Menaces de l'administration Trump envers des juges français : la rumeur court
La théorie des juges rouges a traversé l’Atlantique, désormais relayée par le président des États-Unis. L’administration Trump aurait menacé de sanctions les magistrats chargés de l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national, selon une rumeur partie d’Allemagne – démentie par l’ambassade américaine selon Le Monde. L’hebdomadaire Der Spiegel révélait dans un article du 30 décembre 2025 les intentions de Donald Trump de multiplier les sanctions à l’égard de celles et ceux qui contribuent au vent de « censure » soufflant jusque sur son morceau de continent. Parmi ces persona non grata, figureraient les trois juges qui ont prononcé la condamnation de Marine Le Pen pour avoir organisé le détournement de fonds alloués par le Parlement européen afin de financer le train de vie de son parti et de certains de ses membres.
« La soi-disant liberté d'expression [des Américains] les conduit à raconter n'importe quoi »
Un document officiel de 30 pages – la Stratégie nationale de sécurité des États-Unis – publié en novembre 2025 annonçait la couleur. Ses rédacteurs pointaient la problématique, en Europe, d’une « censure de la liberté d’expression et d’une suppression de l’opposition politique ». Ce document ciblait expressément la France et l’Allemagne, les accusant de s’affranchir des « principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition ». Au printemps 2025, Donald Trump avait vivement critiqué la décision judiciaire de l’affaire des assistants parlementaires du RN, en fustigeant une chasse aux sorcières menée par des « gauchistes européens qui se servent de l’arme judiciaire pour faire taire la liberté d’expression ».
C’est dans ce contexte qu’étaient tombées des sanctions envers cinq personnalités européennes engagées pour une régulation stricte du secteur technologique, dont Thierry Breton, architecte du DSA et du DMA, et surnommé le « tyran de l’Europe » par Elon Musk, un Thierry Breton se voyant désormais interdit d’entrée sur le sol américain. Une situation qui a fait dire au ministre de l'Économie Roland Lescure que la « soi-disant liberté d'expression [des Américains] les conduit à raconter n'importe quoi », et qu’il n’était pas question de reculer en la matière : l’Union continuera d’appliquer sa réglementation, conforme à ses valeurs.
Ne pas céder aux pressions
Autres victimes de la vindicte de Donald Trump : les juges de la Cour pénale internationale (CPI). Un magistrat français à la Cour pénale internationale, Nicolas Guillou, est, depuis août dernier, sous le coup de sanctions américaines. Ses torts ? Avoir la charge du dossier du mandat d’arrêt visant le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Selon Reuters, l'administration américaine fait pression sur la Cour pénale internationale pour qu’elle modifie ses statuts et garantisse qu'elle n'enquêtera ni sur le président Trump ni sur le vice-président J. D. Vance à l’issue du mandat présidentiel en 2029.
Alors que l'ambassade n'avait pas encore démenti la rumeur, le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a dénoncé une « ingérence inacceptable et intolérable ». Si Rémi Heitz, procureur général près la Cour de cassation, reste prudent sur cette rumeur, il anticipe néanmoins les conséquences de la circulation de cette information, qui participe à un climat anxiogène : « Il ne faudrait pas que cela conduise à une forme d’autocensure de la part des magistrats ». Lors de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, ce 9 janvier, Christophe Soulard, premier président de la Cour de cassation, a appelé les juges à resserrer les rangs, face aux attaques. « Dans un tel contexte, l’essentiel est que les magistrats fassent preuve de
solidarité pour ne pas céder à la pression».
Le but non voilé des représailles envers les magistrats ou les autorités européennes : la protection des partis du Vieux Continent qui partagent les idées du magnat de l’immobilier. Les déclarations de Trump sur la condamnation de Marine Le Pen contribuent à légitimer la position du Rassemblement national, qui prétend être accusé à tort, et affirme que les juges cherchent uniquement à priver la cheffe du parti de ses chances de remporter l’élection présidentielle de 2027. C’est d’ailleurs le Rassemblement national qui rappelle le caractère de rumeur de cette information, affirmant au passage son attachement à l’indépendance de la justice… Une institution qu’il retrouvera devant la cour d’appel le 13 janvier prochain.
ALB


