Jeudi 11 décembre, Temu a reçu la visite surprise de la Commission européenne à Dublin, où se trouve le siège social de la plateforme de e-commerce chinoise. Bruxelles enquête sur l’attribution d’éventuelles subventions étrangères susceptibles de fausser la concurrence.

Temu est encore dans le viseur les autorités européennes. Alors que le Parlement européen a récemment voté en faveur de la suspension temporaire plusieurs plateformes de vente en ligne, dont Temu, pour non-conformité au droit de l’UE, la Commission européenne s’interroge désormais sur une éventuelle infraction au règlement européen sur les subventions étrangères.

Entré en vigueur en 2023, le Règlement européen sur les subventions étrangères, aussi appelé FSR pour Foreign Subsidies Regulation, permet à la Commission européenne de contrôler les subventions accordées par des pays étrangers à l’UE à des entreprises qui opèrent au sein de l’Union. L’objectif ? Éviter que ces subventions ne viennent fausser le jeu de la concurrence en permettant par exemple à des entreprises de racheter des entreprises européennes ou de remporter des marchés publics à prix d’or.

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Pour veiller au respect de ce règlement, Bruxelles dispose de trois canaux d’intervention. La Commission peut intervenir grâce au contrôle des concentrations lorsqu’une entreprise qui en acquiert une autre reçoit des aides étrangères ou grâce au contrôle des marchés publics lorsqu’une des entreprises parties au marché bénéficie de subventions d’un pays tiers à l’UE. Enfin, la Commission peut ouvrir une enquête à sa propre initiative si elle estime qu’une entreprise a reçu des subventions étrangères élevées susceptibles d’entraver le marché européen de la concurrence.

La Chine sous surveillance

C’est ce troisième mécanisme qui a permis à la Commission européenne d’aller visiter les locaux de Temu à Dublin. « Nous confirmons que la Commission a procédé à une inspection inopinée dans les locaux d'une entreprise active dans le secteur du commerce électronique au sein de l'UE, dans le cadre du règlement sur les subventions étrangères », a déclaré un porte-parole de la Commission, sans toutefois préciser le nom de la société. Plusieurs médias ont depuis rapporté qu’il s’agirait en effet de Temu : « Une source européenne a confirmé à l’AFP qu’il s’agissait de Temu », écrit le journal Le Soir.

La Commission soupçonne le géant chinois d’avoir bénéficié d’un soutien financier excessif de la Chine, lui permettant de doubler ses concurrents européens de façon déloyale.

Lancé en 2022 par PDD Holdings, Temu s’est vite déployé à travers le globe et a conquis le marché européen dès 2023, séduisant bon nombre de consommateurs par ses prix très bas. D’après son rapport de transparence publié en août 2025, la plateforme comptabilise près de 115,7 millions d’utilisateurs par mois au sein de l’Union européenne. Avec environ 16 millions d’utilisateurs mensuels, le marché français est le deuxième plus grand marché européen de Temu, juste derrière l’Allemagne et ses 19 millions d’utilisateurs mensuels. En plus de ses prix défiant toute concurrence, la plateforme chinoise, à l’instar de ses consœurs AliExpress, Shein ou Wish, bénéficie d’une exemption des droits de douane pour tout achat inférieur à 150 euros. Un privilège que l’exécutif européen entend abolir à l’horizon 2026.

Quoi qu’il en soit, l’enquête dans le cadre du contrôle des subventions étrangères à l’encontre de Temu se poursuit. En 2024, l’entreprise avait également fait l’objet d’une enquête préliminaire de la Commission pour non-respect du DSA, le règlement sur les services numériques. L’exécutif avait conclu que Temu avait minimisé le risque concernant certains produits illégaux vendus sur son site, comme des jouets pour bébé et des appareils électroniques. La Commission planche toujours sur ces investigations et d’éventuelles autres infractions au DSA, comme l'utilisation de fonctionnalités addictives, l’opacité de ses systèmes de recommandation et son accès aux données pour les chercheurs.

Ilona Petit

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