Pascal Prache prend la suite de Jean-François Bohnert à la tête du PNF. Dans un discours du 26 janvier 2026, il a rappelé le rôle de son parquet, insisté sur la réussite de la justice négociée qui a rapporté près de 5 milliards d’euros pour les infractions relevant du parquet spécialisé. Il a appelé les juges à veiller à l'application de la loi dans un contexte de remise en question de l'autorité judiciaire.
Discours d’entrée de Pascal Prache au PNF : « L’enjeu démocratique de notre action est essentiel »
Comme dans tout bon discours, Pascal Prache commence par saluer son prédécesseur, Jean-François Bohnert, qui « laissera la trace d’un grand magistrat qui s’est employé à renforcer le positionnement du Parquet national financier (PNF), avec une attention particulière à l’application de la loi et à l’image de l’institution ». Le nouveau patron du PNF hérite de la maison dans une période tourmentée, qui l’oblige à rappeler avec encore plus de force que le parquet n’a qu’une seule boussole : l’application de la loi et la défense de l’État de droit. « Le contexte global de défiance vis-à-vis de l’institution judiciaire, comme d’ailleurs vis-à-vis de toute forme d’autorité, nous impose encore davantage cet exercice rigoureux ». En novembre 2025, les juges du PNF faisaient les gros titres de l’actualité, accablés de critiques par les défenseurs de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, condamné dans l’affaire du financement de sa campagne présidentielle, une procédure qui se poursuivra en appel en mars prochain. « Nous n’avons pas de haine à exprimer […] notre boussole, c’est la règle de droit », avait alors rétorqué Jean-François Bohnert.
En réponse à l’opprobre jetée sur les magistrats, Pascal Prache enjoint ces derniers à respecter à la lettre leur serment et les principes d’indépendance, d’impartialité et d’humanité, conditions indispensables à la mise en œuvre d’une politique pénale efficace. Cet homme, qui cumule 25 années de carrière au sein de la machine judiciaire, projette également de communiquer davantage sur les missions de sa juridiction pour légitimer son action, à savoir la lutte contre les manquements à la probité, la défense de l’exemplarité (« l’ADN du PNF »), le combat contre les atteintes à la concurrence et aux marchés financiers, et enfin, contre celles faites aux finances publiques — une activité d’autant plus urgente que la situation budgétaire du pays rend intolérables les stratégies d’évitement fiscal. Un exemple récent de l’action du PNF en la matière ? Les deux dernières conventions judiciaires d’intérêt public (CJIP) conclues dans le cadre du scandale des CumCum. Faut-il rappeler que ce parquet spécialisé a pris racine dans l'affaire Cahuzac déclenchée en
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Le droit pénal s’adapte à un système économique et à des stratégies criminelles de plus en plus complexes, et le PNF entend suivre ce mouvement. Les autorités citent souvent la CJIP comme une réponse adaptée. Pascal Prache n’y échappe pas dans son discours, mais en posant des limites claires : la justice négociée, oui, à condition de préserver l’audience, certes gourmande en moyens, et de la réserver aux dossiers les plus débattus et les plus significatifs. Pas question, selon lui, de renoncer à la symbolique des tribunaux. « L’audience, c’est aussi là que la Justice se donne à voir, et elle est sans doute la reine des batailles. » Les citoyens doivent continuer à se saisir du tribunal judiciaire. Pour le reste — tenir les délais et faire œuvre de pédagogie — la justice négociée demeure un outil efficace. Anticipant les critiques récurrentes, notamment sur le manque de transparence, le magistrat rappelle que les validations des CJIP ont lieu en audience publique. Un moment solennel durant lequel le PNF présente les dossiers de manière « complète ». Le bilan de la justice négociée est vu comme positif : les CJIP accélèrent le traitement des affaires tout en renflouant les caisses de l’État. Celles homologuées par le PNF ont rapporté au pays « une somme équivalant au budget annuel du programme 166, c’est-à-dire celui de l’ensemble des juridictions judiciaires nationales ». Cela représente près de 5 milliards d’euros. Neuf années de CJIP financeraient ainsi plus d’une année complète d’activité de la Justice judiciaire, selon Pascal Prache.
Contrairement à ses homologues, le PNF ne serait pas encore saturé, selon son nouveau chef, qui fait état d’une stabilité du nombre de procédures depuis trois ans — près de 800 dossiers — ainsi que du flux des affaires entrantes. Le parquet disposerait d’une capacité d’absorption de 100 % de sa charge de travail, « ce qui limite les risques d’augmentation du stock et l’allongement des délais de traitement ». Cette gestion maîtrisée des dossiers repose sur un tri assumé des affaires : « seuls les dossiers du "haut du spectre" doivent être concernés ». Le PNF n’a « surtout pas » vocation à se saisir « tous azimuts ». Un message destiné à rassurer, notamment au sein des juridictions locales et des acteurs économiques ?
Anne-Laure Blouin
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