : « Le plus important, c’est avant tout la compréhension du point de vue de l’autre. »
Ilona Petit
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